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Nos chroniques pour "L'âge de faire"

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Sous la férule de l’oligarchie

01 Juin 2017 - 09:52

Sous la férule de l’oligarchie par Henri Sterdyniak, des Économistes Atterrés.
L’élection présidentielle de 2017 laisse un goût amer. Se sont affrontées au second tour deux conceptions inacceptables de l’évolution de notre société. D’un côté, le Front national qui veut détourner sur les immigrés les difficultés des victimes du capitalisme mondialisé. De l’autre, Emmanuel Macron, le symbole même de l’alliance entre la technocratie étatique et l’oligarchie financière. Son programme vise à imposer les réformes que demandent les classes dirigeantes : réécriture du droit du travail par ordonnances, baisse des impôts sur les revenus du capital, suppression de l’ISF, réduction des dépenses publiques, mise en cause de l’autonomie financière des communes, allègement de la régulation bancaire et des normes écologiques. La suppression des cotisations chômage des salariés, financée par les retraités, permettra d’expulser les syndicats de la gestion de l’assurance-chômage, de diminuer les allocations et, sous prétexte d’un meilleur contrôle, d’imposer aux chômeurs de se concurrencer pour des emplois sous-payés. La France s’engagera encore plus dans la stratégie européenne « austérité budgétaire/réformes structurelles », qui a échoué.

DES RÉFORMES QUE REFUSENT LES FRANÇAIS
Le nouveau discours dominant vante les jeunes entreprises innovantes sans s’interroger sur l’intérêt social ou écologique des prétendues innovations. Les préoccupations écologiques passeront au second plan derrière le choix de laisser les coudées franches aux chefs d’entreprise. Cette élection a mis en évidence les défauts de nos institutions bonapartistes. Avec 18 % des inscrits (score du premier tour) dont la moitié déclarent avoir voté pour lui sans adhérer à son programme, Emmanuel Macron et la technocratie vont pouvoir engager des réformes que refusent la majorité des Français. La stratégie alternative – s’engager résolument dans la transition écologique et sociale, donner plus de pouvoir aux citoyens et aux salariés – n’a pas réussi à émerger politiquement avec assez d’unité et de force. Ce sont les mouvements sociaux qui devront la promouvoir dans les années à venir par la mobilisation dans des combats syndicaux (défendre le droit du travail, exiger la participation des salariés aux choix de leurs entreprises…), économiques (boycotter les entreprises qui pratiquent l’évasion fiscale et les banques qui financent la spéculation…), sociaux (défendre la protection sociale, réclamer un revenu minimum garanti…), écologiques (organiser la transition énergétique, développer de nouveaux modes de production et de consommation, exiger des produits sobres et durables…) et citoyens (développer la démocratie participative…).

Henri Sterdyniak,
des Économistes Atterrés

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Macron et l’ISF  : banquier un jour, banquier toujours !

04 Avril 2017 - 12:54

Alors que l’échéance approche, les candidats progressivement dévoilent leurs programmes. Emmanuel Macron fut l’un des derniers à le faire. Sur un point, tout spécialement, il était attendu : qu’allait proposer cet ancien banquier en matière de finance ? Allait-il, comme on le lui suggérait de toutes parts, se démarquer de ses anciens confrères et ainsi couper court aux mauvaises langues qui le présentent comme le candidat de la finance ?

Une mesure emblématique permet d’en juger : celle relative à l’ISF (Impôt sur la Fortune). En apparence, dans le programme du candidat, l’ISF est maintenu. Mais si l’on regarde les choses de plus près, on découvre qu’il n’est maintenu que pour les seules parties de la fortune détenue en immeubles. En clair, et là est la nouveauté apportée par Macron, la détention d’actifs financiers (portefeuilles d’actions notamment) n’entre plus dans le champ de l’impôt. La justification avancée est qu’avec la détention d’actifs financiers, il s’agit « d’économie réelle » et que celle-ci ne doit pas « être pénalisée ». Ainsi, la détention d’actions par les riches particuliers qui placent une partie de leur fortune dans des Hedge Funds (fonds spécialisés dans les placements sur des produits exotiques à hauts risques et hauts rendements) est considérée comme faisant partie de « l’économie réelle ». Avec Macron, la détention de titres financiers et les spéculations les plus opaques auxquelles ils peuvent donner lieu seraient donc exclue de l’impôt payé au titre de l’ISF.

Carlos Gohsn peut remercier Macron

Sur ce sujet, Macron est un récidiviste. C’est en effet lui qui, en tant que ministre de l’ Économie, avait introduit la défiscalisation de la distribution gratuite d’actions. Motif avancé : ne pas pénaliser les start up. Seul problème : la mesure concerne aussi, et de fait bien davantage, les dirigeants du CAC 40. Ainsi la fameuse rémunération de Carlos Ghosn (plus de 16 millions d’euros en 2016) a largement bénéficié de cette mesure, puisqu’une grande partie de cette rémunération consistait en distribution gratuite d’actions.

« Banquier un jour, banquier toujours !» dit un dicton populaire. Ah ! comme on aurait aimé que Macron le fasse mentir !

Benjamin Coriat, économiste atterré

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Il n’est de richesses que d’hommes qui coopèrent

23 février 2017 - 18:10

Dans les Alpes maritimes, Mouans-Sartoux, 10 300 habitants et presque autant de membres actifs dans des associations, présente une dynamique originale dans la situation française, s’inscrivant dans une évolution soutenable. La petite commune, coincée entre Cannes et Grasse, a su échapper à son destin de cité-dortoir en s’appuyant sur son capital
social. Sous l’impulsion de son maire André Aschieri, elle s’est ainsi appropriée une nouvelle gestion collective de l’eau puis des Pompes funèbres et possède depuis peu un jardin (et un jardinier !) municipal qui fournit les cantines scolaires. Parallèlement, le réseau associatif très développé a permis de développer une offre culturelle hors norme pour une commune de cette taille. Pour dynamiser un territoire, et pour le faire de manière durable, la stratégie ne se limite pas à une politique industrielle créatrice d’emplois et respectueuse de l’environnement. Développer les réseaux, les normes, la confiance, qui vont faciliter la coordination et la coopération constitue ainsi une véritable politique territoriale s’appuyant sur le capital social local.

UNE RICHESSE IMMATÉRIELLE
Avec le capital humain, le capital social constitue la plus grande partie de la richesse des pays, bien plus que le capital produit. Cette richesse immatérielle participe ainsi autant au développement durable qu’au bien-être, et son rôle est particulièrement important dans les problématiques liées au changement climatique. L’étude de l’engagement de résidents de communautés locales, en Inde, dans des actions collectives visant à faire face à la vulnérabilité de leur territoire montre, ainsi, comment le capital social permet d’établir de nouveaux investissements dans les activités de développement et de gérer de manière efficace les glissements de terrain et autres menaces environnementales. Elinor Ostrom, première femme récipiendaire du prix Nobel d’économie en 2009, explique que le capital social, en instaurant la confiance entre individus et en développant des règles institutionnelles bien adaptées aux systèmes écologiques, est d’une importance cruciale pour gérer les ressources environnementales et pour résoudre les dilemmes sociaux, cela d’une façon plus efficace qu’une gestion centralisée.
Face aux crises sociales et écologiques, les propositions des économistes qui s’écartent de la doxa libérale consistent ainsi à développer la collaboration des acteurs locaux afin de rendre les territoires plus riches, d’améliorer leur capacité d’adaptation et d’atténuer leur vulnérabilité.

Anne Musson, des Économistes Atterrés

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Brexit : le choix britannique

26 Janvier 2017 - 16:45

Le 23 juin 2016, les Britanniques ont choisi de quitter l’Union européenne. Pourtant, le Royaume-Uni n’était pas dans la zone euro et n’a pas été contraint de pratiquer de politiques d’austérité. Ce vote résulte de la conjonction de deux mécontentements. D’une part, la mondialisation libérale fracture la société.
Les emplois précaires, mal rémunérés, se développent. Les classes populaires, victimes de l’automatisation et de la concurrence des pays à bas salaires, doivent accepter des baisses de salaires, de prestations sociales, de droits du travail.
Dans cette situation, les élites et les classes les plus riches peuvent être ouvertes, mondialistes et pro-européennes tandis que les classes populaires deviennent protectionnistes et nationalistes. Ceci a conduit à la montée du Front national comme à la victoire de Donald Trump. D’autre part, les peuples européens refusent la marche forcée vers une Europe fédérale, qui met en cause la démocratie et la souveraineté nationales. Ils ne veulent pas que la technocratie de Bruxelles ou les juges de la Cour de Justice du Luxembourg imposent leurs règles. En même temps, le vote britannique est aussi un refus de la solidarité en Europe (ne pas payer pour les pays les plus pauvres).

L’UE VEUT PUNIR LE ROYAUME-UNI
Ce 17 janvier, Theresa May a précisé son plan pour le Brexit : le Royaume-Uni ne se pliera pas à des règles européennes (comme la libre circulation
des travailleurs de l’UE) pour garder l’accès au marché européen. Mais Theresa May souhaite maintenir des relations privilégiées avec l’UE en signant un accord de libre-échange, ce qui minimiserait les conséquences économiques du Brexit tant pour le Royaume-Uni que pour l’UE. L’UE ne veut pas d’un tel accord et souhaite
punir le Royaume-Uni pour éviter que d’autres pays suivent son exemple. Ceci risque de conduire les multinationales à relocaliser dans l’UE leurs usines et sièges sociaux et à ce qu’une partie des activités bancaires et financières de la zone euro quitte Londres. Consciente de ce risque, Theresa May souhaite faire du Royaume-Uni un champion du libre-marché mondialisé, en partie grâce à ses liens avec les anciennes colonies britanniques. Et face à la menace d’une punition de l’UE, Londres brandit la carte du paradis fiscal et réglementaire, ce qui bénéficierait aux multinationales au détriment des peuples.
Le Brexit affaiblira peut-être l’UE, mais celle-ci s’est déjà affaiblie en s’imposant des réformes libérales et une austérité budgétaire qui ont échoué, en ne luttant pas contre la domination de la finance, en acceptant la mondialisation libérale, en ne s’engageant pas fermement dans la transition écologique, et en voulant imposer aux peuples une marche forcée vers une Europe fédérale.

Catherine Mathieu et Henri Sterdyniak, Économistes Atterrés

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Une COP peut en cacher une autre

26 Décembre 2016 - 10:24

Le Programme des Nations unies pour l’environnement organise régulièrement des Conférence des Parties sur les conventions adoptées à Rio de Janeiro en 1992. Celle sur le climat (COP22) s’est tenue à Marrakech en novembre 2016, sans véritable avancée en ce qui concerne la promesse de réunir 100 milliards de dollars par an pour aider les pays pauvres. Et la COP13 sur la Convention sur la diversité biologique s’est ouverte du 4 au 17 décembre 2016 à Cancun au Mexique dans un contexte d’érosion de la biodiversité.

Le rapport 2015 du WWF (Planète vivante océans1) met l’accent sur le déclin des océans qui menace la sécurité alimentaire de l’humanité. Les stocks de poissons et de mammifères marins diminuent. De 1970 à 2012, sur 5 829 populations appartenant à 1234 espèces, la moitié des réserves a été perdue, et même les trois quarts pour certaines espèces (thon, maquereau et bonite). Disparaissent aussi les récifs coralliens, les mangroves et les herbiers marins qui abritent les espèces animales ou qui épurent les eaux. Et le CO2 accentue l’acidité des océans, aggravant les effets de la surexploitation des ressources. Globalement, la biodiversité terrestre et maritime se dégrade : la moitié des vertébrés ont disparu en 40 ans, peut-être les deux tiers en 2020.

Les mains de la finance…

La COP13 vise à atteindre les objectifs « d’Aichi » décidés à Nagoya en 2010 (COP10) en vue de favoriser l’« intégration » de la protection de la biodiversité dans l’ensemble des politiques concernant tous les secteurs de l’économie : agriculture, forêts, pêche, industrie, tourisme, etc., et aussi dans les politiques transversales comme la lutte contre le réchauffement climatique ou celle contre la pauvreté. Cet objectif est louable et la mobilisation de tous les acteurs de l’économie autour de lui est nécessaire. Mais, si les régulations inter-étatiques ne sont pas assez contraignantes, le risque est que les actions se diluent dans des partenariats privé-public, dédiés à la rentabilisation de nouvelles filières de production, ou bien d’abandonner la protection aux mains de la finance, très prolifique en nouveaux titres financiers censés offrir une compensation aux destructions, compensation explicitement prévue dans la loi française du 8 août 2016 sur la biodiversité2. Et, à l’inverse des objectifs d’Aichi, se profile l’idée que les « aires marines protégées » seront un « bon investissement pour la santé des océans »3 au terme d’un calcul coûts/bénéfices où le taux de rentabilité économique de ces aires atteindrait 24 %. Les COP se suivent et se ressemblent.

1 www.wwf.fr/?5640/Rapport-Planete-Vivante-Oceans-2015-le-declin-des-oceans-met-en-perilla-securite-alimentaire-de-lhumanite.

2 www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/15108-7_loi-biodiv_harmonie-nature-humains_24p_pompili_def_web_planche.pdf

3 www.wwf.fr/vous_informer/rapports_pdf_a_telecharger/?4980/Aires-Marines-Protegees-un-bon-investissement-pour-la-sante-des-oceans.

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Loi « Biodiversité » et compensation écologique 

24 Novembre 2016 - 14:17
Loi « Biodiversité » et compensation écologique : « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup »*

La loi « Biodiversité » adoptée cet été a douché maints espoirs et nourri la crainte de voir se développer des outils au mieux insuffisants, au pire pervers, notamment à propos de la compensation écologique. Il fallait donner un cadre clair à l’objectif de « zéro perte nette de biodiversité » : un maître d’ouvrage doit d’abord éviter le plus possible les impacts d’un aménagement sur le patrimoine naturel, sinon les réduire, sinon encore compenser ceux qu’il n’aura pu empêcher. Au-delà de quelques avancées, les flous et les dangers persistent autour de trois enjeux.

La pérennité des mesures compensatoires

Si la loi indique que la durée d’une compensation doit être la même que celle de l’atteinte, rien ne le garantit. En l’état, à une destruction définitive de biodiversité correspondra toujours une compensation temporaire. On peut alors, comme le sénateur Jérôme Bignon, espérer que de bonne grâce les propriétaires ne détruiront rien. Il aurait été préférable de concrétiser le fait que la valeur « écologique » créée sur ces terrains n’appartient pas à leur propriétaire, mais est un bien commun qui doit être garanti dans le temps, ce qui aurait impliqué une relecture du droit de propriété privée…

Compenser n’est pas effacer !

La loi consacre le triptyque « éviter-réduire-compenser » (ERC) dans l’évaluation des projets d’aménagement. Le problème est qu’on attribue à C la même fonction – effacer les impacts – que ER. Or, la compensation ni n’efface, ni ne réduit les impacts : elle ne fait que tenter de les compenser ! En l’état, cela induit le risque de faire de C un droit à détruire en pensant que C équivaut à effacer ces destructions, sans tenir compte des alertes des écologues sur les limites intrinsèques de la compensation face à l’intégrité et à la complexité des écosystèmes.

Le recours au marché…

La loi ouvre la voie à un marché de la compensation, avec des opérateurs futurs propriétaires de « sites naturels de compensation » qui vendront des « unités de compensation » aux maitres d’ouvrage en demande. Comme aux États-Unis, le « privé » s’y jettera avec ses intérêts propres. En l’état, rien n’est dit sur la régulation de ce marché, alors même que l’on a pu constater les effets de la concurrence en termes de niveau de la compensation (low cost) et d’impacts sur la cohérence spatiale des territoires. En particulier, rien dans le projet de décret en « consultation » ne permet d’éviter qu’un opérateur soit en fait contrôlé par un aménageur. Privatiser et titriser la conservation de la biodiversité : plus la peine de crier au loup, il est parmi nous.

Ali Douai, Économistes Atterrés

* Cette expression, employée par M. Aubry en 2011 pour qualifier la posture du candidat Hollande, n’implique pas une défiance envers les loups.

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Gaz de couche en France : le retour du mirage

26 Octobre 2016 - 15:39

Alors même que la question de l’exploitation du gaz de schiste en France semblait pour le moment enterrée, voilà que resurgit son « cousin » : le gaz de couche. Le gaz de couche est contenu dans le charbon et des réserves seraient présentes notamment en Lorraine et dans le Nord-Pas-de-Calais. Les arguments avancés par ses promoteurs – comme l’ancien ministre de l’Économie Emmanuel Macron – sont les mêmes que pour le gaz de schiste : la présence de réserves énormes et des créations d’emplois.

À en croire les estimations, le potentiel du sous-sol lorrain représenterait l’équivalent de 6 années de consommation de gaz en France et pourrait fournir l’équivalent de 5 % de la consommation française de gaz en 2025. De son côté, le Nord-Pas-de-Calais pourrait fournir 12 ans de consommation régionale. Des chiffres impressionnants mais à relativiser, car ils sont fournis par les compagnies exploitantes, qui ont intérêt à promettre monts et merveilles pour accélérer les processus de décision. Un retour rapide sur ces dernières années montre que les réserves potentielles ont souvent été surévaluées. Par exemple, en 2011, la Pologne était censée avoir les plus grosses réserves de gaz de schiste en Europe. Aujourd’hui la plupart des majors, dont Total, ont quitté le pays…

Problème de cohérence

L’argument des créations d’emplois est également à prendre avec des pincettes. Un rapport de la région Nord-Pas-de-Calais reprend les estimations de la compagnie exploitante et estime que les cinq forages créeraient 150 emplois directs de terrain, 40 emplois directs de bureau et environ 300 emplois indirects. Ces chiffres sont surprenants : les études, même les plus optimistes, montrent que 13 personnes sont nécessaires au fonctionnement d’un puits standard dans les trois premières années, contre moins d’une les années suivantes. Dans les chiffres avancés par le rapport, chaque forage créerait directement 30 emplois de terrain (150 emplois pour 5 forages), soit plus du double ! Reste également la question non abordée dans le rapport de la pérennité de ces emplois puisqu’il faut ensuite moins d’un emploi par puits sur le reste de la durée de l’exploitation.

En plus d’être une catastrophe écologique, l’exploitation du gaz de couche est un non-sens économique (sauf pour ceux qui le produisent). Au-delà de ces discussions se pose la question de la cohérence de notre politique énergétique qui, d’un côté, impose des seuils ambitieux en termes d’énergies renouvelables et, de l’autre, distribue des permis d’exploitation.

Thomas Porcher, membre des Économistes atterrés

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Un pas en avant, deux pas en arrière ?

03 Octobre 2016 - 15:00

Par Henri Sterdyniak, des Economistes Atterrés

Depuis une trentaine d’années, la mondialisation commerciale et la globalisation financière ont bouleversé l’économie mondiale. Les peuples et les États ont perdu leur capacité d’agir. Les grandes entreprises peuvent réduire le coût du travail en allant produire dans les pays à bas salaires, où le droit du travail est faible voire inexistant. Elles peuvent échapper aux mesures contre la pollution ou le gaspillage énergétique en s’installant dans les pays les plus laxistes en la matière. Les entreprises multinationales comme les individus les plus riches peuvent échapper aux impôts en s’installant dans les pays où l’imposition est la plus faible. Les dépenses et les services publics sont menacés. C’est le triomphe du libéralisme.

Mais c’est une victoire à la Pyrrhus : la paupérisation de larges couches de la population dans les pays riches, la hausse de la part du capital au détriment du travail, se traduisent par l’insuffisance de la demande, qu’il faut combler par la montée de l’endettement et par des bulles financières, ce qui se termine en crise financière, puis économique. Les pays européens voient leur cohésion sociale mise en cause. C’est aussi une menace pour l’humanité puisque les peuples n’ont aucun moyen d’arrêter la course folle vers l’épuisement des ressources naturelles et le réchauffement climatique.

Une stratégie payante… à court terme

Dans ce contexte, chaque pays a le choix entre deux stratégies. La première consiste à être le meilleur élève de la mondialisation : réduire les taux d’imposition des riches et des grandes entreprises multinationales, diminuer les salaires et la protection sociale, supprimer le droit du travail, affaiblir les normes écologiques et sanitaires. Payante à court terme pour les pays qui s’y engagent, elle est globalement catastrophique tant sur le plan économique qu’écologique. La deuxième au contraire consiste à maintenir des impôts et des prestations redistributifs, à taxer les grandes entreprises et à contrôler leur choix de production, à lutter contre la finance spéculative, à introduire une fiscalité écologique, à se battre à l’échelle européenne et mondiale pour que ces pratiques soient généralisées. C’est une stratégie courageuse ; il faut être prêt à en payer le prix.

La France doit-elle viser à rester un pas en avant pour promouvoir en Europe et dans le monde un modèle social et écologique ? Doit-elle renoncer à cette ambition afin d’essayer de devenir le meilleur élève du modèle libéral ? La compétitivité plutôt que la cohésion sociale et la transition écologique ? Cela devrait être un point central du débat politique en 2017.

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Diesel : Emmanuel Macron en marche arrière

06 Septembre 2016 - 16:06

Alors qu’il visitait une usine dans l’Aveyron, Emmanuel Macron a affirmé qu’il ne fallait pas faire « la chasse au diesel » assurant « qu’il reste au cœur de la politique industrielle française ». Une sortie étonnante de notre ministre qui semble ignorer que le diesel, en plus d’être un scandale sanitaire, est désormais un non-sens économique pour nos constructeurs.

La France est un des pays ayant le parc automobile le plus diésélisé au monde. Ce choix commence à la fin des années 60 avec le développement du nucléaire. Pour assurer des débouchés aux centrales, les logements neufs ont été équipés en chauffage électrique. Mais comme les énergies sont concurrentes entre elles, le chauffage électrique est venu concurrencer le chauffage au fioul, entraînant cette fois-ci une perte de débouchés pour nos raffineries. Le gouvernement décida alors de baisser la taxe sur le gazole par rapport à l’essence (le fioul se transformant plus facilement en diesel), ce qui incita les constructeurs automobiles français à faire de la motorisation diesel une spécialité. Dès lors, la proportion d’achat de voitures diesel a grimpé en flèche, passant de 33 % en 1990 à 77 % en 2008. Le gazole représente aujourd’hui 80 % des volumes consommés de carburant !

Le problème est que les particules issues des moteurs diesel sont dangereuses pour la santé. En 2012, l’OMS les a classées comme « cancérogènes certains » pour l’homme. Il parait difficilement justifiable d’offrir un avantage fiscal à un produit aussi nocif. C’est pourtant le cas…

Du rôle d’un ministre de l’économie

Alors vient la rengaine de l’opposition entre santé et intérêts économiques. En défendant le diesel, Emmanuel Macron se veut le protecteur du pouvoir d’achat des Français et des emplois de l’industrie automobile. Il n’en est rien. Premièrement, compte tenu de la baisse des prix du pétrole depuis 2014, un réajustement de la fiscalité sur le diesel n’aurait qu’un impact limité sur le pouvoir d’achat. Deuxièmement, l’analyse du marché européen montre qu’il n’y a plus vraiment de part de marché à prendre pour nos constructeurs, et donc pas de réserve d’emplois : en France, deux voitures en circulation sur trois sont des diesels, une sur deux en Europe, et toutes les marques proposent des gammes avec ce type de motorisation. Dans ces conditions, avec un marché hautement concurrentiel et proche de la saturation, l’intérêt économique du diesel est bien faible. Une industrie forte est une industrie qui se renouvelle. Le rôle d’un ministre de l’Economie est d’identifier les secteurs d’avenir et d’indiquer la voie à suivre. Inciter nos constructeurs à rester figés sur cette spécialité du passé, c’est à terme condamner des milliers d’emplois tout en dégradant la santé de millions de Français.

Thomas Porcher, économiste atterré

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Le revenu de base en question

03 Juillet 2016 - 14:22

Par David Cayla, des économistes atterrés.

Le revenu de base est souvent justifié par l’idée que notre protection sociale protégerait surtout les personnes en emploi. Dans une société où la précarité professionnelle deviendrait la norme, une allocation monétaire universelle, déconnectée de l’emploi, serait donc la manière la plus simple de corriger les inégalités en dissociant travail et revenu.
Cette idée est fondée sur une vision très partielle de notre modèle social. Celui-ci comporte certes des prestations d’assurances sociales qui dépendent des cotisations passées et donc reproduisent les inégalités salariales. Même si cet effet est atténué par des mécanismes redistributifs, les femmes en pâtissent : leur retraite n’est que de 73 % de celle des hommes pour un salaire moyen de 82 % du salaire moyen masculin. La même logique prévaut en matière de chômage. Les cadres sont en moyenne mieux indemnisés et mieux accompagnés que les ouvriers, tandis que ceux qui cherchent leur premier emploi sont souvent peu accompagnés et pas du tout indemnisés.

Les services publics gratuits
Mais notre système social protège aussi les exclus. Les prestations universelles bénéficiant à tous (maladie, famille), les prestations de solidarité pour les plus pauvres (minimas sociaux) et la Protection universelle maladie (Puma, ex-CMU), ont permis d’étendre un important filet de sécurité. Pour une personne seule et sans activité, le cumul du RSA et des allocations logement permet de bénéficier d’un revenu de base d’environ 750 euros, d’une couverture santé et d’un accompagnement dans une démarche d’insertion. La garantie jeune actuellement en débat promet d’élargir ces dispositifs aux moins de 25 ans, ce qui est juste et indispensable.
Il ne faut néanmoins pas voir notre système social comme un simple système de transferts en espèces. Si ces allocations réduisent une partie des inégalités, notre protection sociale passe aussi et surtout par les services publics. Dans une étude malheureusement un peu ancienne (1), l’Insee avait calculé que les transferts sociaux en nature, notamment la santé, l’éducation ou le logement social, représentaient presque autant en terme de richesse que les dépenses de consommation des 20% de ménages les plus pauvres. Mieux : les chiffres de l’Insee montrent que la distribution de la production non marchande corrige davantage les inégalités que les allocations versées en espèces.
C’est une question essentielle que les partisans de l’allocation universelle négligent. En ne considérant le pouvoir d’achat et le bien-être qu’à partir des revenus monétaires on oublie que, pour une famille pauvre, ce ne sont pas les allocations mais les services publics gratuits ou quasi-gratuits dont ses membres bénéficient qui constituent la plus grande part de leur protection sociale.

• 1 – « Les transferts en nature atténuent les inégalités de revenus », INSEE Première, 2009 http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1264/ip1264.pdf

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To be or not to be (dans l’UE) ?

26 Mai 2016 - 14:01

Par Catherine Mathieu et Henri Sterdyniak, économistes atterrés

Le 23 juin, les Britanniques décideront par référendum s’ils restent dans l’UE ou s’ils en sortent. Saluons tout d’abord ce bel exemple de démocratie. Les gouvernements britanniques ont toujours eu une relation distante à l’Europe, mais aussi une position cohérente : oui au libre marché, non aux pertes de souveraineté nationale. Cette position agace les partisans d’un modèle social européen, car le Royaume-Uni porte dans l’UE un projet économique libéral ; elle agace tout autant les partisans d’une Union européenne politique, à laquelle le Royaume-Uni ne veut pas prendre part. En février dernier, David Cameron a obtenu des garanties en matière de respect des souverainetés nationales (en particulier des spécificités britanniques et des droits des pays non-membres de la zone euro), des engagements de libéralisme accru en Europe et des possibilités de restriction de l’immigration des travailleurs en provenance de l’UE. Certes, beaucoup de ces points vont dans le mauvais sens, mais cela montre qu’un pays déterminé peut obtenir des inflexions en Europe.

Des chiffres contestables
Jusqu’à récemment, les sondages ont montré que les Britanniques étaient très partagés sur la question. Mais, depuis le lancement de la campagne officielle, la volonté de rester dans l’UE semble devenir majoritaire. Cela fait suite à la publication par le Trésor britannique d’un document de 200 pages, selon lequel le Brexit ferait baisser le PIB de 6 % et couterait 4300 livres sterling par an à chaque ménage britannique. Quelques jours plus tard, l’OCDE estimait à son tour que le Brexit induirait une baisse de PIB de 3 % en 2020 et d’environ 5 % à l’horizon 2030. L’objectif est clairement de faire peur aux Britanniques, à partir d’hypothèses contestables de fortes réductions des échanges commerciaux et de mise en cause du rôle de la City comme centre financier de l’Europe – comme si l’UE allait mettre en place des barrières aux échanges avec le Royaume-Uni, ce dont elle souffrirait elle-aussi. Les partisans libéraux du Brexit ont contesté les chiffrages du Trésor britannique, avec des hypothèses encore plus discutables : sortir de l’UE permettrait encore plus de dérégulation, et donc de croissance. Paradoxalement, les travaillistes font aussi campagne pour que le Royaume-Uni reste dans l’UE, pour garantir les acquis sociaux au Royaume-Uni.
Très probablement, les Britanniques choisiront de rester dans l’UE, par peur du saut dans l’inconnu. Cela sera une mauvaise nouvelle pour les partisans d’une Europe politique et ceux d’une Europe sociale. Mais une bonne nouvelle pour les partisans d’une Europe libérale.

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Le projet de loi El Khomri est une impasse

08 Mai 2016 - 15:32

Par Eric Berr, économiste atterré

Le projet de loi El Khomri puise son inspiration dans la pensée économique libérale la plus pure, qui nie l’existence d’antagonismes sociaux et entérine ainsi le fait qu’il n’y aurait pas de lien de subordination entre employeur et employé.
Mais la vraie vie ne fonctionne pas comme un modèle économique libéral. Dans la vraie vie, seuls les employeurs ont le pouvoir d’embaucher ou de licencier, ce qui suppose bel et bien l’existence d’un lien de subordination au sein de l’entreprise, raison pour laquelle le code du travail a été créé, il y a un siècle, afin de protéger le plus faible. Nier la relation de subordination, donc l’existence d’un rapport de force, revient dans les faits à renforcer le pouvoir de l’employeur dans les négociations. C’est ce parti pris, assumé par le gouvernement, qui est dangereux. En se positionnant délibérément du coté des (grandes) entreprises, il relègue le salarié au rang de simple variable d’ajustement. Aveuglé par sa logique de l’offre et ses politiques de compétitivité, qui passent par la baisse du coût du travail et l’assouplissement des règles, donc du droit du travail, le gouvernement, nie tout problème de demande. Pourtant, les entreprises le disent elles-mêmes, c’est bien en raison d’une insuffisance de la demande qu’elles n’embauchent pas.
Dès lors, il convient de prendre ce projet de loi pour ce qu’il est réellement : un pas supplémentaire dans la libéralisation de l’économie et des relations humaines, et en aucun cas un projet cherchant à réduire le niveau du chômage. Qui peut d’ailleurs croire que la réduction de la majoration des heures complémentaires – de 25% à 10% – pourrait créer de l’emploi ? De même, l’inversion de la hiérarchie des normes – visant à privilégier les négociations d’entreprise au détriment de la loi – va dans les faits créer des distorsions de concurrence puisque les conditions de travail pourront différer d’une entreprise à l’autre là où la loi assure les mêmes règles du jeu à tous. L’autorisation de référendums d’entreprise, quant à elle, fragilisera la capacité de résistance des syndicats et facilitera l’adoption de mesures augmentant la flexibilité et la précarité pour les salariés.
Le MEDEF affirme avec force que les entreprises ont besoin de visibilité, ce qui est souhaitable en effet. Mais cette visibilité provient du taux de remplissage des carnets de commande, donc de la demande. Ce projet de loi, en fragilisant les salariés sous couvert de flexibilité, pénalise la demande et joue en fait contre l’emploi.

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Les pesticides coûtent plus cher qu’ils ne rapportent

01 Avril 2016 - 16:16

Lancé dans la foulée du Grenelle de l’environnement en 2009, le premier plan Ecophyto s’était fixé pour objectif de réduire de moitié, en France, l’usage des herbicides, fongicides et insecticides à l’horizon 2018. Cet objectif n’a aucune chance d’être atteint. Une étude publiée début mars par le ministère de l’Agriculture note que, loin de diminuer, l’utilisation de produits chimiques est au contraire en hausse. Le « nombre de doses unités » a augmenté de 9,4 % entre 2013 et 2014. Quant aux quantités de substances actives (QSA) des usages agricoles, elles ont augmenté de 16 % sur la même période. Le ministère de l’Agriculture lance aujourd’hui son plan Ecophyto2 : l’objectif reste le même que le premier, à savoir une réduction de moitié, mais la date butoir a été repoussé à 2025. A-t-il une chance d’être atteint ? Pourquoi pas ! Ou du moins peut-on espérer qu’il enclenche l’inversion de la courbe pour faire baisser, peu à peu, l’utilisation des phytos.

Une étude de l’Inra

Cet optimisme, on ne le doit pas à une subite prise de conscience écologique du pouvoir en place. Ce dernier se concentrant sur l’économie, c’est d’elle que pourrait venir le changement. Une vaste étude réalisée par deux scientifiques de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), Denis Bourguet et Thomas Guillemaud, publiée en mars, révèle en effet que les coûts liés aux divers produits phytosanitaires sont supérieurs aux bénéfices qu’ils engendrent. Pour cela, ils ont étudié les « coûts cachés » et les « externalités négatives » de leur utilisation. Ceux-ci touchent à divers domaines : la protection et le traitement des eaux polluées par ces substances, la prise en charge des maladies qu’elles provoquent (cancers, intoxications), les atteintes à la biodiversité qu’elles engendrent (toujours d’un point de vue économique, en prenant par exemple en compte la mortalité des abeilles et les manques à gagner en termes de pollinisation que cela entraîne), ou encore les dépenses d’argent public pour encadrer et contrôler leur utilisation. Verdict : les produits phytosanitaires ont rapporté 27 milliards de dollars à l’économie américaine, mais ont coûté 40 milliards !

Santé publique

Ce travail d’experts de l’Inra montre que le discours sur la soit-disant rationalité économique d’une agriculture dépendant de l’utilisation massive des pesticides est largement basé sur des études incomplètes, qui ne prennent pas en compte la réalité des coûts sanitaires et environnementaux. Serge Massau, journaliste spécialiste de la région.En tête des dépenses : le traitement des maladies provoquées par ces produits. Ce qui apparaît comme le poste de dépense le plus important reste le traitement des maladies chroniques liées à l’exposition à ces substances. Mais il existe très peu d’études permettant de chiffrer précisément ces coûts sanitaires. On dispose de beaucoup de travaux sur l’exposition au tabac et à l’alcool et leurs effets, par exemple, mais presque rien sur les pesticides.Thomas Guillemaud, cité par Le Monde.

Des coûts cachés… cachés ?

Egalement citée par Le Monde, l’économiste de l’agriculture Marion Desquilbet, tout en estimant que cette étude représente un « travail énorme », pense que l’usage des phytos coûte encore plus cher que ce qui est avancé : « [Les auteurs] n’ont ainsi pas pris en compte les effets des pesticides sur les malformations congénitales, de la surproduction agricole sur l’obésité, etc. Il aurait aussi été possible d’inclure les “externalités sociales” liées à l’utilisation des pesticides : ces derniers jouent sur la taille des exploitations, l’emploi, le tissu social… » Ne devrait-on pas inclure, également, leur impact sur l’industrialisation de l’agriculture et donc leur participation au dérèglement climatique ? Comme le dit Marion Desquilbet, cette étude ouvre une « boîte de Pandore ». Conclusion logique de François Veillerette : « Il y a urgence à changer les modes de production agricoles actuels. » Et encore, on ne vous a pas parlé de bien-être…

Nicolas Bérard

 

 

Crise de l’élevage : les symptômes d’une Europe malade

26 Mars 2016 - 15:06

Par Aurélie Trouvé, maître de conférences en économie, AgroParisTech.

L’élevage français est dans une situation économique alarmante. Les prix et les revenus des producteurs ne cessent de chuter, la disparition des exploitations s’accélère. Certes, il y a des causes conjoncturelles : l’embargo russe et le ralentissement économique des pays émergents, face à des hausses de production dans les grands pays producteurs. Les marchés s’engorgent et les prix s’écroulent.

Mais ceci met surtout en évidence l’extrême vulnérabilité de l’élevage européen, dès lors qu’on l’a plongé dans les marchés dérégulés et la concurrence internationale. Livrés à eux-mêmes, les marchés agricoles sont illisibles et instables. C’est pourquoi, historiquement, presque tous les grands pays producteurs ont régulé les prix et les revenus agricoles.

En ce sens, la production laitière est exemplaire. Ce secteur a subi le démantèlement de la Politique agricole commune (PAC) et de ses outils de régulation (prix minimum garantis, quotas laitiers…). Les cours intérieurs ont ainsi été alignés sur les cours internationaux, extrêmement volatiles.

La France peut agir

L’Europe libérale est responsable de la crise de l’élevage à bien d’autres titres. L’absence d’harmonisation des normes sociales et fiscales transforme la nature de la compétition : il ne s‘agit plus d’une compétition entre entreprises, mais d’une compétition entre Etats-membres privilégiant le moins disant social. Cela permet à d’autres pays de bénéficier de coûts de transformation des produits bien plus faibles qu’en France.

Que dire également du droit de la concurrence européen, qui ne dit mot sur la concentration excessive des mastodontes de la transformation et de la distribution, leur permettant de faire pression sur les prix payés aux producteurs ? Que dire de la politique commerciale extérieure, qui poursuit l’ouverture des marchés européens et multiplie les accords de libre-échange bilatéraux ?

Faut-il pour autant absoudre la France de ses responsabilités ? Certainement pas. Elle pourrait se saisir de ses marges de manœuvre nationales pour réorienter des activités productives en contradiction avec les besoins sociaux-économiques du moment : produire toujours plus par travailleur et par unité de surface au détriment de l’emploi, de l’environnement et de la valeur ajoutée, augmenter sans cesse les investissements menant à l’endettement, produire à bas prix sur des marchés soumis à la concurrence internationale. Les aides de la PAC pourraient être distribuées en faveur des exploitations qui préservent l’emploi et l’environnement. Enfin, le gouvernement pourrait se saisir de cette crise pour porter des propositions fortes visant à réguler à nouveau les marchés et à mieux répartir la valeur ajoutée du producteur au distributeur.

Uberisation : anarcho ou arnaquo-capitalisme ?

02 Mars 2016 - 10:27

Par Matthieu Montalban, économiste atterré.

Les plateformes internet reconfigurent un certain nombre d’activités et bousculent les régulations. L’économie collaborative, qui consiste à augmenter l’utilisation de certains biens en les « partageant », comporte de nombreux modèles, certains étant des activités de co-production de communs numériques partagés (logiciels libres…). D’autres n’ont rien de nouveau, mais facilitent les dons et le recyclage (Recupe, etc.) ou le financement participatif (Kickstarter).

L’uberisation se veut, elle, anarcho-capitaliste : elle ne crée pas des biens ou services hors marché, mais au contraire transforme en marchandise certains biens ou services comme le co-voiturage (Uberpop, Heetch) ou l’hébergement à domicile (Airbnb), jadis gratuits, dans la plus stricte application de la propriété privée. Elle incite certains particuliers à développer du travail au noir ou des activités professionnelles en exploitant des zones grises du droit, et à concurrencer les professionnels de ces secteurs soumis quant à eux au respect de certaines réglementations et coûts d’entrée.
Capacité à détourner le droit

Cela permet certes de réduire la facture du consommateur, incite les professionnels à s’améliorer en se dotant des outils numériques et en contestant le monopole de G7 sur les taxis. Mais les chauffeurs ne sont pas des rentiers ou des privilégiés. En 2011 le revenu mensuel moyen des taxis et VTC était d’environ 1400 euros, soit moins que le revenu médian des salariés (1600-1700 euros), du fait du prix des licences, et il avait baissé de 5% entre 2006 et 2011 (même s’il y a des revenus non-déclarés). Uber, en incitant ses chauffeurs VTC à être auto-entrepreneurs, ne fait finalement que mettre en concurrence des travailleurs (parfois discriminés ou exclus) en leur faisant miroiter une promotion sociale, tout en incitant à contourner le droit. Sa pérennité dépend en partie de sa capacité à contourner le droit et le salariat. Et Airbnb, en facilitant la location des biens immobiliers, favorise au contraire les propriétaires rentiers, tout en externalisant la charge de la responsabilité des éventuels litiges liés à l’hébergement.

En permettant la diffusion de ces activités, le risque est grand de remettre en question les régimes de protection sociale et l’État social. Il est parfaitement légitime que l’État applique le droit strictement, tout en pensant à des évolutions réglementaires. En cela, le récent rapport Terrasse fait un pas en ce sens, en proposant des ajustements équilibrés, qui distinguent la vraie économie du partage de l’ubérisation, en matière de fiscalité et d’application du droit.

La bataille pour un salaire décent

03 février 2016 - 18:04

Par Dany Lang, économiste atterré

Depuis 2013, les Etats-Unis connaissent l’un des mouvements sociaux les plus importants de leur histoire. Partout, des salariés manifestent pour obtenir une hausse du salaire minimum à 15 $ de l’heure. Le salaire minimum américain est très disparate géographiquement. La plupart des Etats américains fixent un salaire minimum tandis que certains n’en ont pas. Les minima vont de 5,15 $ dans le Wyoming à 10 $ dans le Massachussetts ou en Californie. S’ajoutent à cela des échelons locaux comme celui des municipalités, qui ont toute liberté de fixer un salaire minimum supérieur.

Sous la pression de ce mouvement social, 17 Etats et Washington DC ont augmenté leurs minima. L’administration Obama soutient une hausse du salaire minimum à 12 $ de l’heure d’ici à 2020 et certaines municipalités comme Los Angeles ont amené le salaire à 15 $ de l’heure dès 2015. Cette question du salaire minimum est devenue un enjeu électoral dans les primaires en cours.
Chiffrer le salaire « décent »

Des travaux académiques consistent à estimer de manière chiffrée le salaire décent (living wage). Selon Glickman (1997), c’est un salaire « permettant de faire vivre une famille, de rester digne, et d’avoir à la fois les moyens et le loisir de participer à la vie civique de la nation ». Pollin, de l’Université d’Amherst, estime que pour une famille avec 2 enfants en Californie, ce salaire s’élève à 15,56 $ avec 2 adultes salariés, et 18,68 $ pour une famille monoparentale. Selon lui, faire passer le salaire minimum de 7,5 $ à 15 $ en 4 ans se traduirait par une hausse des prix de 4 % chaque année, soit au total une augmentation de 0,24 $ pour un Big Mac à 4 $. Pollin estime enfin que si le salaire minimum avait suivi les gains de productivité, il serait aujourd’hui de 26 $.

En France, le SMIC horaire brut est à 9,67 €. Même si la structure des prélèvements, des taxes et des prix n’est pas la même qu’aux Etats-Unis, nous sommes loin des 15 $ réclamés et parfois obtenus par les salariés américains. Au moment où les néolibéraux ne cessent de répéter qu’il faudrait remettre en cause le SMIC au nom de la compétitivité, on oublie souvent que le salaire minimum a été créé pour permettre à une famille de vivre décemment.

En Europe, une campagne pour une augmentation des salaires serait la bienvenue. Suivie d’effet, elle permettrait de dynamiser la demande et contribuerait à sortir de l’impasse des politiques d’austérité. Pour paraphraser Keynes, en menant cette campagne, les salariés s’avèreraient être des économistes bien plus raisonnables que les néolibéraux responsables de la situation actuelle.

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Revenu de base ou plein emploi ?

20 Janvier 2016 - 13:35

Par Jean-Marie Harribey, économiste atterré.

Le chômage n’en finit pas de grimper et la précarité s’étend. L’austérité aggrave la situation, tandis que les palliatifs – du RMI jusqu’au RSA – ne réussissent ni à faire vivre décemment ceux qui sont privés d’emploi, ni à faciliter leur réinsertion. Un revenu de base inconditionnel serait-il une solution ? Trois sujets méritent attention.
On ne peut pas déconnecter la création de revenus du travail. Aucun revenu ne naît en dehors de la sphère du travail productif. Croire le contraire, c’est adhérer aux multiples fables de l’économie dominante. Pire, le risque est de renoncer à l’objectif du plein emploi de tous ceux qui souhaitent travailler, au motif que le travail ne serait plus un des facteurs d’intégration et de reconnaissance sociales. Cette erreur conduit à laisser le champ libre aux projets libéraux de dérégulation toujours accrue du « marché du travail », dès lors que la collectivité prendrait en charge un revenu de base, dispensant les employeurs de verser des salaires décents.

Réduction continue du temps de travail
Pour être productive, toute activité doit recevoir une validation sociale. Pour être valeur, sous-entendu monétaire, le travail a besoin d’être validé, par le marché ou par décision politique. La décision d’apprendre à lire et écrire à tous les enfants est suivie d’un investissement public, d’une embauche de travailleurs qui vont produire la valeur des services répondant à cette demande sociale. Tandis que le lien social, les diverses valeurs d’usage créées par les activités libres des individus constituent sans aucun doute une richesse collective, mais sa transformation en valeur ne peut résulter d’un choix individuel.1
La société peut instaurer un nouveau droit inconditionnel mais son respect sera subordonné à un transfert social, car un droit n’ajoute aucune valeur dans l’économie. Cela marquera une déconnexion entre travail et répartition mais pas entre travail et production : tout revenu étant un droit d’accès aux biens et services produits, il faut que cette production soit effective. La proposition que la banque centrale verse des revenus aux citoyens n’a donc pas de sens, puisque la production dont ils devraient résulter et qu’ils achèteraient n’existe pas.
Est-ce à dire qu’on ne peut rien contre la dégradation causée par le capitalisme ? On peut beaucoup, à condition de ne pas renoncer au plein emploi dans le cadre d’un nouveau modèle productif de qualité et d’une réduction du temps de travail continue. Dans l’urgence, la revalorisation desdits minima sociaux pour s’approcher du SMIC serait une transition indispensable.

1 – J.-M. Harribey, La richesse, la valeur et l’inestimable, LLL, 2013

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Budget 2016 : l’obstination dans l’erreur

24 Novembre 2015 - 12:35

Par Henri Sterdyniak, économiste atterré.

Le budget 2016 s’inscrit dans la continuité d’une politique qui a jusqu’à présent échoué, tant à faire baisser le niveau de chômage qu’à impulser la transformation écologique et sociale. Le gouvernement se soumet à une double contrainte : celle des instances européennes et du Medef.

Depuis 2011, les gouvernements successifs ont ajouté au choc de la crise financière celui d’une politique d’austérité. Aussi, l’économie ne s’est pas relevée de la crise financière ; la croissance a été médiocre de 2011 à 2014 (0,4 % l’an en moyenne). La faiblesse de la demande a provoqué un affaiblissement continu du secteur productif. Le gouvernement espère une légère reprise en 2016 (1,5 % après 1 % en 2015), qui serait permise par une forte croissance de l’investissement des entreprises (+4,9 % en 2016), mais celui-ci reste atone (+1 % sur un an à la mi-2015) alors que l’investissement des ménages et celui des collectivités locales se sont effondrés. Pourtant, le gouvernement persiste : malgré une croissance fragile, il se donne comme objectif de réduire le déficit public de 0,5 % du PIB en 2016 (soit de 11 milliards d’euros).

Par ailleurs, il a promis de réduire de 40 milliards les impôts sur les entreprises. En 2016, celles-ci bénéficieront d’une nouvelle baisse de 6 milliards. Par contre, les impôts sur les ménages augmenteront de 3 milliards. Soit 5 milliards de hausse (cotisations sociales, impôts locaux, taxe sur l’électricité) et 2 milliards de baisse de l’impôt sur le revenu. Ainsi, le gouvernement réduit l’impôt progressif, le plus juste, celui qui tient le mieux compte de la situation du contribuable.

C’est surtout la baisse des dépenses publiques (16 milliards) qui financera la réduction du déficit et les baisses d’impôts des entreprises. Pour l’Etat, la baisse des dépenses publiques (5 milliards) se traduit par la non-indexation des salaires de la fonction publique ; les créations d’emplois dans l’éducation (et l’armée) sont compensées par des baisses dans les ministères de l’écologie, du travail et des finances (tant pis pour l’environnement, pour la lutte contre le chômage et la fraude fiscale). Les réductions de dépenses frappent l’aide au développement, le logement et la politique sociale. La nouvelle baisse des dotations aux collectivités locales se traduit par une hausse des impôts locaux (les plus injustes) et une baisse de leurs dépenses (3,5 milliards) qui frappera les activités locales, sociales et culturelles. La baisse des dépenses sociales (7,4 milliards) passe par des réductions des retraites, des prestations familiales et des allocations logement, qui pèseront souvent sur les plus pauvres. Enfin, le gouvernement compte cyniquement sur les économies de prestations chômage que le Medef réussira à faire accepter aux organisations syndicales lors des négociations à l’Unedic.

Ainsi, le gouvernement compte sur des miracles extérieurs pour faire repartir l’économie (la baisse de l’euro, celle du prix du pétrole), cela malgré la menace de ralentissement mondial induit par le freinage des pays émergents. Il compte sur la bonne volonté des entreprises qui en demandent toujours plus, sans relancer l’emploi ou l’investissement. Enfin, il accentue la baisse des dépenses publiques au risque de nuire à l’activité et à la cohésion sociale.

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Le capital naturel, une notion dangereuse

14 Octobre 2015 - 13:20

Par Ali Douai, économiste atterré.

Dans une interview à Reporterre (1), l’économiste Thomas Piketty qualifie la dette publique de « blague » qui ne serait que « pur jeu d’écriture » et dont l’obsession masquerait la « véritable dette » : la « dégradation du capital naturel ». L’enjeu central serait alors de « mieux comptabiliser le capital naturel », pour déduire du PIB ce qu’on a dégradé en produisant ce dernier.

Cette vision de la dette publique est salutaire si elle revient à affirmer que son enjeu est politique plutôt que financier et si elle admet que l’humour de la situation échappe aux ménages frappés par les mesures d’austérité. Bien moins salutaire est l’appel à la mobilisation sous la bannière du « capital naturel », au moins pour deux séries de raisons.

D’abord, contrairement à ce que pense Piketty, cette idée n’est pas neuve. Depuis plus de vingt ans, une multitude d’économistes, la Banque Mondiale, et depuis peu, le Programme des Nations-Unies pour l’environnement s’échinent à calculer des indicateurs d’« épargne véritable » ou d’« investissement inclusif » qui consistent à estimer monétairement la dégradation, parmi d’autres capitaux, du « capital naturel ». Cette démarche prétend révéler si une économie peut croître indéfiniment – possibilité qui exige que la valeur du stock global de capital ne diminue jamais – ou non et ainsi la qualifie de soutenable ou non. Subordonnée à cet impératif de croissance économique infinie, la nature « capitalisée » est doublement prise au piège : 1) on peut, au fur et à mesure qu’elle se dégrade et que l’économie croît, lui substituer d’autres types de capitaux (appelés « capital produit », « capital social », etc.), puisque seule la valeur du stock global compte ; 2) elle redonne une virginité aux pays du Nord qui apparaissent, du point de vue de ces indicateurs, comme étant « les plus soutenables »(2) !

Ensuite, le concept de « capital naturel » n’est pas neutre. Il est une construction indissociable d’une vision utilitaire des rapports à la nature et d’un mouvement de plus en plus large de financiarisation et de marchandisation à son égard. De la nature « capitalisée » – façonnée pour être exprimable en monnaie et en unités vendables – découlent ces nouveaux totems que sont les « services rendus par les écosystèmes » et la « compensation des unités de biodiversité » détruites, qui servent de support à l’apparition de nouveaux produits financiers et de nouveaux marchés.

Le recours au « capital naturel » n’a jamais signifié autre chose que la négation des limites écologiques et la configuration d’un nouveau champ d’accumulation pour le capital financier. La vraie blague serait de penser que c’est sous cette bannière que pourra s’opérer la jonction entre une critique écologique du capitalisme et celle des politiques économiques néolibérales.

 

  1. http://www.reporterre.net/La-dette-publique-est-une-blague-La-vraie-dette-est-celle-du-capital-naturel.
  2. Dixit le rapport de la Commission Sen-Stiglitz-Fitoussi en 2009.

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Monnaies locales, au service du bien commun ?

01 Octobre 2015 - 15:42


Par Jean-François Ponsot, économiste atterré,
Le développement des monnaies locales et complémentaires depuis la fin des années 1990 approfondit les liens sociaux tissés par l’action citoyenne pour régénérer les territoires. On recense plus de 4000 dispositifs en 2013 dans plus de 50 pays du monde, avec une nette accélération de leur développement depuis 2008. Cela n’a rien d’étonnant : la crise financière globale a renforcé le besoin pour les citoyens de se réapproprier un bien public censé répondre aux besoins de la société, la monnaie. Or celle-ci ne remplit plus ce rôle. La monnaie créée par les banques n’est plus au service de l’économie « réelle ». La monnaie officielle n’incarne plus un grand projet de prospérité et de société fondée sur un nouveau paradigme. Particulièrement en Europe. Pour certains, l’euro est la monnaie de l’austérité, pour d’autres, elle est déconnectée des enjeux sociaux et environnementaux de notre temps. Pourquoi ne pas alors créer, à l’échelle locale, sa propre monnaie associée à des valeurs et principes éthiques communément partagés ?
Etant arrimés au système monétaire officiel, ces dispositifs n’ont pas besoin d’une réglementation par l’autorité monétaire pour être bien structurés. Leur développement bénéficie d’un apprentissage collectif cognitif tirant les enseignements des expériences qui ont posé problème. On sait désormais qu’une monnaie locale, à l’instar de toutes les autres monnaies, repose sur la confiance et un esprit communautaire solide. Son fonctionnement doit être simple et reposer sur une charte de valeurs bien identifiées, sans quoi elle suscitera les réticences de ses utilisateurs potentiels. Elle ne doit pas être accaparée par un groupe particulier (militants radicaux, bobos des centres-villes, etc.), mais faire consensus au sein de la communauté pour assurer sa diffusion.
Le succès des monnaies locales repose sur l’action décisive de trois catégories d’acteurs. Tout d’abord, le dynamisme des citoyens utilisateurs bien sûr. Ensuite, le soutien des collectivités locales qui ont un grand rôle à jouer dans la pérennité financière, les premières années, et dans la diffusion de la monnaie locale. On regrettera ici la lourdeur du cadre législatif français qui limite, pour l’instant, la possibilité de versement de subventions et le règlement des impôts locaux en monnaie locale, comme cela se fait par exemple à Bristol, en Angleterre. Enfin, une troisième catégorie d’acteurs est essentielle : celle des prestataires qui, bien entendu, auront signé la charte des valeurs. Sans entreprise, commerce de proximité, artisan, association, etc., le périmètre de la monnaie locale reste circonscrit au cercle des citoyens. La monnaie locale perd alors sa formidable capacité à transformer les comportements d’échange à l’échelle locale et à répondre aux enjeux essentiels de notre société.

Opération monnaies locales c’est reparti, nous rééditons notre cahier spécial mis à jour. Plus d’informations.

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