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Mis à jour : il y a 1 jour 19 heures

Le hollandisme. Tragédie en un seul acte.

05 Mai 2013 - 18:39
La première année du quinquennat vire au cauchemar. Alors que le chômage vient de dépasser son pic historique de 1997, l'activité économique est fermement sur la pente d'une rechute durable. Face à une si brutale invalidation des politiques mises en œuvre, on est en droit d'attendre une réorientation. L'austérité n'est-elle pas de plus en plus largement contestée ?

Fragilisé, le président ne va-t-il pas prendre acte de l'impasse dans laquelle le pays se trouve et entendre ceux qui, jusque dans ses plus proches soutiens, l'engagent à changer de cap ?
Il est vrai que rien n'est jamais écrit d'avance, que devant l'ampleur de la catastrophe l'hypothèse du « hollandisme révolutionnaire » ne saurait être totalement écartée... Mais, sauf à prendre ses désirs pour des réalités, force est de constater que les coordonnées de l'action présidentielle ne laissent guère de place au doute. L'an II du hollandisme n'aura pas lieu. Ces dernières semaines une série de rapports, d'avis et de nominations ont été rendus publics, délimitant le champ étriqué à l'intérieur duquel se définit la politique économique pour les mois et les années qui viennent. 

Sans surprise, la Commission européenne pose le cadre et les conseillers s'ajustent. La revue approfondie de la situation française publiée le 10 avril (1) avance deux principales idées : la compétitivité française doit être restaurée et il faut poursuivre l'effort d'ajustement budgétaire. 
La détérioration de la compétitivité de la France a, selon la Commission, deux principales causes : d'une part,  une dégradation de la profitabilité des firmes et, d'autre part, des coûts salariaux trop élevés en raison principalement des rigidités sur le marché du travail.

Des dynamiques négatives cumulatives en termes de compétitivité hors-prix - via une capacité d'innovation des firmes insuffisante -  et de compétitivité prix nuisent ainsi aux exportations et donc à la croissance et à l'emploi. Partant d'un tel diagnostic, la Commission se félicite logiquement des 20 milliards de crédit d'impôt accordés aux entreprises dans le cadre du pacte compétitivité-emploi à l'automne 2012 et de l'accord national interprofessionnel conclu en début d'année entre une partie des syndicats salariés et le patronat. La clef de voûte de cet accord, rappelons-le, est de fragiliser le contrat de travail en légalisant le chantage à l'emploi en contrepartie de baisses de salaires ou d'heures supplémentaires non payées.

Mais, pour Bruxelles, il ne faut pas en rester là. Et la commission d'avertir : « il serait utile que ces réformes, bien que significatives, soit complétées de manière à permettre aux firmes de rétablir leurs avantages compétitifs, en particulier, vis-à-vis de leurs principaux concurrents du sud, notamment en Espagne et en Italie,  où les coûts du travail ont été réduits et où des réformes importantes ont été entreprises, y compris concernant le marché du travail, et où les exportations ont déjà récupéré »(2) apprend ainsi que, maintenant que des baisses de salaires et une précarisation de l'emploi massives ont été imposées à nos voisins méditerranéens, il va falloir s'y coller à notre tour. Réjouissez-vous esthètes de la désespérance, le fond du trou néolibéral est encore loin !
[[1] Publication dans le cadre de la procédure de « prévention et de correction des déséquilibres macroéconomiques » qui encadre désormais étroitement la politique économique des pays membres. European Commission, In-depth review for France,  April 10 2013, Bruxelles, 46 p. ]tag:ref1 (2)  Ibid., p. 42

L'objectif est sans surprise de s'attaquer plus encore aux « rigidités du marché du travail » en vue,  notamment, de « développer davantage l'emploi à temps partiel » (imposé, pour les salariés, ça va sans dire). En ligne de mire également, le salaire minimum accusé d'empêcher un ajustement à la baisse des salaires, de pousser vers le haut le salaire moyen et de comprimer la hiérarchie des salaires, autant d'éléments qui « ont un impact négatif sur la compétitivité et la capacité d'export »(1).

Le gouvernement va-t-il se rendre à cette raison libérale de toujours ? Oui, mais probablement par le biais de gesticulations visant à mettre en scène une option gauche de la baisse des salaires. En tout cas, c'est ce que vient de lui suggérer le conseil d'analyse économique (CAE) dans une note co-signée par Philippe Askenazy, Antoine Bozio et Cécilia Garcia Peňalosa(2). Que dit cette note ? Le constat général rejoint celui de la Commission en ciblant le coût du travail car, arguent-ils, « suite à la crise, le salaire réel super-brut évolue en France plus vite que la productivité du travail » ce qui augure d'une accélération de la hausse du chômage.

Les auteurs reprennent alors la rengaine du problème qu'est censé poser l'incapacité des salaires à s'ajuster à la baisse en insistant - et c'est là leur touche d'originalité - non pas sur le salaire minimum mais sur les minima et normes salariales définis dans le cadre des conventions de branche. Bref, l'objectif reste de faire baisser les salaires, mais les auteurs ajoutent à la sempiternelle mise en cause du SMIC d'autres cibles autour des déterminants du salaire direct et indirect médian : dérogations aux accords de branche,  fiscalisation de la protection sociale et une politique monétaire inflationniste censée rendre l'ajustement moins douloureux grâce à l'illusion monétaire. Pour faire passer la pilule, des négociations sur la qualité du travail « sans surcoûts » pour les firmes sont préconisées...

(1)  Ibid, p. 15. (2)  P. Askenazy, A. Bozio et C. Peňalosa, « Dynamiques des salaires en temps de crise », Les notes du conseil d'analyse économique, n° 5, Avril 2013, 12 p. 

Avec cette nouvelle argumentation, la boîte à outils antisociale de notre bricolo de Président s’étoffe un peu plus. En effet, l'attaque contre les conventions de branches a pour objectif de décentraliser la fixation des salaires, ce qui affaiblit immanquablement le pouvoir de négociation des salariés. La fiscalisation de la protection sociale, outre qu’elle touche au principe de celle-ci en tant que salaire socialisé, conduit à sa fragilisation : il est en effet plus aisé de procéder au démantèlement des dispositifs de protection via des votes du parlement une fois que les caisses sont privées de ressources propres.

Reste la question de l'efficacité de telles mesures dans la lutte contre le chômage. Dans une perspective keynésienne, les choses sont simples : si en sus de la contraction des dépenses publiques, les salaires diminuent, la spirale dépressive va s'accélérer et le chômage grimper en flèche. Alors que la demande internationale est atone et que l'activité se contracte chez nos voisins, il n'y a aucune chance que les éventuelles marges regagnées par les firmes se traduisent par une reprise des investissements. Les exemples de la Grèce, de l'Espagne et du Portugal sont à cet égard édifiants.

Au fond, il ne s'agit pas de nier que la rentabilité des activités des firmes sur le territoire français s'est détériorée depuis 2008. La question est plutôt de savoir si l'ajustement doit peser sur les salariés ou si cette conjoncture signale l'impératif d'un changement de cadre socioéconomique :  sans remise en cause des règles monétaires, budgétaires et concurrentielles de l'Union économique et monétaire, sans restauration de la souveraineté fiscale contre les riches fraudeurs et les manipulations des multinationales, sans encadrement du commerce international, sans contrôle de la circulation des capitaux, il ne peut y avoir de sortie de crise favorable aux salariés. Si elle accepte les règles du jeu, la gauche au pouvoir et ses conseillers ne peuvent que dessiner une politique de droite, c'est-à-dire une politique de classe visant à restaurer la rentabilité du capital en dépossédant les travailleurs de leurs droits et de leurs salaires. 

La seconde idée avancée par la commission commence à sérieusement sentir le moisi à force d'être ressassée : il faut réduire la dette au plus vite. Certes les taux sont à des niveaux extrêmement faibles mais, surtout, ne relâchons pas l'effort ! Nul n'est à l’abri d'une nouvelle panique des marchés ; une rumeur affolante et quelques clics pourraient déclencher une envolée des taux qui remettrait en cause la salutaire entreprise d'assainissement en cours. De plus, un tel niveau de dette aurait un effet d'éviction sur l'investissement privé. Les subtils analystes bruxellois n'ont visiblement pas saisi que la causalité est inverse : c'est le côté désespéré de la situation qui pousse les taux vers le bas et bloque l'investissement.

Les détenteurs d'actifs financiers voyant tous les indicateurs au rouge gardent leur cash et cherchent désespérément des placements sûrs, or, dans cette catégorie, les bons du Trésor de la 5è économie mondiale représentent une option séduisante. Et cela d'autant plus qu'il est désormais clair que la BCE interviendra « autant que nécessaire » si une phase traumatique maximale menaçait le cœur de la zone euro ; les bons du Trésor français disposent de fait d'une garantie illimitée, au même titre que ceux des États-Unis, du Japon ou de la Grande-Bretagne.

Mais ni baisse des taux, ni sérieux coup de canif dans la crédibilité des études censées démontrer le péril qu'il y a à franchir la barre des 90 % de dette publique (1), ne semblent changer la donne. En dépit de son inanité, l'objectif de réduction de la dette à court terme n'est toujours pas abandonné. Tout juste s'agite-t-on un peu plus autour de l'équation insoluble : comment ne pas changer la récession en dépression tout en réduisant les déficits ?

(1) Les Échos, « Comment Thomas Herndon, 28 ans, a mis à jour les failles de l’étude Rogoff/Reinhart », 20 avril 2013, http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0202718501853-comment-thomas-herndon-28-ans-a-mis-a-jour-les-failles-de-l-etude-rogoff-reinhart-560109.php

Jean Pisani-Ferry, fondateur du think-tank bruxellois Bruegel, a été nommé le 24 avril à la tête du Commissariat général à la prospective auprès du Premier-Ministre. Voici ce qu'il susurre à ce propos à Jean-Marc Ayrault : identifier les gisements d'efficacité dans la sphère publique, abandonner les politiques dont le rapport coût-bénéfices est trop élevé, mettre en place des mesures propres à équilibrer les régimes des retraites, fixer pour l'assurance-maladie et le chômage des règles permettant d'équilibrer les budgets sur le cycle, mener des réformes fiscales qui apporteront des ressources sans décourager l'activité (1).

La vague idée d'abandonner les politiques trop coûteuses par rapport à leur effets est difficilement contestable dans son principe général : on pourrait même imaginer de supprimer les exonérations de cotisations sociales dont les effets positifs sur l'emploi restent pour le moins peu probants ou encore d'éliminer le crédit impôt recherche qui coûte des milliards à l'État sans n'avoir en rien fait décoller l'innovation. Pour le reste, la traduction concrète de ces propositions pour les salariés ne fait aucun doute: intensification du travail des fonctionnaires et dégradation de la qualité des services publics ; baisse du salaire indirect (retraites, remboursements médicaux, indemnités chômage) ; hausse des impôts injuste, puisqu'il ne faut pas décourager les entrepreneurs (ou tenter les fraudeurs peut-être?). Comme pour les politiques de déflation salariale, une telle orientation budgétaire ne peut que faire plonger la demande et aggraver davantage la  situation.  La voie du redressement austéritaire dans l'injustice n'existe pas.
 
En fin de compte, le nouveau chien de garde qui veille sur la politique économique du gouvernement voit juste. Dans son premier avis [(2) :http://www.ccomptes.fr/Actualites/A-la-une/Premier-avis-du-Haut-Conseil-des-finances-publiques , le Haut conseil des finances publiques avertit : « un léger recul du PIB en 2013 et une croissance sensiblement inférieure à 1,2 % en 2014 ne peuvent être exclus » ; « la prévision d'une croissance effective de 2 % par an dès l'année 2015 est incertaine ». En des termes plus directs on dirait : au secours ! on coule ! Mais restons calmes, le président garde le cap... 
 
 
Cédric Durand est économiste à l'université Paris 13

(1) Jean Pisani-Ferry, « La voie étroite de l'intelligence budgétaire », 23 avril 2013, Bruegel,   (2) Haut conseil des finances publiques, Avis n° HCFP'2013-01 relatif aux prévisions macroéconomiques associées au projet de programme de stabilité pour les années 2013 à 2017, 15 avril 2013. 

Le hollandisme. Tragédie en un seul acte.

05 Mai 2013 - 18:39
La première année du quinquennat vire au cauchemar. Alors que le chômage vient de dépasser son pic historique de 1997, l'activité économique est fermement sur la pente d'une rechute durable. Face à une si brutale invalidation des politiques mises en œuvre, on est en droit d'attendre une réorientation. L'austérité n'est-elle pas de plus en plus largement contestée ? Fragilisé, le président ne va-t-il pas prendre acte de l'impasse dans laquelle le pays se trouve et entendre ceux qui, jusque dans ses plus proches soutiens, l'engagent à changer de cap ?
Il est vrai que rien n'est jamais écrit d'avance, que devant l'ampleur de la catastrophe l'hypothèse du « hollandisme révolutionnaire » ne saurait être totalement écartée... Mais, sauf à prendre ses désirs pour des réalités, force est de constater que les coordonnées de l'action présidentielle ne laissent guère de place au doute. L'an II du hollandisme n'aura pas lieu. Ces dernières semaines une série de rapports, d'avis et de nominations ont été rendus publics, délimitant le champ étriqué à l'intérieur duquel se définit la politique économique pour les mois et les années qui viennent. 

Sans surprise, la Commission européenne pose le cadre et les conseillers s'ajustent. La revue approfondie de la situation française publiée le 10 avril (1) avance deux principales idées : la compétitivité française doit être restaurée et il faut poursuivre l'effort d'ajustement budgétaire. 
La détérioration de la compétitivité de la France a, selon la Commission, deux principales causes : d'une part,  une dégradation de la profitabilité des firmes et, d'autre part, des coûts salariaux trop élevés en raison principalement des rigidités sur le marché du travail. Des dynamiques négatives cumulatives en termes de compétitivité hors-prix - via une capacité d'innovation des firmes insuffisante -  et de compétitivité prix nuisent ainsi aux exportations et donc à la croissance et à l'emploi. Partant d'un tel diagnostic, la Commission se félicite logiquement des 20 milliards de crédit d'impôt accordés aux entreprises dans le cadre du pacte compétitivité-emploi à l'automne 2012 et de l'accord national interprofessionnel conclu en début d'année entre une partie des syndicats salariés et le patronat. La clef de voûte de cet accord, rappelons-le, est de fragiliser le contrat de travail en légalisant le chantage à l'emploi en contrepartie de baisses de salaires ou d'heures supplémentaires non payées. Mais, pour Bruxelles, il ne faut pas en rester là. Et la commission d'avertir : « il serait utile que ces réformes, bien que significatives, soit complétées de manière à permettre aux firmes de rétablir leurs avantages compétitifs, en particulier, vis-à-vis de leurs principaux concurrents du sud, notamment en Espagne et en Italie,  où les coûts du travail ont été réduits et où des réformes importantes ont été entreprises, y compris concernant le marché du travail, et où les exportations ont déjà récupéré »(2) apprend ainsi que, maintenant que des baisses de salaires et une précarisation de l'emploi massives ont été imposées à nos voisins méditerranéens, il va falloir s'y coller à notre tour. Réjouissez-vous esthètes de la désespérance, le fond du trou néolibéral est encore loin !
[[1] Publication dans le cadre de la procédure de « prévention et de correction des déséquilibres macroéconomiques » qui encadre désormais étroitement la politique économique des pays membres. European Commission, In-depth review for France,  April 10 2013, Bruxelles, 46 p. ]tag:ref1 (2)  Ibid., p. 42

L'objectif est sans surprise de s'attaquer plus encore aux « rigidités du marché du travail » en vue,  notamment, de « développer davantage l'emploi à temps partiel » (imposé, pour les salariés, ça va sans dire). En ligne de mire également, le salaire minimum accusé d'empêcher un ajustement à la baisse des salaires, de pousser vers le haut le salaire moyen et de comprimer la hiérarchie des salaires, autant d'éléments qui « ont un impact négatif sur la compétitivité et la capacité d'export »(1) .
Le gouvernement va-t-il se rendre à cette raison libérale de toujours ? Oui, mais probablement par le biais de gesticulations visant à mettre en scène une option gauche de la baisse des salaires. En tout cas, c'est ce que vient de lui suggérer le conseil d'analyse économique (CAE) dans une note co-signée par Philippe Askenazy, Antoine Bozio et Cécilia Garcia Peňalosa(2) . Que dit cette note ? Le constat général rejoint celui de la Commission en ciblant le coût du travail car, arguent-ils, « suite à la crise, le salaire réel super-brut évolue en France plus vite que la productivité du travail » ce qui augure d'une accélération de la hausse du chômage. Les auteurs reprennent alors la rengaine du problème qu'est censé poser l'incapacité des salaires à s'ajuster à la baisse en insistant - et c'est là leur touche d'originalité - non pas sur le salaire minimum mais sur les minima et normes salariales définis dans le cadre des conventions de branche. Bref, l'objectif reste de faire baisser les salaires, mais les auteurs ajoutent à la sempiternelle mise en cause du SMIC d'autres cibles autour des déterminants du salaire direct et indirect médian : dérogations aux accords de branche,  fiscalisation de la protection sociale et une politique monétaire inflationniste censée rendre l'ajustement moins douloureux grâce à l'illusion monétaire. Pour faire passer la pilule, des négociations sur la qualité du travail « sans surcoûts » pour les firmes sont préconisées...

(1)  Ibid, p. 15. (2)  P. Askenazy, A. Bozio et C. Peňalosa, « Dynamiques des salaires en temps de crise », Les notes du conseil d'analyse économique, n° 5, Avril 2013, 12 p. 

Avec cette nouvelle argumentation, la boîte à outils antisociale de notre bricolo de Président s’étoffe un peu plus. En effet, l'attaque contre les conventions de branches a pour objectif de décentraliser la fixation des salaires, ce qui affaiblit immanquablement le pouvoir de négociation des salariés. La fiscalisation de la protection sociale, outre qu’elle touche au principe de celle-ci en tant que salaire socialisé, conduit à sa fragilisation : il est en effet plus aisé de procéder au démantèlement des dispositifs de protection via des votes du parlement une fois que les caisses sont privées de ressources propres. Reste la question de l'efficacité de telles mesures dans la lutte contre le chômage. Dans une perspective keynésienne, les choses sont simples : si en sus de la contraction des dépenses publiques, les salaires diminuent, la spirale dépressive va s'accélérer et le chômage grimper en flèche. Alors que la demande internationale est atone et que l'activité se contracte chez nos voisins, il n'y a aucune chance que les éventuelles marges regagnées par les firmes se traduisent par une reprise des investissements. Les exemples de la Grèce, de l'Espagne et du Portugal sont à cet égard édifiants. Au fond, il ne s'agit pas de nier que la rentabilité des activités des firmes sur le territoire français s'est détériorée depuis 2008. La question est plutôt de savoir si l'ajustement doit peser sur les salariés ou si cette conjoncture signale l'impératif d'un changement de cadre socioéconomique :  sans remise en cause des règles monétaires, budgétaires et concurrentielles de l'Union économique et monétaire, sans restauration de la souveraineté fiscale contre les riches fraudeurs et les manipulations des multinationales, sans encadrement du commerce international, sans contrôle de la circulation des capitaux, il ne peut y avoir de sortie de crise favorable aux salariés. Si elle accepte les règles du jeu, la gauche au pouvoir et ses conseillers ne peuvent que dessiner une politique de droite, c'est-à-dire une politique de classe visant à restaurer la rentabilité du capital en dépossédant les travailleurs de leurs droits et de leurs salaires. 

La seconde idée avancée par la commission commence à sérieusement sentir le moisi à force d'être ressassée : il faut réduire la dette au plus vite. Certes les taux sont à des niveaux extrêmement faibles mais, surtout, ne relâchons pas l'effort ! Nul n'est à l’abri d'une nouvelle panique des marchés ; une rumeur affolante et quelques clics pourraient déclencher une envolée des taux qui remettrait en cause la salutaire entreprise d'assainissement en cours. De plus, un tel niveau de dette aurait un effet d'éviction sur l'investissement privé. Les subtils analystes bruxellois n'ont visiblement pas saisi que la causalité est inverse : c'est le côté désespéré de la situation qui pousse les taux vers le bas et bloque l'investissement. Les détenteurs d'actifs financiers voyant tous les indicateurs au rouge gardent leur cash et cherchent désespérément des placements sûrs, or, dans cette catégorie, les bons du Trésor de la 5è économie mondiale représentent une option séduisante. Et cela d'autant plus qu'il est désormais clair que la BCE interviendra « autant que nécessaire » si une phase traumatique maximale menaçait le cœur de la zone euro ; les bons du Trésor français disposent de fait d'une garantie illimitée, au même titre que ceux des États-Unis, du Japon ou de la Grande-Bretagne. Mais ni baisse des taux, ni sérieux coup de canif dans la crédibilité des études censées démontrer le péril qu'il y a à franchir la barre des 90 % de dette publique (1), ne semblent changer la donne. En dépit de son inanité, l'objectif de réduction de la dette à court terme n'est toujours pas abandonné. Tout juste s'agite-t-on un peu plus autour de l'équation insoluble : comment ne pas changer la récession en dépression tout en réduisant les déficits ?

(1) Les Échos, « Comment Thomas Herndon, 28 ans, a mis à jour les failles de l’étude Rogoff/Reinhart », 20 avril 2013, http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0202718501853-comment-thomas-herndon-28-ans-a-mis-a-jour-les-failles-de-l-etude-rogoff-reinhart-560109.php

Jean Pisani-Ferry, fondateur du think-tank bruxellois Bruegel, a été nommé le 24 avril à la tête du Commissariat général à la prospective auprès du Premier-Ministre. Voici ce qu'il susurre à ce propos à Jean-Marc Ayrault : identifier les gisements d'efficacité dans la sphère publique, abandonner les politiques dont le rapport coût-bénéfices est trop élevé, mettre en place des mesures propres à équilibrer les régimes des retraites, fixer pour l'assurance-maladie et le chômage des règles permettant d'équilibrer les budgets sur le cycle, mener des réformes fiscales qui apporteront des ressources sans décourager l'activité (1). La vague idée d'abandonner les politiques trop coûteuses par rapport à leur effets est difficilement contestable dans son principe général : on pourrait même imaginer de supprimer les exonérations de cotisations sociales dont les effets positifs sur l'emploi restent pour le moins peu probants ou encore d'éliminer le crédit impôt recherche qui coûte des milliards à l'État sans n'avoir en rien fait décoller l'innovation. Pour le reste, la traduction concrète de ces propositions pour les salariés ne fait aucun doute: intensification du travail des fonctionnaires et dégradation de la qualité des services publics ; baisse du salaire indirect (retraites, remboursements médicaux, indemnités chômage) ; hausse des impôts injuste, puisqu'il ne faut pas décourager les entrepreneurs (ou tenter les fraudeurs peut-être?). Comme pour les politiques de déflation salariale, une telle orientation budgétaire ne peut que faire plonger la demande et aggraver davantage la  situation.  La voie du redressement austéritaire dans l'injustice n'existe pas.
 
En fin de compte, le nouveau chien de garde qui veille sur la politique économique du gouvernement voit juste. Dans son premier avis [(2) :http://www.ccomptes.fr/Actualites/A-la-une/Premier-avis-du-Haut-Conseil-des-finances-publiques , le Haut conseil des finances publiques avertit : « un léger recul du PIB en 2013 et une croissance sensiblement inférieure à 1,2 % en 2014 ne peuvent être exclus » ; « la prévision d'une croissance effective de 2 % par an dès l'année 2015 est incertaine ». En des termes plus directs on dirait : au secours ! on coule ! Mais restons calmes, le président garde le cap... 
 
 
Cédric Durand est économiste à l'université Paris 13

(1) Jean Pisani-Ferry, « La voie étroite de l'intelligence budgétaire », 23 avril 2013, Bruegel,   (2) Haut conseil des finances publiques, Avis n° HCFP'2013-01 relatif aux prévisions macroéconomiques associées au projet de programme de stabilité pour les années 2013 à 2017, 15 avril 2013. 

Pour un « choc » de répartition

15 Avril 2013 - 19:18
L’échec de la politique d’austérité du gouvernement est patent. Plus de croissance est peut-être nécessaire à très court terme mais ce n’est pas une réponse pertinente à moyen et long terme. En réalité, nos sociétés ont besoin d'une meilleure répartition des revenus. Après avoir socialisé la dette privée et fait exploser la dette publique, les pays européens se retrouvent enlisés dans le cercle vicieux de l’austérité : toujours moins de croissance, toujours moins de recettes publiques, toujours plus d’austérité, et ainsi de suite... Devant ce constat d’échec très prévisible, plusieurs voix dans le gouvernement se sont élevées récemment pour demander « d’ouvrir le débat » (Arnaud Montebourg) ou réclamer une « inflexion » (Cécile Duflot). Benoît Hamon est même allé jusqu’à affirmer que « l'austérité en Europe n'est plus soutenable » et qu’elle « peut nous conduire dans une impasse ». Dans son intervention télévisée du 10 avril, le président de la République a balayé ces interrogations et réaffirmé le cap du « sérieux ». Cette position n’est pas raisonnable : il faut un changement de cap.


Ce débat ne se réduit pas à l’alternative entre relance et austérité, comme si la croissance était devenue l’unique planche de secours de politiques économiques et sociales à bout de souffle. Pour sortir de cette impasse, il faut s’attaquer aux racines de la crise actuelle. Au risque de paraître schématique, on peut dire que les politiques de déréglementation et de dérégulation menées depuis une vingtaine d’années ont été le moteur de cette crise. Pour que ce moteur tourne à plein régime, il lui fallait un carburant. La croissance des inégalités a été ce carburant ; elle a permis de nourrir la spéculation financière en favorisant un partage des revenus de plus en plus défavorable au travail, ce qui a comprimé la consommation et a laissé la place au développement d’investissements de plus en plus spéculatifs. 

Les politiques suivies aujourd’hui sont loin de s’attaquer à ces problèmes. Non seulement parce qu’elles laissent en place tous les outils de la spéculation - comme l’illustre la question toujours pendante des paradis fiscaux - mais aussi parce qu’elles aggravent considérablement les inégalités, comme le montrent les exemples de divers pays (Grèce, Espagne, Portugal) où l’austérité plonge de plus en plus de salariés dans le chômage, la précarité ou la pauvreté. Pour en sortir il faut, puisque le mot est à la mode, un « choc ». Celui-ci ne se réduit pas au fait de favoriser la croissance. A moyen et long terme, cette stratégie de croissance n’est pas tenable et se heurte à des limites physiques évidentes. Il faut un « choc » de répartition qui articule des mesures de court terme et de plus long terme. 

L’urgence sociale commande de réévaluer fortement le pouvoir d’achat des plus bas revenus tant le retard accumulé depuis 30 ans est considérable. Prenons l’exemple des salaires. D’après une enquête réalisée il y a quelques années, le principal motif d’insatisfaction des salariés par rapport à leur emploi est le salaire. L’écart entre le salaire perçu et le salaire jugé « normal » était, en moyenne, évalué dans cette enquête à plus de 400 euros mensuels en 2007. Le retard salarial est énorme. A court terme, cette réévaluation du pouvoir d’achat passe par une hausse des protections de base (salaire minimum, minima sociaux,…): dans une société où la plupart des nécessités de la vie quotidienne  font l’objet d’un échange marchand, cette hausse des revenus monétaires est indispensable pour augmenter le pouvoir d’achat des ménages. 

Mais ce pouvoir d’achat ne dépend pas uniquement des propres ressources monétaires des ménages. Aujourd’hui, les dépenses publiques financent environ un cinquième (22%) de la consommation des ménages (à travers la prise en charge des frais de santé, d’éducation, de logement, de transports). Il faut accroitre cette part et mobiliser ce levier, à la fois pour favoriser l’accès de tous  à ces biens et services , mais aussi pour diminuer  l’emprise d’une marchandisation qui est à la fois socialement inégalitaire et économiquement coûteuse. En d’autres termes, il faut augmenter le pouvoir d’achat collectif des ménages. Que ce soit à travers la hausse des dépenses courantes permettant l’accès à des consommations collectives (biens, services), mais aussi par la hausse des dépenses d’investissement. Ces investissements publics sont, d’un point de vue économique, la seule façon de transférer du pouvoir d’achat dans le futur. 

L’autre levier nécessaire de ce choc de répartition est la réduction du temps de travail (RTT). Pour deux raisons. Premièrement, à moyen et long terme, c’est la seule voie permettant de créer des emplois. Deuxièmement, c’est aussi à travers la réduction du temps de travail que l’on peut poser et résoudre la question d’une meilleure répartition des revenus.

Sur le premier point il faut rappeler que, contrairement à une idée fréquemment répandue, ce n’est pas la croissance qui crée des emplois. La croissance est essentiellement le fruit des gains de productivité. C’est en tout cas ce qu’enseigne l’histoire longue de nos sociétés. Jusqu’à la révolution industrielle, les mouvements de la production ont épousé ceux de la population. Avec plus de bras, il était possible de produire plus, et inversement. Autrement dit, pour produire (gagner) plus, il fallait travailler plus. Depuis la révolution industrielle ce n’est plus le cas. On peut travailler moins tout en gagnant plus, grâce aux gains de productivité. Ces derniers se sont accélérés après la seconde guerre mondiale, ce qui a aussi conduit à une accélération de la croissance. Depuis deux siècles, cette croissance due aux gains de productivité a permis à la fois d’élever considérablement le pouvoir d’achat et, aussi, de réduire la durée du travail. Sans baisse de la durée du travail, il y aurait aujourd’hui deux fois moins d’emplois. La véritable variable de commande de l’emploi est la durée du travail et non la croissance. 

La RTT offre aussi l’opportunité, c’est le second point, de poser la question de la répartition des revenus. Et ce n’est pas parce que cette question n’a pas été résolue de façon satisfaisante avec les « 35 heures » qu’il n’est pas possible de le faire. Rappelons que la RTT ne se limite pas à la réduction de la durée hebdomadaire du travail. Elle peut prendre la forme de nouveaux congés. Elle est aussi - de façon si évidente qu’on l’oublie souvent - indissociable de la question de la retraite qui constitue une des formes majeures de réduction de la durée du travail et pose, de façon tout aussi évidente, la question de la répartition des revenus. 

Comment financer tout cela ? En collectant davantage de ressources publiques. Ceci suppose, d’une part, de lutter efficacement contre la fraude fiscale mais aussi, de façon plus décisive, de briser le tabou de la fiscalité. Rétablir un véritable état de droit fiscal en luttant contre la fraude fiscale pourrait rapporter, selon le syndicat  Solidaires Finances Publiques, environ 80 milliards d’euros. Supprimer les cadeaux fiscaux accordés sous le précédent quinquennat rapporterait aussi une dizaine de milliards par an. Sans parler de la possibilité de taxer davantage les plus hauts revenus dont l’effort contributif reste très faible dans notre pays. Au total cela pourrait représenter un volume considérable de ressources : au moins 5 points de PIB. D’importantes marges existent donc au niveau national pour mettre en place ce choc de répartition. 

Une meilleure répartition est aussi nécessaire, de façon peut-être plus évidente, à l’échelle mondiale. Là aussi, des ressources peuvent être mobilisées. Le Tax Justice Network (TJN) estime que les paradis fiscaux hébergent entre 21000 et 32000 milliards de dollars d’actifs financiers, soit environ 30% du volume mondial de ces actifs. Le manque à gagner fiscal est estimé à environ 190 milliards de dollars, soit deux fois plus que l’aide apportée par les pays de l’OCDE aux pays en développement. On peut aussi taxer plus facilement les revenus connus. Une légère surtaxe de 2% à 3% - on est loin du prélèvement « confiscatoire » - sur les revenus du centième de la population mondiale la plus riche permettrait de financer les objectifs du millénaire (réduire la pauvreté extrême de moitié, donner une éducation primaire à tous les enfants, réduire la mortalité infantile des enfants de moins de 5 ans, … ). Bref, surtaxer les plus hauts revenus, même à un taux modeste, cela peut rapporter.

En résumé, ce n’est pas à travers la recherche indéfinie de la croissance de la production que les pays européens pourront résoudre les problèmes actuels et futurs, mais surtout à travers une meilleure répartition des revenus et de l’emploi, les deux allant de pair. Ce diagnostic n’est pas nouveau. Il avait déjà été formulé il y a plus d’un siècle et demi. Au milieu du 19ème siècle, l’économiste John Suart Mill écrivait ainsi : « C’est seulement dans les pays retardés du monde que l’accroissement de la production est un objectif important : dans les plus avancés, ce dont on a besoin sur le plan économique est une meilleure distribution ». Cet objectif est aujourd’hui devenu une urgence, non seulement dans les pays les plus riches, mais aussi à l’échelle de toute la planète.

Pour un « choc » de répartition

15 Avril 2013 - 19:18
L’échec de la politique d’austérité du gouvernement est patent. Plus de croissance est peut-être nécessaire à très court terme mais ce n’est pas une réponse pertinente à moyen et long terme. En réalité, nos sociétés ont besoin d'une meilleure répartition des revenus. Après avoir socialisé la dette privée et fait exploser la dette publique, les pays européens se retrouvent enlisés dans le cercle vicieux de l’austérité : toujours moins de croissance, toujours moins de recettes publiques, toujours plus d’austérité, et ainsi de suite... Devant ce constat d’échec très prévisible, plusieurs voix dans le gouvernement se sont élevées récemment pour demander « d’ouvrir le débat » (Arnaud Montebourg) ou réclamer une « inflexion » (Cécile Duflot). Benoît Hamon est même allé jusqu’à affirmer que « l'austérité en Europe n'est plus soutenable » et qu’elle « peut nous conduire dans une impasse ». Dans son intervention télévisée du 10 avril, le président de la République a balayé ces interrogations et réaffirmé le cap du « sérieux ». Cette position n’est pas raisonnable : il faut un changement de cap.


Ce débat ne se réduit pas à l’alternative entre relance et austérité, comme si la croissance était devenue l’unique planche de secours de politiques économiques et sociales à bout de souffle. Pour sortir de cette impasse, il faut s’attaquer aux racines de la crise actuelle. Au risque de paraître schématique, on peut dire que les politiques de déréglementation et de dérégulation menées depuis une vingtaine d’années ont été le moteur de cette crise. Pour que ce moteur tourne à plein régime, il lui fallait un carburant. La croissance des inégalités a été ce carburant ; elle a permis de nourrir la spéculation financière en favorisant un partage des revenus de plus en plus défavorable au travail, ce qui a comprimé la consommation et a laissé la place au développement d’investissements de plus en plus spéculatifs. 

Les politiques suivies aujourd’hui sont loin de s’attaquer à ces problèmes. Non seulement parce qu’elles laissent en place tous les outils de la spéculation - comme l’illustre la question toujours pendante des paradis fiscaux - mais aussi parce qu’elles aggravent considérablement les inégalités, comme le montrent les exemples de divers pays (Grèce, Espagne, Portugal) où l’austérité plonge de plus en plus de salariés dans le chômage, la précarité ou la pauvreté. Pour en sortir il faut, puisque le mot est à la mode, un « choc ». Celui-ci ne se réduit pas au fait de favoriser la croissance. A moyen et long terme, cette stratégie de croissance n’est pas tenable et se heurte à des limites physiques évidentes. Il faut un « choc » de répartition qui articule des mesures de court terme et de plus long terme. 

L’urgence sociale commande de réévaluer fortement le pouvoir d’achat des plus bas revenus tant le retard accumulé depuis 30 ans est considérable. Prenons l’exemple des salaires. D’après une enquête réalisée il y a quelques années, le principal motif d’insatisfaction des salariés par rapport à leur emploi est le salaire. L’écart entre le salaire perçu et le salaire jugé « normal » était, en moyenne, évalué dans cette enquête à plus de 400 euros mensuels en 2007. Le retard salarial est énorme. A court terme, cette réévaluation du pouvoir d’achat passe par une hausse des protections de base (salaire minimum, minima sociaux,…): dans une société où la plupart des nécessités de la vie quotidienne  font l’objet d’un échange marchand, cette hausse des revenus monétaires est indispensable pour augmenter le pouvoir d’achat des ménages. 

Mais ce pouvoir d’achat ne dépend pas uniquement des propres ressources monétaires des ménages. Aujourd’hui, les dépenses publiques financent environ un cinquième (22%) de la consommation des ménages (à travers la prise en charge des frais de santé, d’éducation, de logement, de transports). Il faut accroitre cette part et mobiliser ce levier, à la fois pour favoriser l’accès de tous  à ces biens et services , mais aussi pour diminuer  l’emprise d’une marchandisation qui est à la fois socialement inégalitaire et économiquement coûteuse. En d’autres termes, il faut augmenter le pouvoir d’achat collectif des ménages. Que ce soit à travers la hausse des dépenses courantes permettant l’accès à des consommations collectives (biens, services), mais aussi par la hausse des dépenses d’investissement. Ces investissements publics sont, d’un point de vue économique, la seule façon de transférer du pouvoir d’achat dans le futur. 

L’autre levier nécessaire de ce choc de répartition est la réduction du temps de travail (RTT). Pour deux raisons. Premièrement, à moyen et long terme, c’est la seule voie permettant de créer des emplois. Deuxièmement, c’est aussi à travers la réduction du temps de travail que l’on peut poser et résoudre la question d’une meilleure répartition des revenus.

Sur le premier point il faut rappeler que, contrairement à une idée fréquemment répandue, ce n’est pas la croissance qui crée des emplois. La croissance est essentiellement le fruit des gains de productivité. C’est en tout cas ce qu’enseigne l’histoire longue de nos sociétés. Jusqu’à la révolution industrielle, les mouvements de la production ont épousé ceux de la population. Avec plus de bras, il était possible de produire plus, et inversement. Autrement dit, pour produire (gagner) plus, il fallait travailler plus. Depuis la révolution industrielle ce n’est plus le cas. On peut travailler moins tout en gagnant plus, grâce aux gains de productivité. Ces derniers se sont accélérés après la seconde guerre mondiale, ce qui a aussi conduit à une accélération de la croissance. Depuis deux siècles, cette croissance due aux gains de productivité a permis à la fois d’élever considérablement le pouvoir d’achat et, aussi, de réduire la durée du travail. Sans baisse de la durée du travail, il y aurait aujourd’hui deux fois moins d’emplois. La véritable variable de commande de l’emploi est la durée du travail et non la croissance. 

La RTT offre aussi l’opportunité, c’est le second point, de poser la question de la répartition des revenus. Et ce n’est pas parce que cette question n’a pas été résolue de façon satisfaisante avec les « 35 heures » qu’il n’est pas possible de le faire. Rappelons que la RTT ne se limite pas à la réduction de la durée hebdomadaire du travail. Elle peut prendre la forme de nouveaux congés. Elle est aussi - de façon si évidente qu’on l’oublie souvent - indissociable de la question de la retraite qui constitue une des formes majeures de réduction de la durée du travail et pose, de façon tout aussi évidente, la question de la répartition des revenus. 

Comment financer tout cela ? En collectant davantage de ressources publiques. Ceci suppose, d’une part, de lutter efficacement contre la fraude fiscale mais aussi, de façon plus décisive, de briser le tabou de la fiscalité. Rétablir un véritable état de droit fiscal en luttant contre la fraude fiscale pourrait rapporter, selon le SNUI (Syndicat national unifié des impôts), environ 80 milliards d’euros. Supprimer les cadeaux fiscaux accordés sous le précédent quinquennat rapporterait aussi une dizaine de milliards par an. Sans parler de la possibilité de taxer davantage les plus hauts revenus dont l’effort contributif reste très faible dans notre pays. Au total cela pourrait représenter un volume considérable de ressources : au moins 5 points de PIB. D’importantes marges existent donc au niveau national pour mettre en place ce choc de répartition. 

Une meilleure répartition est aussi nécessaire, de façon peut-être plus évidente, à l’échelle mondiale. Là aussi, des ressources peuvent être mobilisées. Le Tax Justice Network (TJN) estime que les paradis fiscaux hébergent entre 21000 et 32000 milliards de dollars d’actifs financiers, soit environ 30% du volume mondial de ces actifs. Le manque à gagner fiscal est estimé à environ 190 milliards de dollars, soit deux fois plus que l’aide apportée par les pays de l’OCDE aux pays en développement. On peut aussi taxer plus facilement les revenus connus. Une légère surtaxe de 2% à 3% - on est loin du prélèvement « confiscatoire » - sur les revenus du centième de la population mondiale la plus riche permettrait de financer les objectifs du millénaire (réduire la pauvreté extrême de moitié, donner une éducation primaire à tous les enfants, réduire la mortalité infantile des enfants de moins de 5 ans, … ). Bref, surtaxer les plus hauts revenus, même à un taux modeste, cela peut rapporter.

En résumé, ce n’est pas à travers la recherche indéfinie de la croissance de la production que les pays européens pourront résoudre les problèmes actuels et futurs, mais surtout à travers une meilleure répartition des revenus et de l’emploi, les deux allant de pair. Ce diagnostic n’est pas nouveau. Il avait déjà été formulé il y a plus d’un siècle et demi. Au milieu du 19ème siècle, l’économiste John Suart Mill écrivait ainsi : « C’est seulement dans les pays retardés du monde que l’accroissement de la production est un objectif important : dans les plus avancés, ce dont on a besoin sur le plan économique est une meilleure distribution ». Cet objectif est aujourd’hui devenu une urgence, non seulement dans les pays les plus riches, mais aussi à l’échelle de toute la planète.

Réduire, plafonner, imposer les prestations familiales : les familles sont-elles responsables de la crise ?

02 Avril 2013 - 13:11
    Le gouvernement s’est donné comme objectif d’atteindre l’équilibre des finances publiques en 2017 ; il envisage pour cela de baisser d’environ 60 milliards le montant des dépenses publiques. Ainsi, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a-t-il demandé à Bernard Fragonard, le Président du Haut Conseil à la Famille, de lui proposer un plan de restructuration de la politique familiale, permettant le retour à l’équilibre de la branche famille en 2016. Il faudrait donc réduire les aides aux familles, de 2,5 milliards (soit de 6,25 % des prestations familiales), le montant du déficit de la CNAF en 2012.

      En 2012, les comptes de la CNAF souffrent de la récession, qui diminue les montants des cotisations sociales et de la CSG, qu’elle reçoit. Comme la masse salariale est inférieure de 5 % à son niveau normal, la perte de recettes pour la CNAF peut être évaluée à 2,5 milliards. La totalité du déficit de la CNAF est donc conjoncturelle. Prétendre le réduire en diminuant les prestations revient à mettre en cause le rôle stabilisateur des finances publiques. Comme  l’ensemble de la protection sociale, la CNAF doit être gérée en considérant son solde structurel, or celui-ci est équilibré en 2012. Sur le plan économique, en situation de profonde dépression, quand la consommation et l’activité stagnent, rien ne peut justifier une ponction sur le pouvoir d’achat des familles.

      Par ailleurs, les gouvernements successifs ont progressivement mis à la charge de la CNAF, et l’assurance vieillesse des personnes au foyer (pour 4,4 milliards en 2012) et les majorations familiales de retraite (pour 4,5 milliards en 2012). Ainsi, sur les 54 milliards de ressources de la CNAF, près de 9 milliards sont détournés vers l’assurance-retraite et ne profitent pas directement  aux enfants.

       Ce détournement a été possible car les prestations familiales ont peu augmenté dans le passé,  n’étant généralement indexées que sur les prix et ne suivant pas les salaires. Pire, certaines années, les prestations n’ont même pas été augmentées comme l’inflation. De 1984 à 2012, les allocations familiales ont perdu 5,7% en pouvoir d’achat absolu, mais 25% en pouvoir d’achat relativement au revenu médian des ménages. Faut-il poursuivre et accentuer cette dérive ?

       Les jeunes de moins de 20 ans représentent 25 % de la population. En utilisant l’échelle d’équivalence de l’INSEE, c’est 12,5% du revenu des ménages qui devrait être fourni par des prestations familiales pour assurer aux familles avec enfants le même niveau de vie qu’aux personnes sans enfants. Or l’ensemble des prestations sous critères familiaux ne représente que 4,2 % du revenu des ménages.

     Le RSA est nettement plus faible que le minimum vieillesse sous prétexte d’inciter ses titulaires à travailler, mais ceci pèse sur le niveau de vie des enfants, qui vivent généralement avec des personnes d’âges actifs, non avec des retraités. La création du RSA activité aurait pu fournir un complément de ressources appréciable à beaucoup de familles de travailleurs à bas salaires, mais celui-ci est mal conçu : beaucoup de bénéficiaires potentiels ne le demandent pas. De plus, il ne bénéficie pas aux chômeurs (et donc à leurs enfants). Ainsi, en 2010, le taux de pauvreté des enfants (au seuil de 60%) était-il de 19,8% contre 14,1 % pour l’ensemble de la population. Au seuil de 50%, il était de 11,1% contre 7,8% pour l’ensemble de la population. 2,7 millions d’enfants sont en dessous du seuil de pauvreté de 60%. 1,5 million d’enfants sont même en dessous du seuil de 50%.

     Une famille avec trois enfants a un niveau de vie plus bas qu’un couple sans enfant, de mêmes salaires, de 20 % si elle gagne 2 fois le SMIC, de 30 % si elle gagne 5 fois le SMIC. Les allocations familiales sont devenues très faibles pour les classes moyennes ;  le quotient familial ne fait que tenir compte de la baisse de niveau de vie induite par la présence d’enfants ; il n’augmente pas le pouvoir d’achat relatif des familles. A aucun niveau de revenu,  les aides aux enfants ne sont excessives.

        Le niveau de vie moyen des enfants est inférieur de 10% à celui de l’ensemble de la population. Ce devrait être l’inverse, puisque les enfants ont besoin d’un niveau de vie satisfaisant pour développer toutes leurs potentialités, et puisque les parents qui élèvent leurs enfants, en plus de leurs activités professionnelles, jouent un rôle social fondamental.

       Faut-il fiscaliser les allocations familiales ? Ce serait oublier que leur montant est déjà très faible par rapport au coût des enfants. Le revenu médian par unité de consommation était de l’ordre de 1 660 euros en 2012 ; le coût moyen d’un enfant, qui représente 0,3 unité de consommation, est donc de l’ordre de 500 euros. Or, les allocations familiales sont de 64 euros par enfant (pour une famille avec deux enfants), et de 97 euros par enfant (pour une famille avec trois enfants). Il faudrait donc au minimum multiplier par cinq les allocations avant que la question de leur fiscalisation ne devienne légitime.

     Fallait-il que Monsieur Fragonard fasse les propositions les plus injustes et les plus saugrenues pour récupérer 2 milliards sur les familles comme ne plus indexer les prestations familiales, comme supprimer la prise en compte fiscale des frais de scolarité ? Le plus comique est la proposition de diviser par 2 ou par 4 le montant des allocations familiales pour les familles des classes moyennes. Ainsi, une famille bi-active avec 2 enfants, qui gagne 5500 euros par mois, dont les employeurs payent 297 euros par mois de cotisations famille, ne toucherait plus que 64 euros d’allocations familiales (au lieu de 128 euros) ; 32 euros pour celle qui gagne plus de 7500 euros ; est-ce même la peine de verser une somme si dérisoire ? Quelle nouvelle complication pour les CAF que de vérifier les revenus de toutes les familles, en temps réel ! L’élevage des enfants représente une lourde charge, en termes de contrainte d’emploi du temps, pour les parents bi-actifs; faut-il les encourager à s’investir plutôt dans leurs activités professionnelles ou leurs loisirs ?  

   Faut-il renoncer progressivement au principe de base du modèle social français : chacun cotise selon ses revenus et reçoit selon ses besoins ? Transformer les prestations universelles en prestations d’assistance, c’est ouvrir la voie vers le modèle libéral : des pauvres prestations stigmatisantes pour les plus pauvres  et des assurances privées pour les riches.

       Se rapprocher des objectifs de la politique familiale française–réduire les écarts de niveau de vie selon la configuration familiale, sortir tous les enfants de la pauvreté, augmenter les places en crèche– nécessiterait que plus de moyens soient donnés à la politique familiale. Ces moyens devraient être supportés par tous les contribuables, et non par les familles des classes moyennes, qui ne sont pas actuellement favorisées.

      La politique familiale ne peut être une variable d’ajustement. Comme le disait Charles Gide : « De tous les investissements qu’une nation puisse envisager, c’est l’éducation des enfants qui est la plus rentable ». Réduire de 2,5 milliards les sommes que la Nation consacre à ses enfants serait une erreur de politique macroéconomique comme de politique sociale. Ce serait surtout une faute morale.

Ce texte n'engage que son auteur.
 

Réduire, plafonner, imposer les prestations familiales : les familles sont-elles responsables de la crise ?

02 Avril 2013 - 13:11
    Le gouvernement s’est donné comme objectif d’atteindre l’équilibre des finances publiques en 2017 ; il envisage pour cela de baisser d’environ 60 milliards le montant des dépenses publiques. Ainsi, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a-t-il demandé à Bernard Fragonard, le Président du Haut Conseil à la Famille, de lui proposer un plan de restructuration de la politique familiale, permettant le retour à l’équilibre de la branche famille en 2016. Il faudrait donc réduire les aides aux familles, de 2,5 milliards (soit de 6,25 % des prestations familiales), le montant du déficit de la CNAF en 2012.
      En 2012, les comptes de la CNAF souffrent de la récession, qui diminue les montants des cotisations sociales et de la CSG, qu’elle reçoit. Comme la masse salariale est inférieure de 5 % à son niveau normal, la perte de recettes pour la CNAF peut être évaluée à 2,5 milliards. La totalité du déficit de la CNAF est donc conjoncturelle. Prétendre le réduire en diminuant les prestations revient à mettre en cause le rôle stabilisateur des finances publiques. Comme  l’ensemble de la protection sociale, la CNAF doit être gérée en considérant son solde structurel, or celui-ci est équilibré en 2012. Sur le plan économique, en situation de profonde dépression, quand la consommation et l’activité stagnent, rien ne peut justifier une ponction sur le pouvoir d’achat des familles.
      Par ailleurs, les gouvernements successifs ont progressivement mis à la charge de la CNAF, et l’assurance vieillesse des personnes au foyer (pour 4,4 milliards en 2012) et les majorations familiales de retraite (pour 4,5 milliards en 2012). Ainsi, sur les 54 milliards de ressources de la CNAF, près de 9 milliards sont détournés vers l’assurance-retraite et ne profitent pas directement  aux enfants.
       Ce détournement a été possible car les prestations familiales ont peu augmenté dans le passé,  n’étant généralement indexées que sur les prix et ne suivant pas les salaires. Pire, certaines années, les prestations n’ont même pas été augmentées comme l’inflation. De 1984 à 2012, les allocations familiales ont perdu 5,7% en pouvoir d’achat absolu, mais 25% en pouvoir d’achat relativement au revenu médian des ménages. Faut-il poursuivre et accentuer cette dérive ?
       Les jeunes de moins de 20 ans représentent 25 % de la population. En utilisant l’échelle d’équivalence de l’INSEE, c’est 12,5% du revenu des ménages qui devrait être fourni par des prestations familiales pour assurer aux familles avec enfants le même niveau de vie qu’aux personnes sans enfants. Or l’ensemble des prestations sous critères familiaux ne représente que 4,2 % du revenu des ménages.
     Le RSA est nettement plus faible que le minimum vieillesse sous prétexte d’inciter ses titulaires à travailler, mais ceci pèse sur le niveau de vie des enfants, qui vivent généralement avec des personnes d’âges actifs, non avec des retraités. La création du RSA activité aurait pu fournir un complément de ressources appréciable à beaucoup de familles de travailleurs à bas salaires, mais celui-ci est mal conçu : beaucoup de bénéficiaires potentiels ne le demandent pas. De plus, il ne bénéficie pas aux chômeurs (et donc à leurs enfants). Ainsi, en 2010, le taux de pauvreté des enfants (au seuil de 60%) était-il de 19,8% contre 14,1 % pour l’ensemble de la population. Au seuil de 50%, il était de 11,1% contre 7,8% pour l’ensemble de la population. 2,7 millions d’enfants sont en dessous du seuil de pauvreté de 60%. 1,5 million d’enfants sont même en dessous du seuil de 50%.
     Une famille avec trois enfants a un niveau de vie plus bas qu’un couple sans enfant, de mêmes salaires, de 20 % si elle gagne 2 fois le SMIC, de 30 % si elle gagne 5 fois le SMIC. Les allocations familiales sont devenues très faibles pour les classes moyennes ;  le quotient familial ne fait que tenir compte de la baisse de niveau de vie induite par la présence d’enfants ; il n’augmente pas le pouvoir d’achat relatif des familles. A aucun niveau de revenu,  les aides aux enfants ne sont excessives.
        Le niveau de vie moyen des enfants est inférieur de 10% à celui de l’ensemble de la population. Ce devrait être l’inverse, puisque les enfants ont besoin d’un niveau de vie satisfaisant pour développer toutes leurs potentialités, et puisque les parents qui élèvent leurs enfants, en plus de leurs activités professionnelles, jouent un rôle social fondamental.
       Faut-il fiscaliser les allocations familiales ? Ce serait oublier que leur montant est déjà très faible par rapport au coût des enfants. Le revenu médian par unité de consommation était de l’ordre de 1 660 euros en 2012 ; le coût moyen d’un enfant, qui représente 0,3 unité de consommation, est donc de l’ordre de 500 euros. Or, les allocations familiales sont de 64 euros par enfant (pour une famille avec deux enfants), et de 97 euros par enfant (pour une famille avec trois enfants). Il faudrait donc au minimum multiplier par cinq les allocations avant que la question de leur fiscalisation ne devienne légitime.
     Fallait-il que Monsieur Fragonard fasse les propositions les plus injustes et les plus saugrenues pour récupérer 2 milliards sur les familles comme ne plus indexer les prestations familiales, comme supprimer la prise en compte fiscale des frais de scolarité ? Le plus comique est la proposition de diviser par 2 ou par 4 le montant des allocations familiales pour les familles des classes moyennes. Ainsi, une famille bi-active avec 2 enfants, qui gagne 5500 euros par mois, dont les employeurs payent 297 euros par mois de cotisations famille, ne toucherait plus que 64 euros d’allocations familiales (au lieu de 128 euros) ; 32 euros pour celle qui gagne plus de 7500 euros ; est-ce même la peine de verser une somme si dérisoire ? Quelle nouvelle complication pour les CAF que de vérifier les revenus de toutes les familles, en temps réel ! L’élevage des enfants représente une lourde charge, en termes de contrainte d’emploi du temps, pour les parents bi-actifs; faut-il les encourager à s’investir plutôt dans leurs activités professionnelles ou leurs loisirs ?  
   Faut-il renoncer progressivement au principe de base du modèle social français : chacun cotise selon ses revenus et reçoit selon ses besoins ? Transformer les prestations universelles en prestations d’assistance, c’est ouvrir la voie vers le modèle libéral : des pauvres prestations stigmatisantes pour les plus pauvres  et des assurances privées pour les riches.
       Se rapprocher des objectifs de la politique familiale française–réduire les écarts de niveau de vie selon la configuration familiale, sortir tous les enfants de la pauvreté, augmenter les places en crèche– nécessiterait que plus de moyens soient donnés à la politique familiale. Ces moyens devraient être supportés par tous les contribuables, et non par les familles des classes moyennes, qui ne sont pas actuellement favorisées.
      La politique familiale ne peut être une variable d’ajustement. Comme le disait Charles Gide : « De tous les investissements qu’une nation puisse envisager, c’est l’éducation des enfants qui est la plus rentable ». Réduire de 2,5 milliards les sommes que la Nation consacre à ses enfants serait une erreur de politique macroéconomique comme de politique sociale. Ce serait surtout une faute morale.

Ce texte n'engage que son auteur.
 

Chypre : une taxation bienvenue….

20 Mars 2013 - 16:15
Une fois de plus, les derniers développements de la crise montrent comment l’organisation de la zone euro est déficiente. Chaque trimestre, pratiquement, il faut sauver la zone euro, mais  chaque sauvetage rend encore plus fragile l’édifice.

Jamais Chypre n’aurait dû être acceptée dans la zone euro. Chypre est un paradis fiscal et réglementaire, qui n’impose les entreprises qu’au taux de 10% ; le bilan de son système bancaire hypertrophié représente près de 8 fois son PIB de 18 milliards d’euros. En fait Chypre sert de lieu de transit et de blanchiment des capitaux russes : les banques chypriotes auraient pour environ 20 milliards de dépôts en provenance de la Russie, s’y ajoutent 12 milliards de dépôts de banques russes. Ces fonds sont souvent réinvestis en Russie : Chypre est le premier investisseur étranger en Russie, pour environ 13 milliards d’euros par an. Ainsi, en transitant par Chypre, certains capitaux russes sont blanchis et sécurisés sur le plan juridique.  Comme l’Europe est très attachée au principe de libre circulation des capitaux, elle a laissé faire.


Un drôle de membre.... Ce système bancaire surdimensionné a perdu beaucoup d'argent, en ayant investi dans la dette publique grecque ou en accordant des prêts à des entreprises grecques, incapables de rembourser en raison de la crise ; il a favorisé une bulle immobilière qui a implosé, lui imposant de nouvelles pertes. Le système bancaire est en difficulté, donc les marchés ont spéculé contre la dette publique chypriote, les taux d'intérêt ont grimpé, le pays est entré en récession, le déficit public s'est creusé. En 2012, la croissance a été négative (-2,5%) le taux de chômage atteint 12% ; le déficit public est de 5,5% du PIB ; la dette publique de 87% du PIB et le déficit  extérieur atteint 6% du PIB.


Le pavé de l'ours ..et un petit pas Le pays a besoin d’une aide à la fois pour se financer et pour recapitaliser ses banques. Chypre a demandé 17 milliards d’aide, soit l’équivalent de son PIB annuel. Bien sûr, Chypre devra se soumettre aux exigences de la Troïka, baisser de 15% les salaires de ses fonctionnaires, baisser de 10% sa protection sociale (retraites, prestations familiales et chômage). C’est le quatrième pays en Europe qui sera géré par la Troïka, qui pourra ainsi remettre en cause, une nouvelle fois, le modèle social européen et enfoncer le pays dans la dépression.
Elle devra faire passer son taux de l’IS de 10 à 12,5%, ce qui est peu, mais l’Europe ne pouvait imposer à Chypre de faire plus que l’Irlande. Chypre devra augmenter le taux d’imposition des intérêts bancaires. Ceci va timidement dans la direction  de l’indispensable harmonisation fiscale.

Qui doit payer ? Mais quid des banques ? Les pays européens se sont trouvés devant un choix cornélien :
  • aider Chypre à sauver son système bancaire revenait à sauver les fonds russes avec l’argent du contribuable européen, montrait que l’Europe couvrait toutes les dérives des Etats membres, ce qui aurait encore jeté de l’huile sur le feu en Allemagne, en Finlande, aux Pays-Bas ;
  • demander à Chypre de recapitaliser lui-même ses banques faisait passer sa dette publique à plus  150% du PIB, un niveau insoutenable.
La solution choisie –faire payer les déposants pour 6 milliards d’euros  – permet de mettre à contribution les non-résidents qui ont placé de l’argent à Chypre. Le modèle islandais fait école. L’Europe n’a pas voulu traiter différemment les dépôts des Chypriotes, craignant la fragilité juridique d’une telle disposition, c’est dommage. L’avantage est de mettre fin au statut de place financière non-réglementée de Chypre. C’est un précédent salutaire qui découragera les placements transfrontaliers. Il est légitime que les détenteurs de dépôts importants rémunérés à des taux d’intérêt élevés soient mis à contribution. En même temps, s’en prendre aux dépôts est une première, d’autant plus que l’Europe cherche à mettre en place une Union bancaire qui garantirait 100 000 euros par déposant. Bien sûr, l’Europe affirme que c’est une décision exceptionnelle, le risque est que les déposants espagnols ou grecs s’inquiètent du précédent ainsi créé.
Il serait sage de limiter la ponction aux dépôts supérieurs à 100 000 euros. Ceci fait, l’Europe aura pris la bonne décision –faire payer les créanciers et les déposants importants des banques, et pas seulement les peuples.
Il faudra que, dans la future Union bancaire, soient clairement distingués les dépôts garantis par l’argent public (qui devront être rémunérés à des taux limités, qui ne devront pas être placés sur les marchés financiers) et les autres.
Il faudra aussi ouvrir des perspectives à Chypre (et à la Grèce et au Portugal), non pas seulement la ruine économique et la ruine sociale qu’impose la Troïka, mais un renouveau économique par un Plan de reconstruction.
 

Chypre : une taxation bienvenue….

20 Mars 2013 - 16:15
Une fois de plus, les derniers développements de la crise montrent comment l’organisation de la zone euro est déficiente. Chaque trimestre, pratiquement, il faut sauver la zone euro, mais  chaque sauvetage rend encore plus fragile l’édifice.

Jamais Chypre n’aurait dû être acceptée dans la zone euro. Chypre est un paradis fiscal et réglementaire, qui n’impose les entreprises qu’au taux de 10% ; le bilan de son système bancaire hypertrophié représente près de 8 fois son PIB de 18 milliards d’euros. En fait Chypre sert de lieu de transit et de blanchiment des capitaux russes : les banques chypriotes auraient pour environ 20 milliards de dépôts en provenance de la Russie, s’y ajoutent 12 milliards de dépôts de banques russes. Ces fonds sont souvent réinvestis en Russie : Chypre est le premier investisseur étranger en Russie, pour environ 13 milliards d’euros par an. Ainsi, en transitant par Chypre, certains capitaux russes sont blanchis et sécurisés sur le plan juridique.  Comme l’Europe est très attachée au principe de libre circulation des capitaux, elle a laissé faire.


Un drôle de membre.... Ce système bancaire surdimensionné a perdu beaucoup d'argent, en ayant investi dans la dette publique grecque ou en accordant des prêts à des entreprises grecques, incapables de rembourser en raison de la crise ; il a favorisé une bulle immobilière qui a implosé, lui imposant de nouvelles pertes. Le système bancaire est en difficulté, donc les marchés ont spéculé contre la dette publique chypriote, les taux d'intérêt ont grimpé, le pays est entré en récession, le déficit public s'est creusé. En 2012, la croissance a été négative (-2,5%) le taux de chômage atteint 12% ; le déficit public est de 5,5% du PIB ; la dette publique de 87% du PIB et le déficit  extérieur atteint 6% du PIB.


Le pavé de l'ours ..et un petit pas Le pays a besoin d’une aide à la fois pour se financer et pour recapitaliser ses banques. Chypre a demandé 17 milliards d’aide, soit l’équivalent de son PIB annuel. Bien sûr, Chypre devra se soumettre aux exigences de la Troïka, baisser de 15% les salaires de ses fonctionnaires, baisser de 10% sa protection sociale (retraites, prestations familiales et chômage). C’est le quatrième pays en Europe qui sera géré par la Troïka, qui pourra ainsi remettre en cause, une nouvelle fois, le modèle social européen et enfoncer le pays dans la dépression.
Elle devra faire passer son taux de l’IS de 10 à 12,5%, ce qui est peu, mais l’Europe ne pouvait imposer à Chypre de faire plus que l’Irlande. Chypre devra augmenter le taux d’imposition des intérêts bancaires. Ceci va timidement dans la direction  de l’indispensable harmonisation fiscale.

Qui doit payer ? Mais quid des banques ? Les pays européens se sont trouvés devant un choix cornélien :
  • aider Chypre à sauver son système bancaire revenait à sauver les fonds russes avec l’argent du contribuable européen, montrait que l’Europe couvrait toutes les dérives des Etats membres, ce qui aurait encore jeté de l’huile sur le feu en Allemagne, en Finlande, aux Pays-Bas ;
  • demander à Chypre de recapitaliser lui-même ses banques faisait passer sa dette publique à plus  150% du PIB, un niveau insoutenable.
La solution choisie –faire payer les déposants pour 6 milliards d’euros  – permet de mettre à contribution les non-résidents qui ont placé de l’argent à Chypre. Le modèle islandais fait école. L’Europe n’a pas voulu traiter différemment les dépôts des Chypriotes, craignant la fragilité juridique d’une telle disposition, c’est dommage. L’avantage est de mettre fin au statut de place financière non-réglementée de Chypre. C’est un précédent salutaire qui découragera les placements transfrontaliers. Il est légitime que les détenteurs de dépôts importants rémunérés à des taux d’intérêt élevés soient mis à contribution. En même temps, s’en prendre aux dépôts est une première, d’autant plus que l’Europe cherche à mettre en place une Union bancaire qui garantirait 100 000 euros par déposant. Bien sûr, l’Europe affirme que c’est une décision exceptionnelle, le risque est que les déposants espagnols ou grecs s’inquiètent du précédent ainsi créé.
Il serait sage de limiter la ponction aux dépôts supérieurs à 100 000 euros. Ceci fait, l’Europe aura pris la bonne décision –faire payer les créanciers et les déposants importants des banques, et pas seulement les peuples.
Il faudra que, dans la future Union bancaire, soient clairement distingués les dépôts garantis par l’argent public (qui devront être rémunérés à des taux limités, qui ne devront pas être placés sur les marchés financiers) et les autres.
Il faudra aussi ouvrir des perspectives à Chypre (et à la Grèce et au Portugal), non pas seulement la ruine économique et la ruine sociale qu’impose la Troïka, mais un renouveau économique par un Plan de reconstruction.
 

Dogmatisme ultralibéral: la Cour des comptes persévère

22 février 2013 - 17:08
La Cour des comptes vient de publier son rapport annuel 2013. Le premier chapitre est consacré à l’examen de la situation d’ensemble des finances publiques. La Cour y félicite le gouvernement actuel ainsi que le précédent pour l’austérité budgétaire sans précédent déployée en France. Elle regrette toutefois que l’effort porte essentiellement sur les recettes, via la hausse des prélèvements obligatoires, et non sur la réduction des dépenses publiques. D’où sa principale préconisation : poursuivre l’austérité mais en la réorientant prioritairement vers la réduction des dépenses.
La Cour persévère ce faisant dans le dogmatisme le plus libéral. 

La Cour se désole de la récession : mais d’où vient-elle ?
 
La grande crise ouverte en 2007 est clairement celle du modèle néolibéral, celui de la finance libéralisée et de l’austérité salariale qui ont conduit à soutenir la croissance par l’endettement privé des ménages. La bulle autour de la dette privée a explosé en 2007-2008, d’où la crise économique – la plus importante depuis les années 1930 – ouverte depuis lors. Depuis 2010, en Europe tout particulièrement, les néolibéraux ont pourtant réussi un véritable tour de force : ils ont pris prétexte des conséquences directes de la crise de leur modèle – la hausse des dettes publiques notamment – pour imposer un peu plus ce dernier, pourtant en faillite.

Dès le début, les Economistes atterrés ont mis en garde contre les conséquences de ce nouveau tour de vis d’austérité budgétaire et salariale. Cela entraînera la récession. Et celle-ci n’engendrera pas seulement explosion du chômage et de la pauvreté. Elle entraînera une chute des recettes fiscales, de sorte que les déficits et dettes publics eux-mêmes ne se réduiront pas ou peu, ce qui est « gagné » d’un côté (par la réduction des dépenses) étant perdu de l’autre (par celle des recettes). C’est exactement ce scénario noir qui se déroule sous nos yeux. L’Europe qui a pris seule le tournant vers l’austérité généralisée – les Etats-Unis, le Japon et la Chine continuent à soutenir leur activité – est replongée en récession en 2012. Et les pays qui ont été le plus loin dans l’austérité (Grèce, Portugal, Espagne…) s’effondrent littéralement. 

En juin 2011, la Cour prévoyait pour la France une croissance (en volume) de 2,25 % en 2012 et 2,5 % en 2013. En juillet 2012, elle révisait ces prévisions à la baisse : 0,4 % en 2012 et 1 % en 2013. Nouvelle révision à la baisse à présent : 0 % en 2012 et guère mieux (0,3 %) ou même pire en 2013. Résultat des courses : les déficits se réduisent moins vite que prévu. La Commission européenne dans ses prévisions de croissance publiées le 22 février 2013 les révise à nouveau à la baisse : 0,1 % pour la France en 2013, (contre 0,8 % prévu initialement par le Gouvernement français), de sorte que le déficit s’établirait à 3,7 % et même 3,9 % en 2014.

La Cour se désole : « les perspectives de croissance se sont assombries » (p. 27). Mais d’où vient cet assombrissement ? A aucun moment elle ne s’interroge sur ce point pourtant essentiel. À la lire, c’est comme si la croissance tombait du ciel. Elle ne tombe pourtant pas du ciel : c’est précisément l’application de la politique préconisée par la Cour, celle de l’austérité généralisée, qui plonge l’Europe dans une nouvelle récession.

Le FMI lui-même l’indique : les politiques d’austérité budgétaire coordonnées actuellement déployées en Europe sont néfastes pour la croissance, l’emploi et finalement pour les comptes publics eux-mêmes.

À l’aune de la Cour, le FMI c’est du gauchisme
 
Les dépenses publiques ne sont pas d’abord un coût. Ce sont des prestations sociales (576 milliards en 2011) qui soutiennent la consommation privée des ménages et donc la production des entreprises. Ce sont aussi des impôts qui servent à payer le travail productif des fonctionnaires (ces derniers – on l’oublie souvent – contribuent au PIB à hauteur de 328 milliards en 2011) lesquels utilisent aussi leur salaire pour acheter des produits au privé. Par de multiples biais, réduire la dépense publique revient donc à baisser la production nationale. C’est ce que les économistes nomment le multiplicateur budgétaire : une hausse des dépenses publiques entraîne celle du PIB, de même que leur baisse alimente sa baisse. A quel montant estimer ce multiplicateur ? La réponse n’est pas la même selon les keynésiens et les libéraux.

Dans ses Perspectives de l’économie mondiale publiées en octobre 2012, le FMI a mis un peu d’eau dans son vin traditionnellement libéral. Il révise son estimation du multiplicateur budgétaire : celui-ci ne serait pas de 0,5 – comme il le soutenait précédemment – mais compris entre 0,9 et 1,7. Cette estimation est prudente : pour certains économistes keynésiens, le multiplicateur est plus élevé encore en Europe compte tenu du contexte qui y prévaut (récession, sous-utilisation massive des capacités de production, etc.).  

Retenons prudemment l’hypothèse d’un multiplicateur égal à 1,5 : cela signifie qu’une baisse de la dépense publique de 1 point de PIB, soit 20 milliards, entraîne une chute du PIB de 30 milliards et une baisse des recettes de 15 milliards. Au prix d’une chute du PIB (et donc de l’emploi), le déficit ne se réduit donc que de 5 milliards. Et comme le PIB a chuté entre-temps, le ratio déficit public / PIB n’a quasiment pas baissé, tandis que celui dette publique / PIB continue à croître.

Que dit la Cour à ce sujet ? Elle ne dit absolument rien du mini coup de tonnerre qu’a constitué la révision du FMI. Elle ne révise pas l’estimation du multiplicateur retenue dans son précédent rapport de juillet 2012 : un multiplicateur égal à…  zéro, soit l’estimation la plus ultralibérale qui puisse exister [1] !
 
Sus à la dépense publique
 
Réduire la dépense publique afin de confier au capital privé les domaines qui lui échappent (retraite, santé, services publics, etc.) : tel est l’un des objectifs majeurs des libéraux. D’où leur chasse au déficit et dette publics (sans se soucier de ceux du privé). D’où surtout leur plaidoyer en faveur d’une baisse des dépenses et non des recettes afin de réduire les déficits.

C’est exactement ce que préconise la Cour. « L’effort structurel prévu pour 2013 »  est « considérable : il représente 1,9 point de PIB, soit 38 milliards d’euros, ce qui est inédit en France » (p. 55)[2] . Si la Cour salue cet effort, elle se désole toutefois qu’il ait pris jusqu’alors surtout la forme d’une hausse des prélèvements obligatoires (32 milliards en 2013) et non d’une baisse des dépenses (6 milliards). D’où sa principale préconisation : « la priorité absolue est désormais d’intensifier l’effort de maîtrise de la dépense dans l’ensemble des administrations publiques » (p. 58).

Il y a un nouveau hic ici : de nombreux travaux soulignent que la baisse des dépenses a des effets récessifs plus importants que la hausse des impôts. Cela se comprend aisément : la baisse des dépenses (investissements publics, mais aussi pensions, allocations chômage, salaires des fonctionnaires…) a des effets immédiats alors que la hausse des impôts peut porter sur des revenus (les plus élevés en particulier) qui étaient épargnés et non pas consommés. Un article de 17 économistes membres du FMI, de banques centrales (européenne, américaine et canadienne), de l’OCDE et de la Commission européenne[3] – autant d’institutions pourtant peu réputées pour leur tropisme keynésien – abonde en ce sens : le multiplicateur, au moins à court terme, est plus élevé avec la dépense qu’avec la fiscalité. Comme le souligne Matthieu Plane[4] , on peut ainsi comprendre pourquoi la récession est aujourd’hui plus faible en France qu’en Grèce, Portugal ou Espagne où il y a eu baisse brutale des dépenses publiques.

Que nenni soutient la Cour sans même prendre le soin de mentionner les travaux qui viennent d’être évoqués[5] : il faut à présent sabrer dans les dépenses.
 
Vive la MAP… qui va plus loin que la RGPP
 
Comment réduire drastiquement la dépense publique ? La Cour a trouvé la voie royale : la Modernisation de l’Action Publique (MAP).

La Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), introduite par Nicolas Sarkozy en juin 2007, s’attaquait aux dépenses de l’Etat. Or celles-ci ne représentent que 37 % de la dépense publique, contre 44 % pour les administrations de sécurité sociale et 19 % pour les  collectivités locales. Et les dépenses publiques qui ont le plus augmenté au cours des trente dernières années sont celles des administrations de sécurité sociale et des collectivités locales, sur lesquelles le gouvernement a moins de prise directe (l’autonomie de gestion des collectivités locales est inscrite dans la Constitution).

Depuis longtemps, la Cour plaidait pour étendre la logique de la RGPP à l’ensemble des administrations publiques.
Le gouvernement Ayrault a entendu le message : la MAP couvre, pour sa part, l’ensemble des administrations publiques[6]. La Cour lui intime d’agir : pour atteindre l’objectif de 0 % de déficit public dès 2016, il faut à présent prioritairement s’attaquer aux dépenses de protection sociale et des collectivités locales. Le gouvernement a entendu le message. Dans sa réponse à la Cour, il indique qu’il va immédiatement réduire la dotation de l’Etat aux collectivités locales, avec une baisse planifiée de 1,5 milliard pour 2014 et de 1,5 milliard supplémentaire en 2015. Les collectivités locales assument, pour ne citer que ce volet, plus des trois quarts de l’investissement public.

À l’heure où sont écrites ces lignes d’autres mesures sont envisagées : désindexation des pensions par rapport à l’inflation (elles ne sont déjà plus indexées sur la croissance des salaires depuis 1993), fiscalisation des allocations familiales, etc.
Quels seront les effets récessifs de ce nouveau tour de vis, alors même que la France plonge officiellement en récession, à l’instar de la zone euro qui y est déjà depuis plusieurs mois ?

L’austérité redoublée : était-ce cela le « changement maintenant » ?
 
Haut Conseil des Finances Publiques : le pire est à craindre
 
Dans le cadre du verrouillage renforcé de l’austérité budgétaire au niveau européen, le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG), a prévu de confier à une institution « indépendante » le soin de veiller au respect de l’objectif à moyen terme (OMT) des gouvernements pour la fameuse règle de plomb des 0,5 % de déficit structurel[7] . C’est en ce sens qu’a été créé, en France, le Haut Conseil des Finances Publiques. Celui-ci est placé, cela tombe décidément bien pour la Cour, sous le contrôle direct de celle-ci, son Président étant également chargé de la présidence du Haut Conseil. Ce dernier a deux fonctions principales : émettre son avis sur les hypothèses macroéconomiques (notamment le calcul du PIB potentiel et donc du déficit dit « structurel ») retenues dans les projets de loi de finance et de programmation budgétaire ; alerter publiquement le Gouvernement et le Parlement sur la nécessité de déclencher le mécanisme de correction en cas d’écart à l’OMT.

Le Haut Conseil doit publier son premier rapport au printemps. Reprendra-t-il la lecture ultralibérale retenue par la Cour au fil de ses derniers rapports ? A l’instar de celle-ci, refusera-t-il ne serait-ce que mentionner qu’il existe d’autres hypothèses économiques que celles retenues par les économistes les plus libéraux ? Dit autrement : réhabilitera-t-il la « collégialité des points de vue », valeur supposée être au cœur des travaux de la… Cour des Comptes.

Le pire n’est jamais sûr. Mais il est malheureusement à craindre.
1 Pour une critique détaillée des présupposés ultralibéraux de la Cour des comptes, voir Philippe Légé, Christophe Ramaux et Henri Sterdyniak (2012), La stratégie Diafoirus à la Cour des comptes, Note critique sur le rapport de la Cour des comptes, Economistes atterrés, juillet 2012. 2 La Cour préconisait en juillet 2012 un effort structurel de 33 milliards d’euros pour 2013 : le gouvernement a été au-delà (38 Mds) se félicite-t-elle.
3 Coenen G. et alii, « Effects of Fiscal Stimulus in Structural Models », American Economic Journal: Macroeconomics: Vol. 4, n° 1, January 2012. 4 « L’austérité peut-elle réussir en France », Alternatives Economiques, Hors série, n°96, février 2013. 5 C’est le Gouvernement qui, dans sa réponse annexée au rapport de la Cour, rappelle à celle-ci que ces travaux existent. Il justifie ainsi la priorité accordée jusqu’alors aux prélèvements… tout en soulignant qu’il suivra pour l’avenir les conseils de la Cour. Le cadeau de 20 milliards offert au patronat à travers le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) ouvre la voie : il sera financé pour moitié par des prélèvements (TVA en particulier), et pour moitié par une baisse des dépenses. 6 Le Gouvernement indique ainsi dans sa réponse : « conformément à la recommandation de la Cour, la démarche de modernisation de l’action publique (MAP) couvrira, contrairement à la RGPP, l’ensemble du champ des administrations publiques » (p. 62-63). 7 Voir : Henri Sterdyniak, « Gouvernance des finances publiques : du Pacte budgétaire à la loi organique », OFCE Le blog, 15 octobre 2012 ; Economistes atterrés, L’Europe mal-traitée, Les Liens qui Libèrent (2012).


Dogmatisme ultralibéral: la Cour des comptes persévère

22 février 2013 - 17:08
La Cour des comptes vient de publier son rapport annuel 2013. Le premier chapitre est consacré à l’examen de la situation d’ensemble des finances publiques. La Cour y félicite le gouvernement actuel ainsi que le précédent pour l’austérité budgétaire sans précédent déployée en France. Elle regrette toutefois que l’effort porte essentiellement sur les recettes, via la hausse des prélèvements obligatoires, et non sur la réduction des dépenses publiques. D’où sa principale préconisation : poursuivre l’austérité mais en la réorientant prioritairement vers la réduction des dépenses.
La Cour persévère ce faisant dans le dogmatisme le plus libéral. 

La Cour se désole de la récession : mais d’où vient-elle ?
 
La grande crise ouverte en 2007 est clairement celle du modèle néolibéral, celui de la finance libéralisée et de l’austérité salariale qui ont conduit à soutenir la croissance par l’endettement privé des ménages. La bulle autour de la dette privée a explosé en 2007-2008, d’où la crise économique – la plus importante depuis les années 1930 – ouverte depuis lors. Depuis 2010, en Europe tout particulièrement, les néolibéraux ont pourtant réussi un véritable tour de force : ils ont pris prétexte des conséquences directes de la crise de leur modèle – la hausse des dettes publiques notamment – pour imposer un peu plus ce dernier, pourtant en faillite.
Dès le début, les Economistes atterrés ont mis en garde contre les conséquences de ce nouveau tour de vis d’austérité budgétaire et salariale. Cela entraînera la récession. Et celle-ci n’engendrera pas seulement explosion du chômage et de la pauvreté. Elle entraînera une chute des recettes fiscales, de sorte que les déficits et dettes publics eux-mêmes ne se réduiront pas ou peu, ce qui est « gagné » d’un côté (par la réduction des dépenses) étant perdu de l’autre (par celle des recettes). C’est exactement ce scénario noir qui se déroule sous nos yeux. L’Europe qui a pris seule le tournant vers l’austérité généralisée – les Etats-Unis, le Japon et la Chine continuent à soutenir leur activité – est replongée en récession en 2012. Et les pays qui ont été le plus loin dans l’austérité (Grèce, Portugal, Espagne…) s’effondrent littéralement. 
En juin 2011, la Cour prévoyait pour la France une croissance (en volume) de 2,25 % en 2012 et 2,5 % en 2013. En juillet 2012, elle révisait ces prévisions à la baisse : 0,4 % en 2012 et 1 % en 2013. Nouvelle révision à la baisse à présent : 0 % en 2012 et guère mieux (0,3 %) ou même pire en 2013. Résultat des courses : les déficits se réduisent moins vite que prévu. La Commission européenne dans ses prévisions de croissance publiées le 22 février 2013 les révise à nouveau à la baisse : 0,1 % pour la France en 2013, (contre 0,8 % prévu initialement par le Gouvernement français), de sorte que le déficit s’établirait à 3,7 % et même 3,9 % en 2014.
La Cour se désole : « les perspectives de croissance se sont assombries » (p. 27). Mais d’où vient cet assombrissement ? A aucun moment elle ne s’interroge sur ce point pourtant essentiel. À la lire, c’est comme si la croissance tombait du ciel. Elle ne tombe pourtant pas du ciel : c’est précisément l’application de la politique préconisée par la Cour, celle de l’austérité généralisée, qui plonge l’Europe dans une nouvelle récession.
Le FMI lui-même l’indique : les politiques d’austérité budgétaire coordonnées actuellement déployées en Europe sont néfastes pour la croissance, l’emploi et finalement pour les comptes publics eux-mêmes.

À l’aune de la Cour, le FMI c’est du gauchisme
 
Les dépenses publiques ne sont pas d’abord un coût. Ce sont des prestations sociales (576 milliards en 2011) qui soutiennent la consommation privée des ménages et donc la production des entreprises. Ce sont aussi des impôts qui servent à payer le travail productif des fonctionnaires (ces derniers – on l’oublie souvent – contribuent au PIB à hauteur de 328 milliards en 2011) lesquels utilisent aussi leur salaire pour acheter des produits au privé. Par de multiples biais, réduire la dépense publique revient donc à baisser la production nationale. C’est ce que les économistes nomment le multiplicateur budgétaire : une hausse des dépenses publiques entraîne celle du PIB, de même que leur baisse alimente sa baisse. A quel montant estimer ce multiplicateur ? La réponse n’est pas la même selon les keynésiens et les libéraux.
Dans ses Perspectives de l’économie mondiale publiées en octobre 2012, le FMI a mis un peu d’eau dans son vin traditionnellement libéral. Il révise son estimation du multiplicateur budgétaire : celui-ci ne serait pas de 0,5 – comme il le soutenait précédemment – mais compris entre 0,9 et 1,7. Cette estimation est prudente : pour certains économistes keynésiens, le multiplicateur est plus élevé encore en Europe compte tenu du contexte qui y prévaut (récession, sous-utilisation massive des capacités de production, etc.).  
Retenons prudemment l’hypothèse d’un multiplicateur égal à 1,5 : cela signifie qu’une baisse de la dépense publique de 1 point de PIB, soit 20 milliards, entraîne une chute du PIB de 30 milliards et une baisse des recettes de 15 milliards. Au prix d’une chute du PIB (et donc de l’emploi), le déficit ne se réduit donc que de 5 milliards. Et comme le PIB a chuté entre-temps, le ratio déficit public / PIB n’a quasiment pas baissé, tandis que celui dette publique / PIB continue à croître.
Que dit la Cour à ce sujet ? Elle ne dit absolument rien du mini coup de tonnerre qu’a constitué la révision du FMI. Elle ne révise pas l’estimation du multiplicateur retenue dans son précédent rapport de juillet 2012 : un multiplicateur égal à…  zéro, soit l’estimation la plus ultralibérale qui puisse exister [1] !
 
Sus à la dépense publique
 
Réduire la dépense publique afin de confier au capital privé les domaines qui lui échappent (retraite, santé, services publics, etc.) : tel est l’un des objectifs majeurs des libéraux. D’où leur chasse au déficit et dette publics (sans se soucier de ceux du privé). D’où surtout leur plaidoyer en faveur d’une baisse des dépenses et non des recettes afin de réduire les déficits.
C’est exactement ce que préconise la Cour. « L’effort structurel prévu pour 2013 »  est « considérable : il représente 1,9 point de PIB, soit 38 milliards d’euros, ce qui est inédit en France » (p. 55)[2] . Si la Cour salue cet effort, elle se désole toutefois qu’il ait pris jusqu’alors surtout la forme d’une hausse des prélèvements obligatoires (32 milliards en 2013) et non d’une baisse des dépenses (6 milliards). D’où sa principale préconisation : « la priorité absolue est désormais d’intensifier l’effort de maîtrise de la dépense dans l’ensemble des administrations publiques » (p. 58).
Il y a un nouveau hic ici : de nombreux travaux soulignent que la baisse des dépenses a des effets récessifs plus importants que la hausse des impôts. Cela se comprend aisément : la baisse des dépenses (investissements publics, mais aussi pensions, allocations chômage, salaires des fonctionnaires…) a des effets immédiats alors que la hausse des impôts peut porter sur des revenus (les plus élevés en particulier) qui étaient épargnés et non pas consommés. Un article de 17 économistes membres du FMI, de banques centrales (européenne, américaine et canadienne), de l’OCDE et de la Commission européenne[3] – autant d’institutions pourtant peu réputées pour leur tropisme keynésien – abonde en ce sens : le multiplicateur, au moins à court terme, est plus élevé avec la dépense qu’avec la fiscalité. Comme le souligne Matthieu Plane[4] , on peut ainsi comprendre pourquoi la récession est aujourd’hui plus faible en France qu’en Grèce, Portugal ou Espagne où il y a eu baisse brutale des dépenses publiques.
Que nenni soutient la Cour sans même prendre le soin de mentionner les travaux qui viennent d’être évoqués[5] : il faut à présent sabrer dans les dépenses.
 
Vive la MAP… qui va plus loin que la RGPP
 
Comment réduire drastiquement la dépense publique ? La Cour a trouvé la voie royale : la Modernisation de l’Action Publique (MAP).
La Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), introduite par Nicolas Sarkozy en juin 2007, s’attaquait aux dépenses de l’Etat. Or celles-ci ne représentent que 37 % de la dépense publique, contre 44 % pour les administrations de sécurité sociale et 19 % pour les  collectivités locales. Et les dépenses publiques qui ont le plus augmenté au cours des trente dernières années sont celles des administrations de sécurité sociale et des collectivités locales, sur lesquelles le gouvernement a moins de prise directe (l’autonomie de gestion des collectivités locales est inscrite dans la Constitution).
Depuis longtemps, la Cour plaidait pour étendre la logique de la RGPP à l’ensemble des administrations publiques.
Le gouvernement Ayrault a entendu le message : la MAP couvre, pour sa part, l’ensemble des administrations publiques[6]. La Cour lui intime d’agir : pour atteindre l’objectif de 0 % de déficit public dès 2016, il faut à présent prioritairement s’attaquer aux dépenses de protection sociale et des collectivités locales. Le gouvernement a entendu le message. Dans sa réponse à la Cour, il indique qu’il va immédiatement réduire la dotation de l’Etat aux collectivités locales, avec une baisse planifiée de 1,5 milliard pour 2014 et de 1,5 milliard supplémentaire en 2015. Les collectivités locales assument, pour ne citer que ce volet, plus des trois quarts de l’investissement public.
À l’heure où sont écrites ces lignes d’autres mesures sont envisagées : désindexation des pensions par rapport à l’inflation (elles ne sont déjà plus indexées sur la croissance des salaires depuis 1993), fiscalisation des allocations familiales, etc.
Quels seront les effets récessifs de ce nouveau tour de vis, alors même que la France plonge officiellement en récession, à l’instar de la zone euro qui y est déjà depuis plusieurs mois ?
L’austérité redoublée : était-ce cela le « changement maintenant » ?
 
Haut Conseil des Finances Publiques : le pire est à craindre
 
Dans le cadre du verrouillage renforcé de l’austérité budgétaire au niveau européen, le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG), a prévu de confier à une institution « indépendante » le soin de veiller au respect de l’objectif à moyen terme (OMT) des gouvernements pour la fameuse règle de plomb des 0,5 % de déficit structurel[7] . C’est en ce sens qu’a été créé, en France, le Haut Conseil des Finances Publiques. Celui-ci est placé, cela tombe décidément bien pour la Cour, sous le contrôle direct de celle-ci, son Président étant également chargé de la présidence du Haut Conseil. Ce dernier a deux fonctions principales : émettre son avis sur les hypothèses macroéconomiques (notamment le calcul du PIB potentiel et donc du déficit dit « structurel ») retenues dans les projets de loi de finance et de programmation budgétaire ; alerter publiquement le Gouvernement et le Parlement sur la nécessité de déclencher le mécanisme de correction en cas d’écart à l’OMT.
Le Haut Conseil doit publier son premier rapport au printemps. Reprendra-t-il la lecture ultralibérale retenue par la Cour au fil de ses derniers rapports ? A l’instar de celle-ci, refusera-t-il ne serait-ce que mentionner qu’il existe d’autres hypothèses économiques que celles retenues par les économistes les plus libéraux ? Dit autrement : réhabilitera-t-il la « collégialité des points de vue », valeur supposée être au cœur des travaux de la… Cour des Comptes.
Le pire n’est jamais sûr. Mais il est malheureusement à craindre.
1 Pour une critique détaillée des présupposés ultralibéraux de la Cour des comptes, voir Philippe Légé, Christophe Ramaux et Henri Sterdyniak (2012), La stratégie Diafoirus à la Cour des comptes, Note critique sur le rapport de la Cour des comptes, Economistes atterrés, juillet 2012. 2 La Cour préconisait en juillet 2012 un effort structurel de 33 milliards d’euros pour 2013 : le gouvernement a été au-delà (38 Mds) se félicite-t-elle.
3 Coenen G. et alii, « Effects of Fiscal Stimulus in Structural Models », American Economic Journal: Macroeconomics: Vol. 4, n° 1, January 2012. 4 « L’austérité peut-elle réussir en France », Alternatives Economiques, Hors série, n°96, février 2013. 5 C’est le Gouvernement qui, dans sa réponse annexée au rapport de la Cour, rappelle à celle-ci que ces travaux existent. Il justifie ainsi la priorité accordée jusqu’alors aux prélèvements… tout en soulignant qu’il suivra pour l’avenir les conseils de la Cour. Le cadeau de 20 milliards offert au patronat à travers le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) ouvre la voie : il sera financé pour moitié par des prélèvements (TVA en particulier), et pour moitié par une baisse des dépenses. 6 Le Gouvernement indique ainsi dans sa réponse : « conformément à la recommandation de la Cour, la démarche de modernisation de l’action publique (MAP) couvrira, contrairement à la RGPP, l’ensemble du champ des administrations publiques » (p. 62-63). 7 Voir : Henri Sterdyniak, « Gouvernance des finances publiques : du Pacte budgétaire à la loi organique », OFCE Le blog, 15 octobre 2012 ; Economistes atterrés, L’Europe mal-traitée, Les Liens qui Libèrent (2012).


A-t-on besoin de Maurice Taylor ?

21 février 2013 - 20:03
Ainsi, la France avait éprouvé le besoin de faire appel à un capitaliste américain, Maurice Taylor, pour reprendre le site d'Amiens de Goodyear.
Celui-ci, après une courte reflexion, nous a envoyés promener : les travailleurs français sont trop chers, pas assez productifs et disciplinés. Maurice Taylor préfère aller produire en Chine pour payer ses ouvriers 1 euro de l'heure.
Naturellement, ses arguments sont stupides : la France est l'un des pays du monde où la productivité par heure est la plus forte ; Michelin, qui produit en France, est l'entreprise leader au niveau mondial, en matière de pneumatiques.
Maurice Taylor utilise l'appel de la France pour nous donner une leçon instructive : l'objectif du capitalisme mondial, c'est l'ouvrier à 1 euro.
La question est quand même : pourquoi avons-nous fait appel à ce personnage?. Pour qu'il apporte ses capitaux ? Mais, nous n'en manquons pas en France. Le taux d'épargne des ménages français est très élevé ; des sommes importantes sont accumulées dans les banques, les caisses d'épargne, l'assurance-vie. Pour qu'il apporte des brevets ? Mais, c'est Michelin, une entreprise française, qui est leader en la matière,
Non, uniquement parce que nous n'osons pas mobiliser les capitaux disponibles, les salariés, les chercheurs français, les entreprises du secteur pour développer la production et l'emploi en France. Nous en avons les moyens à l'avenir si nous développons la BPI, si nous faisons vivre des comités de filières.
Nous n'avons pas besoin de Maurice Taylor.

Henri Sterdyniak

A-t-on besoin de Maurice Taylor ?

21 février 2013 - 20:03
Ainsi, la France avait éprouvé le besoin de faire appel à un capitaliste américain, Maurice Taylor, pour reprendre le site d'Amiens de Goodyear.
Celui-ci, après une courte reflexion, nous a envoyés promener : les travailleurs français sont trop chers, pas assez productifs et disciplinés. Maurice Taylor préfère aller produire en Chine pour payer ses ouvriers 1 euro de l'heure.
Naturellement, ses arguments sont stupides : la France est l'un des pays du monde où la productivité par heure est la plus forte ; Michelin, qui produit en France, est l'entreprise leader au niveau mondial, en matière de pneumatiques.
Maurice Taylor utilise l'appel de la France pour nous donner une leçon instructive : l'objectif du capitalisme mondial, c'est l'ouvrier à 1 euro.
La question est quand même : pourquoi avons-nous fait appel à ce personnage?. Pour qu'il apporte ses capitaux ? Mais, nous n'en manquons pas en France. Le taux d'épargne des ménages français est très élevé ; des sommes importantes sont accumulées dans les banques, les caisses d'épargne, l'assurance-vie. Pour qu'il apporte des brevets ? Mais, c'est Michelin, une entreprise française, qui est leader en la matière,
Non, uniquement parce que nous n'osons pas mobiliser les capitaux disponibles, les salariés, les chercheurs français, les entreprises du secteur pour développer la production et l'emploi en France. Nous en avons les moyens à l'avenir si nous développons la BPI, si nous faisons vivre des comités de filières.
Nous n'avons pas besoin de Maurice Taylor.

Henri Sterdyniak

Comment le libéralisme a gagné la guerre

21 février 2013 - 12:01
Comment le libéralisme a gagné la guerre…
 
Ainsi les pays développés sont-ils plongés depuis 2008 dans une crise profonde, qui est la crise du capitalisme néo-libéral.  La croissance est au point mort dans la zone euro et au Royaume-Uni.  La croissance américaine est plus vive, car les Etats-Unis continuent de mener des politiques de relance monétaire et budgétaire. Le taux de chômage atteint 11,8% dans la zone euro, sans perspective de rémission. Partout, se mettent en place des projets de réduction des dépenses publiques et sociales, qui mettent en cause le niveau de vie des populations.

La crise a bien montré les impasses du mode de croissance qui avait impulsé l’économie mondiale depuis le début des années 80. Grâce à la mondialisation commerciale, le capital  met tous les pays du monde en concurrence. La pression ainsi créée sur les salaires se traduit par une tendance à la déficience de la consommation et donc de la demande, qu’il faut contrebalancer par des bulles financières et la croissance de l’endettement. Mais, un jour les bulles financières éclatent. C’est le krach boursier. Certains pays gagnants (les pays du Nord de l’Europe, la Chine) accumulent des excédents commerciaux; d’autres des déficits (Etats-Unis, pays du Sud de l’Europe) qui deviennent, un jour, insoutenables. C'est la crise de la dette.  Des masses énormes de capitaux sont à la recherche de rentabilités extravagantes, qui ne peuvent être obtenues que par la spéculation et la volatilité des marchés.  Un secteur financier, parasitaire, avide, aveugle, en arrive à dominer l’économie mondiale, devenant le juge suprême des stratégies des entreprises et des Etats. Alors que les grandes entreprises se battent pour développer des besoins artificiels chez les plus riches, les besoins de base d’une partie de la population ne sont pas satisfaits. Enfin, dans un monde sans gouvernance globale, les nécessités de la transition écologique sont oubliées.

Pourtant, après la crise, après une année d’hésitation, où il fut même question au G20 de « refonder la situation », les classes dirigeantes ont réussi à retourner la situation en leur faveur. Leur projet est d’utiliser la crise pour renforcer encore leur domination, dussent-elles entraîner le monde à sa perte. Ainsi, les populations de chaque pays sont-elles accusées de ne pas être assez compétitives, d’avoir des salaires ou des prestations sociales trop fortes, alors que la sortie de crise réclame, au contraire, que la croissance repose sur la demande intérieure, et non sur le vain combat entre travailleurs de pays différents. Ainsi, le droit du travail est-il mis en cause : en situation de chômage de masse, les entreprises réclament de pouvoir licencier à leur guise, voire de baisser les salaires. Ainsi, le creusement des dettes publiques, induites par la concurrence fiscale et la crise financière, sert-il de prétexte en Europe pour remettre en cause la capacité de chaque pays à pratiquer une politique démocratiquement décidée. Ainsi, les timides réformes bancaires entamées ne dressent pas le mur nécessaire entre les activités de crédit et les activités spéculatives, sous prétexte de ne pas nuire à la capacité de distribuer du crédit, en oubliant que c’est l’argent gâché dans les activités spéculatives qui fait défaut pour financer les entreprises, les ménages, les collectivités locales.

Les classes dirigeantes font tout pour éviter la rupture nécessaire, s’appuyant sur une armée d’idéologues, experts ou journalistes, qui répètent à longueur de journée : l’austérité est indispensable ; il faut baisser les dépenses publiques, les prestations chômage, les retraites, les prestations familiales ; augmenter les impôts des riches et des grandes entreprises est dangereux ; les syndicats sont coupables de ne pas accepter flexibilité, licenciements et baisse des salaires ; l’Etat doit laisser  les entreprises libres d’agir à leur guise.

Certes, en France, la gauche a gagné les élections en 2012. Certes, les dispositifs les plus choquants de la fiscalité française ont été abolis, augmentant de 30 milliards les impôts, dont 10 milliards sur les plus riches et 10 milliards sur les grandes entreprises. Mais les classes dirigeantes ont repris l’offensive. Ainsi, sous la menace des marchés, la France a-t-elle signé le Traité budgétaire. Ainsi, le Medef a-t-il obtenu, sans contrepartie, un chèque de 20 milliards pour les entreprises, tandis que le gouvernement s’engageait à baisser  les dépenses publiques de 60 milliards, d’ici 2017. Ainsi, l’axe central de la politique de l’emploi devient-il la flexibilisation des emplois permise par l’ANI. Ainsi, la loi bancaire n’obligera-t-elle pas les banques à renoncer à financer les activités spéculatives. La politique économique est un sport de combat.

Voir toutes nos publications sur notre site atterres.org.
 
                            
  

Comment le libéralisme a gagné la guerre

21 février 2013 - 12:01
Comment le libéralisme a gagné la guerre…
 
Ainsi les pays développés sont-ils plongés depuis 2008 dans une crise profonde, qui est la crise du capitalisme néo-libéral.  La croissance est au point mort dans la zone euro et au Royaume-Uni.  La croissance américaine est plus vive, car les Etats-Unis continuent de mener des politiques de relance monétaire et budgétaire. Le taux de chômage atteint 11,8% dans la zone euro, sans perspective de rémission. Partout, se mettent en place des projets de réduction des dépenses publiques et sociales, qui mettent en cause le niveau de vie des populations.
 La crise a bien montré les impasses du mode de croissance qui avait impulsé l’économie mondiale depuis le début des années 80. Grâce à la mondialisation commerciale, le capital  met tous les pays du monde en concurrence. La pression ainsi créée sur les salaires se traduit par une tendance à la déficience de la consommation et donc de la demande, qu’il faut contrebalancer par des bulles financières et la croissance de l’endettement. Mais, un jour les bulles financières éclatent. C’est le krach boursier. Certains pays gagnants (les pays du Nord de l’Europe, la Chine) accumulent des excédents commerciaux; d’autres des déficits (Etats-Unis, pays du Sud de l’Europe) qui deviennent, un jour, insoutenables.C'est la crise de la dette.  Des masses énormes de capitaux sont à la recherche de rentabilités extravagantes, qui ne peuvent être obtenues que par la spéculation et la volatilité des marchés.  Un secteur financier, parasitaire, avide, aveugle, en arrive à dominer l’économie mondiale, devenant le juge suprême des stratégies des entreprises et des Etats. Alors que les grandes entreprises se battent pour développer des besoins artificiels chez les plus riches, les besoins de base d’une partie de la population ne sont pas satisfaits. Enfin, dans un monde sans gouvernance globale, les nécessités de la transition écologique sont oubliées.
Pourtant, après la crise, après une année d’hésitation, où il fut même question au G20 de « refonder la situation », les classes dirigeantes ont réussi à retourner la situation en leur faveur. Leur projet est d’utiliser la crise pour renforcer encore leur domination, dussent-elles entraîner le monde à sa perte. Ainsi, les populations de chaque pays sont-elles accusées de ne pas être assez compétitives, d’avoir des salaires ou des prestations sociales trop fortes, alors que la sortie de crise réclame, au contraire, que la croissance repose sur la demande intérieure, et non sur le vain combat entre travailleurs de pays différents. Ainsi, le droit du travail est-il mis en cause : en situation de chômage de masse, les entreprises réclament de pouvoir licencier à leur guise, voire de baisser les salaires. Ainsi, le creusement des dettes publiques, induites par la concurrence fiscale et la crise financière, sert-il de prétexte en Europe pour remettre en cause la capacité de chaque pays à pratiquer une politique démocratiquement décidée. Ainsi, les timides réformes bancaires entamées ne dressent pas le mur nécessaire entre les activités de crédit et les activités spéculatives, sous prétexte de ne pas nuire à la capacité de distribuer du crédit, en oubliant que c’est l’argent gâché dans les activités spéculatives qui fait défaut pour financer les entreprises, les ménages, les collectivités locales.
Les classes dirigeantes font tout pour éviter la rupture nécessaire, s’appuyant sur une armée d’idéologues, experts ou journalistes, qui répètent à longueur de journée : l’austérité est indispensable ; il faut baisser les dépenses publiques, les prestations chômage, les retraites, les prestations familiales ; augmenter les impôts des riches et des grandes entreprises est dangereux ; les syndicats sont coupables de ne pas accepter flexibilité, licenciements et baisse des salaires ; l’Etat doit laisser  les entreprises libres d’agir à leur guise.
Certes, en France, la gauche a gagné les élections en 2012. Certes, les dispositifs les plus choquants de la fiscalité française ont été abolis, augmentant de 30 milliards les impôts, dont 10 milliards sur les plus riches et 10 milliards sur les grandes entreprises. Mais les classes dirigeantes ont repris l’offensive. Ainsi, sous la menace des marchés, la France a-t-elle signé le Traité budgétaire. Ainsi, le Medef a-t-il obtenu, sans contrepartie, un chèque de 20 milliards pour les entreprises, tandis que le gouvernement s’engageait à baisser  les dépenses publiques de 60 milliards, d’ici 2017. Ainsi, l’axe central de la politique de l’emploi devient-il la flexibilisation des emplois permise par l’ANI. Ainsi, la loi bancaire n’obligera-t-elle pas les banques à renoncer à financer les activités spéculatives. La politique économique est un sport de combat.
Voir toutes nos publications sur notre site atterres.org.
 
                            
  

Les Économistes Atterrés

01 février 2013 - 17:50
Les atterrés se sont fait connaître à l'automne 2010 en publiant un Manifeste d'économistes atterrés, dans lequel ils font une présentation critique de dix postulats qui continuent à inspirer chaque jour les décisions des pouvoirs publics partout en Europe, malgré les cinglants démentis apportés par la crise financière et ses suites, et face auxquels ils mettaient en débat vingt-deux contre-propositions.
Les 4 initiateurs de cette démarche sont: Philippe Askénazy, Thomas Coutrot, André Orléan, Henri Sterdyniak.   Ils ont été rejoints ensuite par des signataires du Manifeste, des collègues de France et de l'étranger, et également des non-spécialistes qui avaient envie de voir l'économie se libérer du néolibéralisme.   Notre action se traduit par des publications (notes, articles, communiqués, livres) et des interventions lors de réunions publiques, dans les médias qui nous sollicitent, afin de proposer des alternatives aux politiques d'austérité préconisées par les gouvernements actuels.

Les Économistes Atterrés

01 février 2013 - 17:50
Les atterrés se sont fait connaître à l'automne 2010 en publiant un Manifeste d'économistes atterrés, dans lequel ils font une présentation critique de dix postulats qui continuent à inspirer chaque jour les décisions des pouvoirs publics partout en Europe, malgré les cinglants démentis apportés par la crise financière et ses suites, et face auxquels ils mettaient en débat vingt-deux contre-propositions.
Les 4 initiateurs de cette démarche sont: Philippe Askénazy, Thomas Coutrot, André Orléan, Henri Sterdyniak.   Ils ont été rejoints ensuite par des signataires du Manifeste, des collègues de France et de l'étranger, et également des non-spécialistes qui avaient envie de voir l'économie se libérer du néolibéralisme.   Notre action se traduit par des publications (notes, articles, communiqués, livres) et des interventions lors de réunions publiques, dans les médias qui nous sollicitent, afin de proposer des alternatives aux politiques d'austérité préconisées par les gouvernements actuels.

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