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Mis à jour : il y a 1 jour 19 heures

Communiqué des Economistes atterrés

20 Janvier 2015 - 12:23
A la mi-2014, l’économie française est sur une pente dangereuse. La croissance, nulle depuis un an, s’accompagne d’une hausse sans fin du chômage, d’une décélération des prix, en un mot d’un risque grandissant de déflation. Au lieu de prendre acte de ces résultats catastrophiques et de l’échec de...

La BCE sur la corde raide

20 Janvier 2015 - 12:23
Depuis sa création il y a une quinzaine d’années, la BCE a pratiqué une politique monétaire rivée sur la défense de la rente financière par son objectif anti-inflationniste, contribuant ainsi à la financiarisation de l’économie et au gonflement de bulles spéculatives. Le résultat a été de ne...

Débat des Atterrés : L'Europe est-elle piégée dans l'austérité ?

20 Janvier 2015 - 12:23
Le résultat des élections européennes reflète une Europe en crise, économique et politique. La stratégie de l'Union européenne n'a pas permis de sortir de cette crise mais a impulsé dans les États membres des politiques d'austérité d'ampleur variable. La croissance de la zone euro reste faible (0,2...

Débat des Atterrés : Ce qu’il y a derrière les négociations Europe - Etats-Unis

20 Janvier 2015 - 12:23
Depuis mai 2013, la Commission européenne est entrée en négociation au nom des 28  États membres de l’Union européenne sur un Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement avec les États-Unis. Il s’agit, au moyen d’un accord de commerce bilatéral d’instaurer une vaste zone de...

Pourquoi le « pacte de responsabilité » ne créera pas d’emplois

20 Janvier 2015 - 12:23
Comment lutter contre le chômage ? Interrogé en septembre dernier sur TF1, le chef de l’État répliquait par le raisonnement suivant : « si on veut des emplois, si on veut des productions en France, si on veut que nos enfants aient une perspective de carrière, il faut des...

Pourquoi le chômage concerne (presque) tout le monde

20 Janvier 2015 - 12:23
Jamais, dans son histoire, la France n'avait connu un nombre de chômeurs aussi élevé. Et ce chômage n'est pas une simple courbe, une statistique abstraite. Il a de nombreux effets délétères sur la société et sur la prospérité commune. Ces effets concernent en premier lieu les 3,3 millions de...

Faut-il exploiter les gaz de schiste en France?

20 Janvier 2015 - 12:23
Du ministre du Redressement productif aux compagnies pétrolières en passant par de nombreux médias, on ne compte plus ceux qui plaident pour un retour sur la loi de 2011 interdisant l’exploitation et l’exploration en utilisant la fracturation hydraulique qui est pour l’instant la seule technologie...

Nous sommes tous des neveux d'oncle Bernard

09 Janvier 2015 - 21:36
En ce sinistre 7 janvier 2015, l’humour et l’intelligence ont perdu plusieurs de leurs figures les plus emblématiques. S’il n’est bien évidemment pas question de hiérarchiser ces douze disparitions, nous souhaitons rappeler à tous le message délivré par notre collègue et ami économiste Bernard Maris, message que les compères caricaturistes d’Oncle Bernard relayaient avec tant de justesse et de drôlerie dans les colonnes de Charlie Hebdo.

Atterré, Bernard Maris le fut bien avant de rejoindre la liste des signataires du premier manifeste des Économistes atterrés. En effet, à l’aube du capitalisme néolibéral qui vit la « science » économique basculer définitivement dans l’apologie de la finance spéculative, il fut l’un des premiers à partir en bataille contre cette pseudo-science. Il fit cela avec toute sa connaissance de l’intérieur de la discipline et avec un humour ravageur qu’il distillait chaque semaine dans Charlie Hebdo.

Car la bataille qu’il mena était double. D’abord contre ses pairs, dont beaucoup ne lui arrivaient pas à la cheville. Son livre Des économistes au-dessus de tout soupçon ou la grande mascarade des prédictions (A. Michel, 1990) dénonçait déjà, il y a vingt-cinq ans, les économistes « Diafoirus », les « gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles »[1] et leurs prétendues « lois » économiques enseignées dans toutes les universités.

Son Antimanuel d’économie (Bréal, 2003, tome 1 : les fourmis ; 2006, tome 2 : les cigales) devrait à cet égard être une lecture obligatoire pour tous ceux qui, étudiants, citoyens et… économistes, veulent comprendre ce qu’est réellement l’économie. Et pour lui, l’économie c’est principalement l’étude du partage de la richesse : de quoi est fait le gâteau ? Comment est-il partagé ? Qui tient le couteau ? Il s’opposait ainsi aux « économistes [qui] ont « naturalisé » l’économie, l’ont soumise à de pseudo-lois naturelles ou immanentes, pour éviter les sujets clés : qui fabrique l’argent permettant aux gens de vivre ? Qui crée l’opacité sur les marchés ? Pourquoi occulter le rôle néfaste et l’inefficacité des marchés ? Pourquoi occulter le rôle majeur joué par l’altruisme et la gratuité dans le processus économique ? Qui a intérêt à ce que le problème économique (le problème de la rareté) ne soit jamais résolu (…) ? »[2]

Il mena aussi une bataille pour la démocratie en rendant accessible, par la voie de la dérision et du pastiche, la dénonciation précise du discours envahissant la sphère cathodique. Il participa à sa manière à la critique de l’austérité pour les pauvres et des largesses pour les riches, du capitalisme envahissant tout, du productivisme qui détruit humains et planète, et son argumentation en faveur de la réduction du temps de travail ne se démentit jamais.

Pédagogue hors pair et penseur iconoclaste, il n’a jamais cessé de défendre les positions de l’économiste anglais John Maynard Keynes qui, selon lui, " avait tout compris "[3. Sa vision « freudienne » de Keynes, combinée à ses sympathies pour Marx, l’ont conduit sur le chemin de la critique radicale du capitalisme. Pour lui, « la question n’est pas de « refonder le capitalisme », comme il est dit un peu partout aujourd’hui. Elle est de savoir si on peut dépasser un système fondé sur l’accumulation indéfinie et la destruction sans limite de la nature »[4]

Bernard Maris se demandait où étaient les nouveaux Keynes qui pourraient nous aider à ouvrir les yeux. Nul doute que lui-même y a beaucoup contribué. Et à l’heure où les siens se sont tristement clos un jour de barbarie, il revient à tous les neveux d’Oncle Bernard de continuer d’user de sa liberté d’expression afin de faire entendre cette autre musique qui lui était si chère.

[1] Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles, 2003, Seuil, Points économie. [2] Antimanuel d’économie, Bréal, 2003, tome 1 : les fourmis, p.19. [3] Keynes ou l’économiste citoyen, 2007, Presses de SciencesPo, 2ème édition ; (avec Gilles Dostaler) Capitalisme et pulsion de mort, 2009, Albin Michel. [4] Capitalisme et pulsion de mort, p.140.

Débats des Atterrés : Quelle politique migratoire pour la France ?

06 Janvier 2015 - 13:00
Les immigrés sont devenus les boucs-émissaires de tous nos maux. A tel point qu’un parti d’extrême droite est arrivé en tête dans notre pays aux dernières élections européennes. A l’heure où le nombre de demandeurs d’emploi avoisine en France les 5,5 millions, certains voient dans la « maîtrise » de l’immigration une solution. « Le travail fait “naître” l’immigré, mais rend sa présence illégitime quand l’emploi vient à manquer » (1). Les économistes ont-ils leur mot à dire sur la question migratoire (2) ? N’est-ce pas également une question éminemment politique ? Ce qui est sûr, c’est que souvent des arguments prétendument scientifiques sont mobilisés sans être fondés sur de réelles statistiques et analyses. Cette conférence a pour objectif de débattre sur certaines idées reçues et de rétablir certaines vérités. Y aurait-il trop d’étrangers en France ? La France serait-elle devenue un pays d’immigration massive ? Le nombre d’étrangers a-t-il une incidence sur notre marché du travail et notre taux de chômage ? Les étrangers perçoivent-ils trop d’aides sociales ? Tout d’abord, il est important de définir de qui l’on parle avant de s’intéresser à certaines idées reçues. 

Souvent des amalgames sont faits entre immigré, étranger, enfant issu de l’immigration, mais de quoi parle-t-on ? Un immigré est une personne née étrangère à l'étranger et résidant en France. Immigré ne signifie pas forcément étranger. Certains immigrés ont pu en effet acquérir la nationalité française et ainsi devenir français par naturalisation, voire une réintégration pour ceux nés avant l’indépendance dans d’anciens départements français. Les immigrés peuvent également  rester étrangers. Un individu peut également être né étranger sur le territoire français s’il est né de parents étrangers jusqu’à sa majorité, à cette date il devient français par le droit du sol. Un étranger peut devenir français, mais un immigré restera immigré toute sa vie même s’il acquiert la nationalité française (3). On dit alors que la qualité d’immigré est permanente. C'est donc le pays de naissance, et non la nationalité à la naissance, qui définit l'origine géographique d'un immigré.

« Comme Socrate selon Platon, l'immigré est atopos, sans lieu, déplacé, inclassable. […] Ni citoyen, ni étranger, ni vraiment du côté du Même, ni totalement du côté de l'Autre, il se situe en ce lieu “bâtard” dont parle aussi Platon, la frontière de l'être et du non-être social. Déplacé, au sens d'incongru et d'importun, il suscite l'embarras […] » (4). Les recherches montrent que la pleine appartenance à la société française par la détention de la nationalité française ne protège pas les immigrés du racisme et de la xénophobie (5). On constate ainsi que nombre de citoyens français confondent immigrés et personnes issues de l’immigration, autrement dit des Français nés en France qui ont eu un ou deux parents immigrés. Les enfants issus de l’immigration, voire les petits-enfants, sont constamment renvoyés à leur statut « originel » de descendants d’immigrés. Cette stigmatisation, voire cette xénophobie, s’appuie sur des idées reçues.
 
En premier lieu, il est important de souligner que la France n’a pas vu son immigration exploser et n’est pas un pays d’immigration massive (6). En effet, le nombre d’immigrés arrivant sur le territoire français, environ 200 000 par an de 2004 à 2012, est resté relativement stable ces dernières années (7). La France n’est plus un grand pays d’accueil, car il a un des taux d’immigration les plus faibles d’Europe. Qui sont ces nouveaux arrivants ? L’afflux d’immigrés depuis 2009 provient en grande partie (46 % en 2012) du continent européen. Ces derniers proviennent en majorité d’Italie, d’Espagne et du Portugal, conséquence de la crise économique et de la dégradation du marché du travail dans ces pays. En outre, les nouveaux arrivants sont de plus en plus diplômés. Ainsi, plus de 60 % sont au moins titulaires d’un diplôme équivalent au baccalauréat. La population immigrée représente aujourd’hui 8,8 % de la population française. Cette proportion n’a guère varié depuis le début des années 80. Elle est également dans le bas du classement en ce qui concerne la proportion d’immigrés par habitant.

Que deviennent les immigrés une fois arrivés en France ? En 2012, 40 % déclarent occuper un emploi l’année de leur arrivée parmi les immigrés non étudiants et âgés de plus de 16 ans (8). Six nouveaux migrants sur dix vivent en famille l’année de leur arrivée. Nombre d’entre eux rejoignent un membre de leur famille déjà installé en France. Les raisons de l’immigration ont ainsi changé à travers le temps. On est aujourd’hui loin de l’image de l’immigré jeune célibataire venu travailler dans les usines dans les années 70. Dorénavant, l’immigration est davantage liée à des regroupements familiaux et à des droits au séjour pour motif familial (pour les membres de famille de Français).

Ensuite, il faut souligner que nos frontières sont loin d’être des passoires et la politique migratoire française loin d’être laxiste. La majorité des étrangers qui sont en situation irrégulière en France rentre de façon légale en France. De plus, le gouvernement Valls n’a pas diminué le nombre d’expulsions. La politique de reconduite à la frontière reste la même que sous le président Sarkozy. On compte plus de 35 000 expulsions par an. Depuis les années 80, les conditions d’obtention de la naturalisation se sont durcies (9).

Selon certaines analyses, cette politique migratoire ne permet pas de répondre aux besoins de l’économie (10). Nombre de secteurs auraient besoin d’un surcroît de main-d’œuvre immigrée, mais l’immigration ne doit pas se faire au détriment des conditions de travail. On constate que les immigrés maghrébins et d’origine subsaharienne connaissent davantage de difficultés sur le marché du travail, ainsi que des conditions de travail  souvent difficiles. Le développement de la sous-traitance et de l’externalisation a notamment contribué à la dégradation des conditions de travail dans certains secteurs, notamment le bâtiment. La main-d’œuvre bon marché constituée par la population immigrée est ainsi devenue « utile » pour un certain nombre d’employeurs (11). Il faut souligner que toutes les recherches montrent que l’immigré n’est pas une menace pour l’emploi en France, étant donné, d’une part, la forte segmentation du marché du travail français, et d’autre part le fait que l’immigré contribue également à la demande par sa consommation, ses impôts, etc.

Comme l’ont montré les travaux d’Abdelmalek Sayad, la présence d’étrangers dans un espace national est toujours pensée comme provisoire, alors même que la réalité dément cette représentation. La France est ainsi une terre d’immigration depuis le XIXe siècle, si bien qu’aujourd’hui un Français sur quatre a au moins un grand-parent immigré (12). Les immigrés, même s’ils ne sont pas français, ont le sentiment d’appartenir à la communauté française, comme le montre leur participation à la vie sociale, associative, culturelle ou leur intérêt pour la vie civique et politique (13). Comment expliquer que le livre d’un essayiste proclamant des propos xénophobes soit aujourd’hui une des meilleures ventes de livres en France en 2014 ?


Conférence-débat « Quelle politique migratoire pour la France ? »
 
Mercredi 14 janvier 2015 de 20h15 à 22h30
Salle Bruxelles, FIAP Jean Monnet,
30 rue Cabanis 75014 Paris M° Glacière
(entrée libre et gratuite)
 
Le débat aura lieu avec :
- El Mouhoub Mouhoud, économiste, professeur à l’Université Paris Dauphine
- François Heran, démographe, responsable du département SHS (Sciences humaines et sociales) de l'ANR (Agence nationale de la Recherche), ancien directeur de l’INED (Institut national d’études démographiques)
- Nicolas Jounin, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris 8
 
Le débat sera animé par : Sabina Issehnane, membre du CA des Économistes atterrés, maître de conférences à l’Université Rennes 2 & Dominique Plihon, membre du CA des Économistes atterrés, professeur d’économie à l’Université Paris 13.



D'ici là, retrouvez les analyses et positions des « Atterrés » sur le sujet dans les chroniques et articles de notre site http://atterres.org


(1) Sayad A., L’immigration ou les paradoxes de l’altérité, tome 1 : l’illusion du provisoire, Paris, Raisons d’agir, 2006. (2) Héran F., « Réflexions d'un non-économiste sur l'analyse économique des migrations », Regards croisés sur l'économie 2/ 2010 (n° 8), p. 13-27. (3) Les personnes nées françaises à l'étranger et vivant en France ne sont donc pas comptabilisées comme immigrées. (4) Préface de P. Bourdieu, in Sayad A., La double absence. Des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré, Liber, Seuil, 09/1999. (5) Hamel C., Lesné M., Primon J.-L., « La place du racisme dans l’étude des discriminations », Documents de travail, n° 205, 2014. (6) Heran F., « Cinq idées reçues sur l’immigration », Population et Sociétés, n°397, Ined,  janvier 2004. (7) Brutel C., « Les immigrés récemment arrivés en France, Une immigration de plus en plus européenne », Insee Première, n° 1524, novembre 2014. (8) Ibid. (9) La nationalité française est de plus en plus difficile à obtenir notamment par le mariage. Il faut justifier au minimum de quatre ans de mariage et de vie commune, et subir souvent une enquête très intrusive. (10) Mouhoud E. E., Le pacte européen face à la diversité des régimes d'immigration en Europe, Rapport Terra Nova, 2008. (11) Jounin N., Chantier interdit au public. Enquête parmi les travailleurs du bâtiment, Paris, La Découverte, 2008. (12) Borrel C. et Simon P., « Les origines des Français », in Histoires de famille, histoires familiales, sous la direction de de Cécile Lefèvre et Alexandra Filhon, Cahier de l’Ined, 2005, vol. 156, p. 425-441. (13) Simon P. et Tiberj V.,  La fabrique du citoyen : origines et rapport au politique en France, Série Trajectoires et Origines (TeO) Enquête sur la diversité des populations en France n°175. INED, 2012.  

Plan Juncker, Loi Macron : dangereux socialement, inefficaces économiquement

22 Décembre 2014 - 17:45
Tout en espérant que la reprise viendra en 2015, la France et l'Union européenne se sont engagées dans des projets économiques hasardeux... en refusant de tirer les leçons des politiques menées depuis 2010.

Il a suffi que l’INSEE[1] publie une note de conjoncture un peu moins pessimiste que d’habitude pour que la presse, la communauté des éditorialistes et, bien sûr, le gouvernement se félicitent par avance d’une croissance enfin retrouvée. Rien d’extraordinaire, pourtant, dans ces chiffres. L’INSEE prévoit pour la France une croissance de 0,3% aux deux premiers trimestres de l’année 2015. À comparer avec les 0,2% qui étaient prévus l’année dernière à la même époque pour les deux mêmes trimestres de 2014. En fait de croissance, celle-ci a été nulle au premier trimestre 2014 et négative (-0,1%) au deuxième. Comme on le sait, la prévision est un exercice délicat, surtout quand elle concerne l’avenir.
 

Autre raison de relativiser ces chiffres : aucune amélioration n’est prévue sur le front de l’emploi. Pour que le taux de chômage baisse, il faudrait que la croissance soit suffisante pour compenser à la fois l’arrivée de nouveaux actifs et la hausse de la productivité du travail, ce qui correspondrait à une croissance d’au moins 1,5% sur l’année, soit environ 0,4% par trimestre. C’est la raison pour laquelle l’INSEE prévoit que le chômage continuera d’augmenter en 2015, en dépit de la croissance prévue. On est loin du rattrapage nécessaire de l’emploi perdu du fait de la crise.


Mais le plus inquiétant dans ces prévisions est surtout que la faible amélioration prévue n’est en rien liée aux résultats des politiques économiques menées depuis 2012. Si l’INSEE est soudainement devenue un peu optimiste, c’est principalement en raison de la chute non anticipée des cours du pétrole et de la baisse (elle aussi non anticipée) de l’euro sur le marché des changes. Ces deux évènements, conjugués à une reprise assez forte au Royaume-Uni et aux États-Unis, expliquent l’essentiel de l’optimisme de l’institut public. En somme, la France et l’Union européenne profiteraient d’une conjonction favorable d’évènements étrangers à leurs politiques pour retrouver une croissance modérée.

ÉTATS-UNIS: 1 - ZONE EURO: 0

A l’inverse, les États-Unis et le Royaume-Uni, qui ont pragmatiquement choisi de relancer leur activité en jouant habilement des leviers monétaires et budgétaires, s’en sortent finalement beaucoup mieux que les pays de la zone euro qui ont adopté une stratégie de désendettement public. Ainsi, au moment où en 2010-2011, les pays européens négociaient le renforcement du Pacte de stabilité et imposaient le rétablissement des comptes publics à l’ensemble de leurs membres, les États-Unis laissaient filer leurs déficits à un niveau supérieur à 12% du PIB. De même au Royaume-Uni, les déficits publics se sont maintenus pendant quatre ans (entre 2009 et 2012) à un niveau compris entre 7,6% et 10,8%. Dans ces deux pays, la croissance économique dépasse actuellement les 3% en rythme annuel et les économies anglo-saxonnes créent des emplois alors que le chômage continue d’augmenter dans la majorité des pays de la zone euro.

On pourra toujours juger qu’aux États-Unis et en Angleterre les emplois créés sont de mauvaise qualité et que la croissance profite essentiellement aux plus fortunés. C’est parfaitement exact. La politique macroéconomique ne fait pas tout et la croissance ne vaut que si elle est partagée. Reste que ceux qui n’ont cessé d’expliquer ces dernières années que Keynes était dépassé et que les politiques budgétaires étaient devenues archaïques ont été cruellement démentis par les faits. A moins de considérer que le Royaume-Uni et les Etats-Unis vivent dans un autre monde que le nôtre, les résultats de leurs politiques économiques prouvent que la relance keynésienne la plus banale, même quand elle menée par un gouvernement conservateur, et même sans redistribution, est plus efficace que l’attentisme désespérant à base de réformes structurelles qu’incarnent l’Allemagne et la Commission européenne[2].

LES MAUVAIS COMPTES DU PLAN JUNCKER

Mais, nous dit-on, tout cela est du passé. Les responsables prendraient enfin leurs responsabilités. Ainsi, le plan Juncker promet une relance de l’investissement européen de 315 milliards d’euros en trois ans. De quoi retrouver la croissance ? Notons que ce n’est pas la première fois qu’on nous promet un tel plan. Déjà, en 2012, François Hollande avait, en échange de la ratification du « pacte budgétaire » (TSCG), obtenu de ses partenaires un prétendu plan de relance européen de 120 milliards d’euros. Mais aucune mesure concrète n’a suivi. Les dépenses d’investissement de la zone euro ont poursuivi leur dégradation.

Ce précédent historique devrait nous inciter au scepticisme quant à l’efficacité du plan Juncker[3]. D’autant que les modalités de son financement restent encore très vagues. D’après le projet de la Commission, seuls 21 milliards seraient effectivement dépensés par les structures publiques européennes, soit 7 milliards par an… à comparer aux près de 10 000 milliards d’euros de PIB annuels de la zone euro. Un montant ridiculement faible. D’où viendraient alors les 294 milliards d’euros complémentaires ? Du secteur privé, car les 21 milliards d’argent public serviraient simplement à garantir la rentabilité des investissements privés. Autrement dit, l’Union européenne promet que les pertes éventuelles subies par le secteur privé seraient couvertes par l’argent public. Un tel plan ne pourra donc financer que des investissements susceptibles de dégager une rentabilité attrayante, c’est-à-dire que ces investissements seront financés en aval par les utilisateurs et garantis en amont par les contribuables. La Commission rejoue une partition bien connue : celle de la privatisation des gains et de la socialisation des pertes.
 

Avec de telles conditions, peut-on au moins espérer que ces 315 milliards d’euros servent à relancer l’investissement européen ? On peut sérieusement en douter pour deux raisons. La première est que le volume de ce plan est bien trop faible. Si l’on compare la situation actuelle à celle qui prévalait en 2007, il manque 100 milliards d’euros d’investissements par trimestre, soit 400 milliards d’euros par an. Le plan Juncker ne promet au mieux que 105 milliards d’euros par an. Ce n’est que le quart de ce qu’il faudrait à la zone euro pour rattraper le retard accumulé depuis la crise. La seconde raison est que le plan risque de se limiter au recyclage de projets d’investissements déjà engagés. En effet, si l’on en croit les déclarations du gouvernement français, le plan Juncker serait en partie consacré au financement de la rénovation de la liaison ferroviaire Paris-Roissy. Une dépense déjà annoncée en novembre dernier, trois semaines avant que ne soit rendue publique l’annonce du plan Juncker.

RETOUR AUX ANNÉES 80

Reste la stratégie des « réformes structurelles » : baisser le montant des cotisations sociales, libéraliser le marché du travail, ouvrir les commerces le dimanche, assouplir les seuils sociaux, libéraliser les professions réglementées, renforcer le contrôle des chômeurs… C’est par cette partition libérale bien connue, déjà prévue par le rapport Attali (2008), que le gouvernement français essaie tout à la fois de satisfaire les exigences de la Commission européenne et de relancer l’activité économique.
 

Mais, en réalité, cette politique vise à provoquer la déflation salariale pour réduire les prix de la production française, gagner des parts de marché en zone euro et relancer l’activité économique par les exportations. Une stratégie qui ressemble furieusement à la « désinflation compétitive » des années 80. A l’époque, il s’agissait déjà, pour éviter une dévaluation du franc, de baisser le niveau d’inflation afin de rendre moins chers les produits français. Cette politique avait entraîné une forte hausse du chômage (de 6,7% en 1982 à 8,7% en 1986) et une baisse importante de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Aidée par la baisse du prix du pétrole, l’inflation avait fortement diminué, passant de 11,8% en 1982 à 2,7% en 1986.
 

Comme à l’époque, l’objectif est de restaurer les profits des entreprises, alors même que cette manne risque fort de ne pas être utilisée pour investir en Europe (compte tenu de l’apathie de la demande) mais pour distribuer des dividendes ou investir à l’étranger. Rien ne dit de plus qu’une politique qui fait pression sur les salaires, les dépenses publiques et sociales, donc qui bride la demande et fait stagner la production permette effectivement d’augmenter les profits, puisque les entreprises perdront en baisse de débouchés ce qu’elles croient gagner en baisse de la masse salariale[4].
 

Ni le plan Juncker ni la loi Macron ne suffiront donc à relancer l’activité économique et à créer des emplois[5]. Le gouvernement a choisi une stratégie dangereuse, consistant à satisfaire progressivement toutes les demandes du patronat en espérant que celui-ci veuille bien un jour investir et embaucher. Assurer la rentabilité des investissements avec le plan Juncker et promettre la modération salariale devraient permettre, pense-t-il, d’améliorer les marges des entreprises et de participer du climat de « confiance » pour les entrepreneurs. Personne ne pense sérieusement qu’ouvrir les magasins quelques jours de plus le dimanche suffira à relancer l’activité. Mais ces signes en direction du patronat, dangereux pour notre modèle social[6], devraient les inciter à changer d’attitude. Autrement dit, le gouvernement fait le pari que la crise est d’abord psychosomatique (les craintes mal-fondées du patronat) et que les fondements économiques de la zone euro sont sains.


Mais si, comme nous le pensons, la crise actuelle est la conséquence d’un dysfonctionnement beaucoup plus profond et structurel de l’économie européenne, alors il y a tout lieu d’être très sceptique sur les effets de cette stratégie. On ne guérit pas d’un cancer avec de la confiance, fusse-t-elle adressée aux plus puissants et aux plus fortunés. Le danger est que, si la croissance ne revenait pas en 2015, ces politiques pourraient entrainer l’inflation en territoire négatif. La « désinflation compétitive » sera alors la voie la plus sûre pour plonger la France et la zone euro dans la déflation. Or, dans les conditions actuelles, une telle perspective mettrait en danger la stabilité économique et financière de la zone euro[7].

 

David Cayla

[1] « Les freins se desserrent un peu », INSEE, décembre 2014

[2] Depuis 2013, les politiques d’austérité semblent être de retour au Royaume-Uni. L’année 2015 sera cruciale pour ce pays qui devra aussi faire face à la baisse de l’euro.

[3] Lire la note des Economistes Atterrés : Au-delà du plan Juncker, décembre 2014

[4] Lire notre analyse : « Pourquoi le ‘‘Pacte de responsabilité’’ ne créera pas d’emploi », mars 2014.

[5] Lire notre article sur le blog de Marianne : « Le ‘‘socialisme de l’offre’’ ou la politique de la déflation », décembre 2013.

[6] Sur la loi Macron, écouter l’intervention d’Henri Sterdyniak sur France Culture le 10 décembre 2014.

[7] Voir la conférence des économistes Atterrés de novembre 2014 : la déflation menace-t-elle l’Europe ?


Plan Juncker, Loi Macron : dangereux socialement, inefficaces économiquement

22 Décembre 2014 - 17:45
Tout en espérant que la reprise viendra en 2015, la France et l'Union européenne se sont engagées dans des projets économiques hasardeux... en refusant de tirer les leçons des politiques menées depuis 2010.

Il a suffi que l’INSEE[1] publie une note de conjoncture un peu moins pessimiste que d’habitude pour que la presse, la communauté des éditorialistes et, bien sûr, le gouvernement se félicitent par avance d’une croissance enfin retrouvée. Rien d’extraordinaire, pourtant, dans ces chiffres. L’INSEE prévoit pour la France une croissance de 0,3% aux deux premiers trimestres de l’année 2015. À comparer avec les 0,2% qui étaient prévus l’année dernière à la même époque pour les deux mêmes trimestres de 2014. En fait de croissance, celle-ci a été nulle au premier trimestre 2014 et négative (-0,1%) au deuxième. Comme on le sait, la prévision est un exercice délicat, surtout quand elle concerne l’avenir.
 

Autre raison de relativiser ces chiffres : aucune amélioration n’est prévue sur le front de l’emploi. Pour que le taux de chômage baisse, il faudrait que la croissance soit suffisante pour compenser à la fois l’arrivée de nouveaux actifs et la hausse de la productivité du travail, ce qui correspondrait à une croissance d’au moins 1,5% sur l’année, soit environ 0,4% par trimestre. C’est la raison pour laquelle l’INSEE prévoit que le chômage continuera d’augmenter en 2015, en dépit de la croissance prévue. On est loin du rattrapage nécessaire de l’emploi perdu du fait de la crise.


Mais le plus inquiétant dans ces prévisions est surtout que la faible amélioration prévue n’est en rien liée aux résultats des politiques économiques menées depuis 2012. Si l’INSEE est soudainement devenue un peu optimiste, c’est principalement en raison de la chute non anticipée des cours du pétrole et de la baisse (elle aussi non anticipée) de l’euro sur le marché des changes. Ces deux évènements, conjugués à une reprise assez forte au Royaume-Uni et aux États-Unis, expliquent l’essentiel de l’optimisme de l’institut public. En somme, la France et l’Union européenne profiteraient d’une conjonction favorable d’évènements étrangers à leurs politiques pour retrouver une croissance modérée.

ÉTATS-UNIS: 1 - ZONE EURO: 0

A l’inverse, les États-Unis et le Royaume-Uni, qui ont pragmatiquement choisi de relancer leur activité en jouant habilement des leviers monétaires et budgétaires, s’en sortent finalement beaucoup mieux que les pays de la zone euro qui ont adopté une stratégie de désendettement public. Ainsi, au moment où en 2010-2011, les pays européens négociaient le renforcement du Pacte de stabilité et imposaient le rétablissement des comptes publics à l’ensemble de leurs membres, les États-Unis laissaient filer leurs déficits à un niveau supérieur à 12% du PIB. De même au Royaume-Uni, les déficits publics se sont maintenus pendant quatre ans (entre 2009 et 2012) à un niveau compris entre 7,6% et 10,8%. Dans ces deux pays, la croissance économique dépasse actuellement les 3% en rythme annuel et les économies anglo-saxonnes créent des emplois alors que le chômage continue d’augmenter dans la majorité des pays de la zone euro.

On pourra toujours juger qu’aux États-Unis et en Angleterre les emplois créés sont de mauvaise qualité et que la croissance profite essentiellement aux plus fortunés. C’est parfaitement exact. La politique macroéconomique ne fait pas tout et la croissance ne vaut que si elle est partagée. Reste que ceux qui n’ont cessé d’expliquer ces dernières années que Keynes était dépassé et que les politiques budgétaires étaient devenues archaïques ont été cruellement démentis par les faits. A moins de considérer que le Royaume-Uni et les Etats-Unis vivent dans un autre monde que le nôtre, les résultats de leurs politiques économiques prouvent que la relance keynésienne la plus banale, même quand elle menée par un gouvernement conservateur, et même sans redistribution, est plus efficace que l’attentisme désespérant à base de réformes structurelles qu’incarnent l’Allemagne et la Commission européenne[2].

LES MAUVAIS COMPTES DU PLAN JUNCKER

Mais, nous dit-on, tout cela est du passé. Les responsables prendraient enfin leurs responsabilités. Ainsi, le plan Juncker promet-il une relance de l’investissement européen de 315 milliards d’euros en trois ans. De quoi retrouver la croissance ? Notons que ce n’est pas la première fois qu’on nous promet un tel plan. Déjà, en 2012, François Hollande avait, en échange de la ratification du « pacte budgétaire » (TSCG), obtenu de ses partenaires un prétendu plan de relance européen de 120 milliards d’euros. Mais aucune mesure concrète n’a suivie. Les dépenses d’investissement de la zone euro ont poursuivi leur dégradation.

Ce précédent historique devrait nous inciter au scepticisme quant à l’efficacité du plan Juncker[3]. D’autant que les modalités de son financement restent encore très vagues. D’après le projet de la Commission, seuls 21 milliards seraient effectivement dépensés par les structures publiques européennes, soit 7 milliards par an… à comparer aux près de 10 000 milliards d’euros de PIB annuels de la zone euro. Un montant ridiculement faible. D’où viendraient alors les 294 milliards d’euros complémentaires ? Du secteur privé, car les 21 milliards d’argent public serviraient simplement à garantir la rentabilité des investissements privés. Autrement dit, l’Union européenne promet que les pertes éventuelles subies par le secteur privé seraient couvertes par l’argent public. Un tel plan ne pourra donc financer que des investissements susceptibles de dégager une rentabilité attrayante, c’est-à-dire que ces investissements seront financés en aval par les utilisateurs et garantis en amont par les contribuables. La Commission rejoue une partition bien connue : celle de la privatisation des gains et de la socialisation des pertes.
 

Avec de telles conditions, peut-on au moins espérer que ces 315 milliards d’euros servent à relancer l’investissement européen ? On peut sérieusement en douter pour deux raisons. La première est que le volume de ce plan est bien trop faible. Si l’on compare la situation actuelle à celle qui prévalait en 2007, il manque 100 milliards d’euros d’investissements par trimestre, soit 400 milliards d’euros par an. Le plan Juncker ne promet au mieux que 105 milliards d’euros par an. Ce n’est que le quart de ce qu’il faudrait à la zone euro pour rattraper le retard accumulé depuis la crise. La seconde raison est que le plan risque de se limiter au recyclage de projets d’investissement déjà engagés. En effet, si l’on en croit les déclarations du gouvernement français, le plan Juncker serait en partie consacré au financement de la rénovation de la liaison ferroviaire Paris-Roissy. Une dépense déjà annoncée en novembre dernier, trois semaines avant que ne soit rendue publique l’annonce du plan Juncker.

RETOUR AUX ANNÉES 80

Reste la stratégie des « réformes structurelles » : baisser le montant des cotisations sociales, libéraliser le marché du travail, ouvrir les commerces le dimanche, assouplir les seuils sociaux, libéraliser les professions réglementées, renforcer le contrôle des chômeurs… C’est par cette partition libérale bien connue, déjà prévue par le rapport Attali (2008), que le gouvernement français essaie tout à la fois de satisfaire les exigences de la Commission européenne et de relancer l’activité économique.
 

Mais, en réalité, cette politique vise à provoquer la déflation salariale pour réduire les prix de la production française, gagner des parts de marché en zone euro et relancer l’activité économique par les exportations. Une stratégie qui ressemble furieusement à la « désinflation compétitive » des années 80. A l’époque, il s’agissait déjà, pour éviter une dévaluation du franc, de baisser le niveau d’inflation afin de rendre moins chers les produits français. Cette politique avait entrainé une forte hausse du chômage (de 6,7% en 1982 à 8,7% en 1986) et une baisse importante de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Aidée par la baisse du prix du pétrole, l’inflation avait fortement diminué, passant de 11,8% en 1982 à 2,7% en 1986.
 

Comme à l’époque, l’objectif est de restaurer les profits des entreprises, alors même que cette manne risque fort de ne pas être utilisée pour investir en Europe (compte tenu de l’apathie de la demande) mais pour distribuer des dividendes ou investir à l’étranger. Rien ne dit de plus qu’une politique qui fait pression sur les salaires, les dépenses publiques et sociales, donc qui bride la demande et fait stagner la production permette effectivement d’augmenter les profits, puisque les entreprises perdront en baisse de débouchés ce qu’elles croient gagner en baisse de la masse salariale[4].
 

Ni le plan Juncker ni la loi Macron ne suffiront donc à relancer l’activité économique et à créer des emplois[5]. Le gouvernement a choisi une stratégie dangereuse, consistant à satisfaire progressivement toutes les demandes du patronat en espérant que celui-ci veuille bien un jour investir et embaucher. Assurer la rentabilité des investissements avec le plan Juncker et promettre la modération salariale devraient permettre, pense-t-il, d’améliorer les marges des entreprises et de participer du climat de « confiance » pour les entrepreneurs. Personne ne pense sérieusement qu’ouvrir les magasins quelques jours de plus le dimanche suffira à relancer l’activité. Mais ces signes en direction du patronat, dangereux pour notre modèle social[6], devraient les inciter à changer d’attitude. Autrement dit, le gouvernement fait le pari que la crise est d’abord psychosomatique (les craintes mal-fondées du patronat) et que les fondements économiques de la zone euro sont sains.


Mais si, comme nous le pensons, la crise actuelle est la conséquence d’un dysfonctionnement beaucoup plus profond et structurel de l’économie européenne, alors il y a tout lieu d’être très sceptique sur les effets de cette stratégie. On ne guérit pas d’un cancer avec de la confiance, fusse-t-elle adressée aux plus puissants et aux plus fortunés. Le danger est que, si la croissance ne revenait pas en 2015, ces politiques pourraient entrainer l’inflation en territoire négatif. La « désinflation compétitive » sera alors la voie la plus sûre pour plonger la France et la zone euro dans la déflation. Or, dans les conditions actuelles, une telle perspective mettrait en danger la stabilité économique et financière de la zone euro[7].

 

David Cayla

[1] « Les freins se desserrent un peu », INSEE, décembre 2014

[2] Depuis 2013, les politiques d’austérité semblent être de retour au Royaume-Uni. L’année 2015 sera cruciale pour ce pays qui devra aussi faire face à la baisse de l’euro.

[3] Lire la note des Economistes Atterrés : Au-delà du plan Juncker, décembre 2014

[4] Lire notre analyse : « Pourquoi le ‘‘Pacte de responsabilité’’ ne créera pas d’emploi », mars 2014.

[5] Lire notre article sur le blog de Marianne : « Le ‘‘socialisme de l’offre’’ ou la politique de la déflation », décembre 2013.

[6] Sur la loi Macron, écouter l’intervention d’Henri Sterdyniak sur France Culture le 10 décembre 2014.

[7] Voir la conférence des économistes Atterrés de novembre 2014 : la déflation menace-t-elle l’Europe ?

Débat des Atterrés : Les inégalités sociales en Europe. Toujours plus ? Quelles réponses ?

09 Décembre 2014 - 05:09
Les inégalités se sont creusées en Europe, comme un peu partout dans le monde, depuis les années 1980. Comment expliquer ce creusement des inégalités ? Dans quelle mesure la mondialisation a-t-elle favorisé ce mouvement ?

La crise ouverte en 2008 a renforcé les inégalités. La hausse du chômage pèse sur les revenus des moins riches. Depuis 2010, les pays européens ont pris un tournant vers l’austérité salariale mais aussi budgétaire. Quel bilan précis peut-on tirer de l’effet de ces politiques sur les inégalités ?

L’une des vocations de la fiscalité est de redistribuer les revenus et les richesses. Dans quelle mesure y parvient-elle ? La dépense publique joue un rôle majeur – et souvent méconnu – dans la réduction des inégalités, à la fois par les prestations sociales (retraite, allocations familiales, chômage…) mais aussi par l’intermédiaire des services publics (éducation, hôpital…). Quelles leçons en tirer pour l’action publique ?

Les inégalités entre pays européens sont très importantes. Les contrastes dans les régimes d’inégalités propres à chacun d’eux le sont aussi. Quelles politiques publiques peuvent être menées à l’échelle européenne et nationale ?
 
Pour répondre à  ces questions…


Dans le cadre des Rencontres mensuelles des « Atterrés », nous  organisons une conférence-débat  en partenariat avec Marianne sur ce thème, le mardi 16 décembre 2014, de 20h15 à 22h30, salle Bruxelles, FIAP Jea- Monnet, 30 rue Cabanis 75014 Paris M° Glacière (entrée libre et gratuite).
  
Le débat aura lieu avec :

>>> Céline THEVENOT, économiste à l’OCDE, qui a suivi les questions sociales à l’INSEE, à la Dares et à la Commission européenne.
>>> Cédric RIO, docteur en philosophie, fondateur et coordinateur d'un réseau européen sur les inégalités, Inequality Watch ; responsable de la Recherche à l’Observatoire des inégalités.

Il sera animé par Christophe RAMAUX, maître de conférences à l’Université Paris I, auteur de L’État social (2012) et membre du Collectif d’animation des Économistes atterrés.
 
D’ici là, retrouvez nos analyses et positions sur le sujet dans les chroniques et articles de notre site http://atterres.org .

Débat des Atterrés : Les inégalités sociales en Europe. Toujours plus ? Quelles réponses ?

09 Décembre 2014 - 05:09
Les inégalités se sont creusées en Europe, comme un peu partout dans le monde, depuis les années 1980. Comment expliquer ce creusement des inégalités ? Dans quelle mesure la mondialisation a-t-elle favorisé ce mouvement ?

La crise ouverte en 2008 a renforcé les inégalités. La hausse du chômage pèse sur les revenus des moins riches. Depuis 2010, les pays européens ont pris un tournant vers l’austérité salariale mais aussi budgétaire. Quel bilan précis peut-on tirer de l’effet de ces politiques sur les inégalités ?

L’une des vocations de la fiscalité est de redistribuer les revenus et les richesses. Dans quelle mesure y parvient-elle ? La dépense publique joue un rôle majeur – et souvent méconnu – dans la réduction des inégalités, à la fois par les prestations sociales (retraite, allocations familiales, chômage…) mais aussi par l’intermédiaire des services publics (éducation, hôpital…). Quelles leçons en tirer pour l’action publique ?

Les inégalités entre pays européens sont très importantes. Les contrastes dans les régimes d’inégalités propres à chacun d’eux le sont aussi. Quelles politiques publiques peuvent être menées à l’échelle européenne et nationale ?
 
Pour répondre à  ces questions…


Dans le cadre des Rencontres mensuelles des « Atterrés », nous  organisons une conférence-débat  en partenariat avec Marianne sur ce thème, le mardi 16 décembre 2014, de 20h15 à 22h30, salle Bruxelles, FIAP Jea- Monnet, 30 rue Cabanis 75014 Paris M° Glacière (entrée libre et gratuite).
  
Le débat aura lieu avec :

>>> Céline THEVENOT, économiste à l’OCDE, qui a suivi les questions sociales à l’INSEE, à la Dares et à la Commission européenne.
>>> Cédric RIO, docteur en philosophie, fondateur et coordinateur d'un réseau européen sur les inégalités, Inequality Watch ; responsable de la Recherche à l’Observatoire des inégalités.

Il sera animé par Christophe RAMAUX, maître de conférences à l’Université Paris I, auteur de L’État social (2012) et membre du Collectif d’animation des Économistes atterrés.
 
D’ici là, retrouvez nos analyses et positions sur le sujet dans les chroniques et articles de notre site http://atterres.org .

La dépense publique sauve la France de la dépression

27 Novembre 2014 - 18:38
La politique de l'offre ne marche pas Mois après mois, le gouvernement se ravise. Fin 2012, il tablait sur une croissance annuelle du PIB de 2 % (en volume) à compter de 2014. On a finalement une quasi-stagnation : 0,4 % (après déjà 0,3 % en 2012 et en 2013), avec le risque sérieux de ne guère faire mieux l’an prochain. La réduction promise des déficits publics et de la dette publique n’a pas davantage eu lieu. Fin 2012, le gouvernement prévoyait un déficit de 2,2 % du PIB pour 2014, il est finalement le double, à 4,4 %. La dette publique prévue à 90,5 % s’établit à 95,3 %. Comment expliquer ces « erreurs » de prévision ? A chaque fois, le gouvernement a sous-estimé l’impact récessif de sa politique. L’austérité budgétaire et salariale étouffe l’activité. Cela réduit d’autant les recettes fiscales et augmente mécaniquement les déficits et les dettes, puisque ceux-ci sont calculés par rapport à un PIB… qui se contracte. 

La dépense publique soutient massivement l’activité. Ce qui est vrai de façon générale l’est plus encore lorsque le privé se porte mal. Or, la grande crise ouverte en 2007 est celle du régime néolibéral qui pendant des années avait soutenu la demande par la dette privée en lieu et place de la hausse des salaires. Depuis 2007, le privé est contraint de se désendetter. Cela entraîne un choc négatif de demande. Si le public ne prend pas le relais, c’est la catastrophe assurée : baisse de production mais aussi baisse des prix, ce qui finalement rend impossible le désendettement. Le FMI, lui-même, a finalement reconnu cela. Preuve qu’il a poussé loin sa conversion au néolibéralisme, le gouvernement ne l’admet toujours pas. 

A l’échelle mondiale, les plans de relance monétaire et budgétaire ont permis que la Grande récession ouverte en 2007 ne se transforme pas en Grande dépression. Mais les dirigeants européens ont refusé de reconnaître ce rôle positif de l’intervention publique. Après une brève parenthèse keynésienne en 2008 et 2009, ils ont, contre l’avis même des Etats-Unis, pris le tournant vers l’austérité. Quatre ans après, le bilan est affligeant. Les pays qui ont été le plus loin dans l’austérité budgétaire (Grèce, Portugal, Espagne…) connaissent une véritable dépression. Leur PIB s’effondre. Et leur dette publique, loin de se réduire, augmente fortement (on retrouve « l’effet dénominateur »).
La France a, elle aussi, pris le chemin de l’austérité, ce qui explique son enlisement dans la stagnation. Mais cette austérité a été moins brutale qu’en Europe du Sud de sorte qu’elle n’est pas en dépression. Cela mérite d’être souligné : c’est grâce à la dépense publique, cette grande galeuse selon les libéraux, que nous échappons pour l’heure à la dépression. 

Depuis 2011, la demande du privé est dramatiquement orientée à la baisse moins 1,5 milliard (Md) pour la consommation des ménages et surtout moins 13 Mds pour leur investissement en logement (les chiffres sont en volume) ; l’investissement des entreprises a lui-même baissé de 2,6 Mds. Si le PIB a néanmoins augmenté de 21,6 Mds entre 2011 et 2014, c’est grâce à la dépense publique. La « dépense de consommation finale » des administrations publiques tout d’abord (+26,8 Mds) constituée de consommations individuelles (éducation, médicaments, soin, etc.) et collectives (justice, police, etc.). L’investissement public (+1,5 Md) ensuite qui n’a pas complètement fléchi sur la période. S’y ajoutent les prestations sociales en espèces (retraite, allocations familiales et chômage, etc.). Entre 2011 et 2014, le pouvoir d’achat du revenu disponible des ménages a régressé (-0,9 % en 2012, 0 % en 2013 et +0,7 % prévu en 2014) ce qui explique la compression de la consommation des ménages. Mais il aurait régressé bien plus si les prestations sociales en espèces (retraite, allocation chômage et familiales, etc.) qui en représentent plus d’un tiers ne l’avaient pas soutenu. Elles ont en effet augmenté de plus de 20 Mds depuis 2011.
Au final, la somme des contributions directes de la dépense publique s’est élevée à environ 50 milliards ces trois dernières années, soit 2,3 points de PIB et 3,5 points si l’on retient l’hypothèse réaliste d’un multiplicateur budgétaire de l’ordre de 1,5. L’austérité budgétaire a bien eu lieu (la hausse de la dépense publique est passée de 2% par an entre 2002 et 2011 à 1,2 % en 2012 et 2013 puis 0,9 % en 2014). Mais c’est parce que légère hausse de la dépense publique il y a eu néanmoins que la France a échappé à la dépression. 

Loin de tirer cette leçon, le gouvernement planifie une nouvelle baisse de 50 Mds de la dépense publique sur les trois prochaines années[[1]]url:#_ftn1 . Il s’agit certes d’une baisse, non pas « sèche », mais par rapport à la hausse prévue. C’est cependant un nouveau coup de frein. La hausse des dépenses serait réduite à 0,2 % en 2015, puis 0,5 % en 2016 et… 0 % en 2017 ! Le gouvernement prévoit simultanément un retour à la croissance : 1 % pour 2015, 1,7 % en 2016 1,9 % en 2017, puis 2 % à partir de 2018. Partant, il escompte une baisse de la dette publique à partir de 2017 (98 % en 2016 et 92,9 % en 2019). Mais il sous-estime, à nouveau, l’impact récessif de ces décisions. Déjà, il apparaît clairement que la croissance sera bien moindre que le 1 % prévu l’an prochain. 

[[1]]url:#_ftnref1 Pour une critique du Projet de loi de finance 2015, voir le document réalisé en commun par les Économistes atterrés, Attac et la Fondation Copernic « Budget 2015 : un mauvais tournant », http://atterres.org/article/budget-2015-un-mauvais-tournant-0
 

Il est temps de porter un autre regard sur la dépense publique. Il faut en premier lieu cesser de se méprendre sur le sens de certains chiffres. Si la dépense publique (1 200 Mds) « équivaut » à 57 % du PIB, cela ne signifie aucunement qu’il ne reste que 43 % pour le privé. Car la dépense publique n’est pas une part du PIB : la dépense privée, calculée à son instar, équivaut à plus de 200 % du PIB.
La dépense publique compte en fait deux grandes composantes. D’un côté des prestations sociales (retraite, soins, médicaments, allocations familiales ou chômage…) qui sont versées aux ménages et soutiennent massivement leur consommation auprès du… privé. L’autre principal volet de la dépense publique sert à payer les fonctionnaires et les investissements indispensables pour faire vivre les services publics (éducation, etc.). Ces derniers ne sont pas « improductifs » : non seulement ils déterminent la puissance économique à long terme d’un pays, mais ils augmentent d’emblée le PIB, car un fonctionnaire y contribue, est productif. La valeur ajoutée par les administrations publiques s’élève à 355 milliards, cela représente 1/3 de celle des sociétés non financières.
Au final, la dépense publique soutient près de la moitié des débouchés en France, que ce soit directement, via la production de services publics, ou indirectement, via les prestations sociales qui soutiennent la consommation auprès du privé. Il faut décidément cesser de la regarder comme une « charge ». 

La dépense publique sauve la France de la dépression

27 Novembre 2014 - 18:38
La politique de l'offre ne marche pas Mois après mois, le gouvernement se ravise. Fin 2012, il tablait sur une croissance annuelle du PIB de 2 % (en volume) à compter de 2014. On a finalement une quasi-stagnation : 0,4 % (après déjà 0,3 % en 2012 et en 2013), avec le risque sérieux de ne guère faire mieux l’an prochain. La réduction promise des déficits publics et de la dette publique n’a pas davantage eu lieu. Fin 2012, le gouvernement prévoyait un déficit de 2,2 % du PIB pour 2014, il est finalement le double, à 4,4 %. La dette publique prévue à 90,5 % s’établit à 95,3 %. Comment expliquer ces « erreurs » de prévision ? A chaque fois, le gouvernement a sous-estimé l’impact récessif de sa politique. L’austérité budgétaire et salariale étouffe l’activité. Cela réduit d’autant les recettes fiscales et augmente mécaniquement les déficits et les dettes, puisque ceux-ci sont calculés par rapport à un PIB… qui se contracte. 

La dépense publique soutient massivement l’activité. Ce qui est vrai de façon générale l’est plus encore lorsque le privé se porte mal. Or, la grande crise ouverte en 2007 est celle du régime néolibéral qui pendant des années avait soutenu la demande par la dette privée en lieu et place de la hausse des salaires. Depuis 2007, le privé est contraint de se désendetter. Cela entraîne un choc négatif de demande. Si le public ne prend pas le relais, c’est la catastrophe assurée : baisse de production mais aussi baisse des prix, ce qui finalement rend impossible le désendettement. Le FMI, lui-même, a finalement reconnu cela. Preuve qu’il a poussé loin sa conversion au néolibéralisme, le gouvernement ne l’admet toujours pas. 

A l’échelle mondiale, les plans de relance monétaire et budgétaire ont permis que la Grande récession ouverte en 2007 ne se transforme pas en Grande dépression. Mais les dirigeants européens ont refusé de reconnaître ce rôle positif de l’intervention publique. Après une brève parenthèse keynésienne en 2008 et 2009, ils ont, contre l’avis même des Etats-Unis, pris le tournant vers l’austérité. Quatre ans après, le bilan est affligeant. Les pays qui ont été le plus loin dans l’austérité budgétaire (Grèce, Portugal, Espagne…) connaissent une véritable dépression. Leur PIB s’effondre. Et leur dette publique, loin de se réduire, augmente fortement (on retrouve « l’effet dénominateur »).
La France a, elle aussi, pris le chemin de l’austérité, ce qui explique son enlisement dans la stagnation. Mais cette austérité a été moins brutale qu’en Europe du Sud de sorte qu’elle n’est pas en dépression. Cela mérite d’être souligné : c’est grâce à la dépense publique, cette grande galeuse selon les libéraux, que nous échappons pour l’heure à la dépression. 

Depuis 2011, la demande du privé est dramatiquement orientée à la baisse moins 1,5 milliard (Md) pour la consommation des ménages et surtout moins 13 Mds pour leur investissement en logement (les chiffres sont en volume) ; l’investissement des entreprises a lui-même baissé de 2,6 Mds. Si le PIB a néanmoins augmenté de 21,6 Mds entre 2011 et 2014, c’est grâce à la dépense publique. La « dépense de consommation finale » des administrations publiques tout d’abord (+26,8 Mds) constituée de consommations individuelles (éducation, médicaments, soin, etc.) et collectives (justice, police, etc.). L’investissement public (+1,5 Md) ensuite qui n’a pas complètement fléchi sur la période. S’y ajoutent les prestations sociales en espèces (retraite, allocations familiales et chômage, etc.). Entre 2011 et 2014, le pouvoir d’achat du revenu disponible des ménages a régressé (-0,9 % en 2012, 0 % en 2013 et +0,7 % prévu en 2014) ce qui explique la compression de la consommation des ménages. Mais il aurait régressé bien plus si les prestations sociales en espèces (retraite, allocation chômage et familiales, etc.) qui en représentent plus d’un tiers ne l’avaient pas soutenu. Elles ont en effet augmenté de plus de 20 Mds depuis 2011.
Au final, la somme des contributions directes de la dépense publique s’est élevée à environ 50 milliards ces trois dernières années, soit 2,3 points de PIB et 3,5 points si l’on retient l’hypothèse réaliste d’un multiplicateur budgétaire de l’ordre de 1,5. L’austérité budgétaire a bien eu lieu (la hausse de la dépense publique est passée de 2% par an entre 2002 et 2011 à 1,2 % en 2012 et 2013 puis 0,9 % en 2014). Mais c’est parce que légère hausse de la dépense publique il y a eu néanmoins que la France a échappé à la dépression. 

Loin de tirer cette leçon, le gouvernement planifie une nouvelle baisse de 50 Mds de la dépense publique sur les trois prochaines années[[1]]url:#_ftn1 . Il s’agit certes d’une baisse, non pas « sèche », mais par rapport à la hausse prévue. C’est cependant un nouveau coup de frein. La hausse des dépenses serait réduite à 0,2 % en 2015, puis 0,5 % en 2016 et… 0 % en 2017 ! Le gouvernement prévoit simultanément un retour à la croissance : 1 % pour 2015, 1,7 % en 2016 1,9 % en 2017, puis 2 % à partir de 2018. Partant, il escompte une baisse de la dette publique à partir de 2017 (98 % en 2016 et 92,9 % en 2019). Mais il sous-estime, à nouveau, l’impact récessif de ces décisions. Déjà, il apparaît clairement que la croissance sera bien moindre que le 1 % prévu l’an prochain. 

[[1]]url:#_ftnref1 Pour une critique du Projet de loi de finance 2015, voir le document réalisé en commun par les Économistes atterrés, Attac et la Fondation Copernic « Budget 2015 : un mauvais tournant », http://atterres.org/article/budget-2015-un-mauvais-tournant-0
 

Il est temps de porter un autre regard sur la dépense publique. Il faut en premier lieu cesser de se méprendre sur le sens de certains chiffres. Si la dépense publique (1 200 Mds) « équivaut » à 57 % du PIB, cela ne signifie aucunement qu’il ne reste que 43 % pour le privé. Car la dépense publique n’est pas une part du PIB : la dépense privée, calculée à son instar, équivaut à plus de 200 % du PIB.
La dépense publique compte en fait deux grandes composantes. D’un côté des prestations sociales (retraite, soins, médicaments, allocations familiales ou chômage…) qui sont versées aux ménages et soutiennent massivement leur consommation auprès du… privé. L’autre principal volet de la dépense publique sert à payer les fonctionnaires et les investissements indispensables pour faire vivre les services publics (éducation, etc.). Ces derniers ne sont pas « improductifs » : non seulement ils déterminent la puissance économique à long terme d’un pays, mais ils augmentent d’emblée le PIB, car un fonctionnaire y contribue, est productif. La valeur ajoutée par les administrations publiques s’élève à 355 milliards, cela représente 1/3 de celle des sociétés non financières.
Au final, la dépense publique soutient près de la moitié des débouchés en France, que ce soit directement, via la production de services publics, ou indirectement, via les prestations sociales qui soutiennent la consommation auprès du privé. Il faut décidément cesser de la regarder comme une « charge ». 

La dette étudiante : une bombe à retardement ?

18 Novembre 2014 - 11:40
Tandis que nous sommes toujours éclaboussés par les conséquences de l’éclatement de la bulle immobilière (la désormais célèbre crise des subprimes), une note de la Banque de France (1) nous signale que de nombreux risques pèsent sur le marché du crédit étudiant aux États-Unis. Nous y apprenons en effet qu’en 2012, 70 % des étudiants diplômés avaient contracté ce type de crédit. Au total, 40 millions d’Américains ont un prêt étudiant, qui s’élève en moyenne à 30 000 dollars. L’encours total de ces prêts atteint 1 100 milliards de dollars début 2014. Le fait que 85 % de ceux-ci sont des prêts fédéraux à taux d’intérêt fixe et garantis par l’État amène l’auteur de cette note à conclure que, s’il existe bel et bien un risque pour les finances publiques en raison d’un nombre croissant de défauts, la faible titrisation de ces prêts (l’encours de la dette étudiante titrisée est de 225 milliards de dollars en 2014 tandis que celui des subprimes au moment de l’éclatement de la bulle immobilière était de 1 300 milliards de dollars en 2007) fait que la dette étudiante ne constitue pas un risque du même ordre que les prêts subprimes.

Les raisons de s’inquiéter sont pourtant nombreuses. En période d’augmentation du chômage, l’entrée sur le marché du travail est retardée et l’on prolonge souvent ses études afin d’accroître ses chances de décrocher un emploi conforme à ses attentes. Or, les droits d’inscription dans les universités américaines ont augmenté de près de 30 % entre 2006 et 2012 afin de compenser la chute de 85 % des revenus financiers des universités sur la même période (qui correspondent aux revenus du patrimoine mobilier des fondations) et le désengagement des États, autant de dommages collatéraux de la crise des subprimes. Aujourd’hui, le risque de faillite de certaines universités n’est d’ailleurs pas à exclure.

L’accroissement du chômage et l’augmentation des droits d’inscription conduisent inévitablement à la hausse du crédit étudiant qui, à son tour, impacte négativement la consommation (celle des étudiants car les remboursements grèvent largement leur budget, mais aussi celle de leur famille car les étudiants endettés restent plus longtemps chez leurs parents). En outre, avec un système de retraite par capitalisation, les jeunes actifs américains ont également plus de mal à épargner en vue de leur retraite.

Il n’est donc pas étonnant de constater que les défauts de paiement ont plus que doublé depuis 2008. En effet, près de 30 % des titulaires de prêts étudiants accusent un retard de paiement de plus de 30 jours en 2014. Dès lors que la situation sur le marché de l’emploi se dégrade et que les salaires sont revus à la baisse, le crédit étudiant devient une bombe à retardement.

Afin d’enrayer cette spirale négative, le président Obama a décidé en juin 2014 d’étendre le programme d’aide au remboursement des prêts étudiants (programme pay as you earn) afin de permettre aux jeunes diplômés de plafonner à 10 % de leur revenu mensuel le remboursement de leurs prêts étudiants fédéraux. Si une telle mesure peut redonner un peu d’air à court terme, elle contraint toutefois les jeunes diplômés à demeurer endettés sur une longue période. Le fait que le risque de défaut soit principalement supporté par le gouvernement (le montant total de la garantie fédérale sur la dette étudiante avoisine les 950 milliards de dollars, soit 6 % du PIB) fait de surcroît planer une épée de Damoclès sur le budget fédéral. L’avenir ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices pour la jeunesse américaine.

(1) Céline Mistretta-Belna, « L’accroissement de la dette étudiante aux États-Unis, source de fragilité économique ? », Bulletin de la Banque de France N° 197, 3e trimestre 2014.

La dette étudiante : une bombe à retardement ?

18 Novembre 2014 - 11:40
Tandis que nous sommes toujours éclaboussés par les conséquences de l’éclatement de la bulle immobilière (la désormais célèbre crise des subprimes), une note de la Banque de France (1) nous signale que de nombreux risques pèsent sur le marché du crédit étudiant aux États-Unis. Nous y apprenons en effet qu’en 2012, 70 % des étudiants diplômés avaient contracté ce type de crédit. Au total, 40 millions d’Américains ont un prêt étudiant, qui s’élève en moyenne à 30 000 dollars. L’encours total de ces prêts atteint 1 100 milliards de dollars début 2014. Le fait que 85 % de ceux-ci sont des prêts fédéraux à taux d’intérêt fixe et garantis par l’État amène l’auteur de cette note à conclure que, s’il existe bel et bien un risque pour les finances publiques en raison d’un nombre croissant de défauts, la faible titrisation de ces prêts (l’encours de la dette étudiante titrisée est de 225 milliards de dollars en 2014 tandis que celui des subprimes au moment de l’éclatement de la bulle immobilière était de 1 300 milliards de dollars en 2007) fait que la dette étudiante ne constitue pas un risque du même ordre que les prêts subprimes.

Les raisons de s’inquiéter sont pourtant nombreuses. En période d’augmentation du chômage, l’entrée sur le marché du travail est retardée et l’on prolonge souvent ses études afin d’accroître ses chances de décrocher un emploi conforme à ses attentes. Or, les droits d’inscription dans les universités américaines ont augmenté de près de 30 % entre 2006 et 2012 afin de compenser la chute de 85 % des revenus financiers des universités sur la même période (qui correspondent aux revenus du patrimoine mobilier des fondations) et le désengagement des États, autant de dommages collatéraux de la crise des subprimes. Aujourd’hui, le risque de faillite de certaines universités n’est d’ailleurs pas à exclure.

L’accroissement du chômage et l’augmentation des droits d’inscription conduisent inévitablement à la hausse du crédit étudiant qui, à son tour, impacte négativement la consommation (celle des étudiants car les remboursements grèvent largement leur budget, mais aussi celle de leur famille car les étudiants endettés restent plus longtemps chez leurs parents). En outre, avec un système de retraite par capitalisation, les jeunes actifs américains ont également plus de mal à épargner en vue de leur retraite.

Il n’est donc pas étonnant de constater que les défauts de paiement ont plus que doublé depuis 2008. En effet, près de 30 % des titulaires de prêts étudiants accusent un retard de paiement de plus de 30 jours en 2014. Dès lors que la situation sur le marché de l’emploi se dégrade et que les salaires sont revus à la baisse, le crédit étudiant devient une bombe à retardement.

Afin d’enrayer cette spirale négative, le président Obama a décidé en juin 2014 d’étendre le programme d’aide au remboursement des prêts étudiants (programme pay as you earn) afin de permettre aux jeunes diplômés de plafonner à 10 % de leur revenu mensuel le remboursement de leurs prêts étudiants fédéraux. Si une telle mesure peut redonner un peu d’air à court terme, elle contraint toutefois les jeunes diplômés à demeurer endettés sur une longue période. Le fait que le risque de défaut soit principalement supporté par le gouvernement (le montant total de la garantie fédérale sur la dette étudiante avoisine les 950 milliards de dollars, soit 6 % du PIB) fait de surcroît planer une épée de Damoclès sur le budget fédéral. L’avenir ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices pour la jeunesse américaine.

(1) Céline Mistretta-Belna, « L’accroissement de la dette étudiante aux États-Unis, source de fragilité économique ? », Bulletin de la Banque de France N° 197, 3e trimestre 2014.

Débat des Atterrés : La déflation menace-t-elle l’Europe ?

11 Novembre 2014 - 10:40
La prochaine conférence des Économistes atterrés qui se tiendra le mardi 18 novembre à Paris portera sur la déflation. Quels en sont les causes et les effets ? Existe-t-il des précédents ? Pourquoi faut-il l’éviter et comment peut-on s’en sortir ? Depuis la création de la monnaie unique, jamais l’inflation n’avait été aussi faible dans la zone euro. En septembre dernier, elle est tombée à 0,3 % en glissement annuel, contre 0,8 % en janvier, 1,1 % en septembre 2013, 2,6 % en septembre 2012 et 3 % en septembre 2011. Si ce rythme de diminution de l’inflation devait se poursuivre, il est probable que l’inflation de la zone euro tomberait en dessous de zéro dans le courant de l’année 2015. Une diminution générale et auto-entretenue des prix, c’est ce que les économistes appellent une déflation.

Une période de déflation est d’autant plus probable à l’échelle de la zone euro, qu’elle est déjà une réalité dans de nombreux pays, notamment dans les pays d’Europe du Sud qui ont plongé cette année dans l’inflation négative : -1,1 % en Grèce, -0,3 % en Espagne, -0,1 % en Italie et au Portugal. Mais le risque de déflation touche en réalité l’ensemble des pays de la zone euro, puisque aucun d’entre eux ne connaît actuellement une inflation supérieure à 2 %... et que seule l’Autriche a atteint en septembre dernier une inflation supérieure à 1 %.

La déflation est un phénomène particulièrement difficile à combattre et aux effets économiques désastreux. Elle se présente à la fois comme un symptôme de crise et comme un moteur puissant d’entrée dans une période de récession auto-entretenue.
 
>>> Quelles sont les causes de la déflation ?
La déflation est d’abord le signe d’une guerre des prix que se livrent les producteurs pour écouler leurs stocks de marchandises invendues. Quelles sont les causes de cette logique ? Pourquoi la concurrence qui se traduit parfois en termes de qualité des produits et de compétitivité hors-prix en vient à dégénérer en une logique qui intensifie les baisses de prix ? Quels rôles jouent la mondialisation et les politiques économiques dans ce phénomène ? Quels impacts ont les évolutions salariales sur l’entrée en déflation ? Fondamentalement, la déflation est la preuve d’un déficit généralisé de demande, sur le marché des biens et des services comme sur celui de l’emploi. Comment ce déficit a-t-il été créé ?

>>> Quels sont les effets de la déflation ? Pourquoi faut-il l’éviter ?
Si les consommateurs ont l’habitude de se plaindre des hausses de prix, ils devraient néanmoins éviter de se réjouir de la baisse généralisée des prix. Car l’entrée en déflation signifie la baisse de l’ensemble des revenus et ne se traduit donc pas par une hausse du pouvoir d’achat. Cependant, la déflation n’a pas les mêmes effets sur tous les revenus, car tous les prix, tous les salaires, tous les transferts n’ont pas la même flexibilité. Comment la déflation se traduit-elle en termes de répartition des richesses ? Quels sont ses effets sur les inégalités ? Quelles conséquences a-t-elle sur les finances publiques et le niveau des déficits publics ?
 
>>> Quels sont les précédents historiques de la déflation ? Comment peut-on s’en sortir ?
La déflation n’est pas un phénomène nouveau. Elle est apparue pendant les périodes de grande dépression, à la fin du XIXe siècle en Europe et aux Etats-Unis, et durant les années 1930. Plus récemment, le Japon connaît depuis plus de vingt ans une période déflationniste qui s’est notamment traduite par une baisse moyenne des prix de 0,3 % entre 1998 et 2012. Les politiques menées au Japon ont-elles permis à ce pays de sortir du marasme économique et de la déflation ? L’expérience japonaise peut-elle être un enseignement pour l’Europe ? A la lumière de l’histoire et des expériences actuelles, quelles seraient les conditions à réunir pour éviter que la zone euro ne tombe dans un scénario à la japonaise ? Ces conditions sont-elles compatibles avec la gestion actuelle de la zone euro ?
 
Pour répondre à ces questions, les Économistes atterrés organisent une conférence-débat :


La déflation menace-t-elle l’Europe ?

Mardi 18 novembre de 19h00 à 21h00
Université Paris-Diderot,
16 rue Françoise Dolto, Paris 13e


Halle aux farines, amphi 7C, 3e étage, hall C, escalier C1/C2. 
Plan d'accès ici .
RER/Métro : Bibliothèque François-Mitterrand.
Bus : 89, 62, 64, 325

Le débat aura lieu avec :
- Philippe Légé (CRIISEA) : Histoire et théories des processus déflationnistes
- Evelyne Dourille-Feer (CEPII) : Les enseignements de la déflation japonaise
- Henri Sterdyniak (OFCE) : La déflation européenne est-elle inéluctable ?

Le débat, soutenu par Marianne.net, sera introduit par David Cayla des Économistes Atterrés.

Débat des Atterrés : La déflation menace-t-elle l’Europe ?

11 Novembre 2014 - 10:40
La prochaine conférence des Économistes atterrés qui se tiendra le mardi 18 novembre à Paris portera sur la déflation. Quels en sont les causes et les effets ? Existe-t-il des précédents ? Pourquoi faut-il l’éviter et comment peut-on s’en sortir ? Depuis la création de la monnaie unique, jamais l’inflation n’avait été aussi faible dans la zone euro. En septembre dernier, elle est tombée à 0,3 % en glissement annuel, contre 0,8 % en janvier, 1,1 % en septembre 2013, 2,6 % en septembre 2012 et 3 % en septembre 2011. Si ce rythme de diminution de l’inflation devait se poursuivre, il est probable que l’inflation de la zone euro tomberait en dessous de zéro dans le courant de l’année 2015. Une diminution générale et auto-entretenue des prix, c’est ce que les économistes appellent une déflation.

Une période de déflation est d’autant plus probable à l’échelle de la zone euro, qu’elle est déjà une réalité dans de nombreux pays, notamment dans les pays d’Europe du Sud qui ont plongé cette année dans l’inflation négative : -1,1 % en Grèce, -0,3 % en Espagne, -0,1 % en Italie et au Portugal. Mais le risque de déflation touche en réalité l’ensemble des pays de la zone euro, puisque aucun d’entre eux ne connaît actuellement une inflation supérieure à 2 %... et que seule l’Autriche a atteint en septembre dernier une inflation supérieure à 1 %.

La déflation est un phénomène particulièrement difficile à combattre et aux effets économiques désastreux. Elle se présente à la fois comme un symptôme de crise et comme un moteur puissant d’entrée dans une période de récession auto-entretenue.
 
>>> Quelles sont les causes de la déflation ?
La déflation est d’abord le signe d’une guerre des prix que se livrent les producteurs pour écouler leurs stocks de marchandises invendues. Quelles sont les causes de cette logique ? Pourquoi la concurrence qui se traduit parfois en termes de qualité des produits et de compétitivité hors-prix en vient à dégénérer en une logique qui intensifie les baisses de prix ? Quels rôles jouent la mondialisation et les politiques économiques dans ce phénomène ? Quels impacts ont les évolutions salariales sur l’entrée en déflation ? Fondamentalement, la déflation est la preuve d’un déficit généralisé de demande, sur le marché des biens et des services comme sur celui de l’emploi. Comment ce déficit a-t-il été créé ?

>>> Quels sont les effets de la déflation ? Pourquoi faut-il l’éviter ?
Si les consommateurs ont l’habitude de se plaindre des hausses de prix, ils devraient néanmoins éviter de se réjouir de la baisse généralisée des prix. Car l’entrée en déflation signifie la baisse de l’ensemble des revenus et ne se traduit donc pas par une hausse du pouvoir d’achat. Cependant, la déflation n’a pas les mêmes effets sur tous les revenus, car tous les prix, tous les salaires, tous les transferts n’ont pas la même flexibilité. Comment la déflation se traduit-elle en termes de répartition des richesses ? Quels sont ses effets sur les inégalités ? Quelles conséquences a-t-elle sur les finances publiques et le niveau des déficits publics ?
 
>>> Quels sont les précédents historiques de la déflation ? Comment peut-on s’en sortir ?
La déflation n’est pas un phénomène nouveau. Elle est apparue pendant les périodes de grande dépression, à la fin du XIXe siècle en Europe et aux Etats-Unis, et durant les années 1930. Plus récemment, le Japon connaît depuis plus de vingt ans une période déflationniste qui s’est notamment traduite par une baisse moyenne des prix de 0,3 % entre 1998 et 2012. Les politiques menées au Japon ont-elles permis à ce pays de sortir du marasme économique et de la déflation ? L’expérience japonaise peut-elle être un enseignement pour l’Europe ? A la lumière de l’histoire et des expériences actuelles, quelles seraient les conditions à réunir pour éviter que la zone euro ne tombe dans un scénario à la japonaise ? Ces conditions sont-elles compatibles avec la gestion actuelle de la zone euro ?
 
Pour répondre à ces questions, les Économistes atterrés organisent une conférence-débat :


La déflation menace-t-elle l’Europe ?

Mardi 18 novembre de 19h00 à 21h00
Université Paris-Diderot,
16 rue Françoise Dolto, Paris 13e


Halle aux farines, amphi 7C, 3e étage, hall C, escalier C1/C2. 
Plan d'accès ici .
RER/Métro : Bibliothèque François-Mitterrand.
Bus : 89, 62, 64, 325

Le débat aura lieu avec :
- Philippe Légé (CRIISEA) : Histoire et théories des processus déflationnistes
- Evelyne Dourille-Feer (CEPII) : Les enseignements de la déflation japonaise
- Henri Sterdyniak (OFCE) : La déflation européenne est-elle inéluctable ?

Le débat, soutenu par Marianne.net, sera introduit par David Cayla des Économistes Atterrés.

Débat des Atterrés : L’école est-elle encore une priorité ?

06 Octobre 2014 - 16:10
La prochaine conférence des Économistes atterrés qui se tiendra le jeudi 16 octobre à Paris s'intéressera à l'école au travers de trois sujets : les ségrégations socio-spatiales dans la réussite scolaire, la recherche d’un idéal méritocratique dans les politiques publiques éducatives et, enfin, la question du déclassement scolaire à la sortie du système éducatif. On peut légitimement se poser cette question alors que notre système éducatif souffre de nombreux maux. L’école reste profondément inégalitaire, mais d’autres idées reçues ont la vie dure : de trop faibles performances internationales, trop éloigné de l’emploi, trop de diplômés… L’enquête PISA met la France à la 25e position en matière de performances scolaires. Mais quelle valeur accorder à ce résultat ? Notre système éducatif doit-il être complètement réformé ? L’échec scolaire tend certes à diminuer mais il reste persistant : en moyenne, près de 16 % des jeunes quittent le système éducatif sans diplôme, contre 30 % au début des années 1980. Najat Vallaud-Belkacem, nouvellement nommée au poste de Ministre de l’Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, vient de présenter ses priorités pour l’école. Deux de ses objectifs sont d’améliorer les relations école-entreprise et l’orientation. Mais ces mesures sont-elles vraiment capables d’améliorer notre système éducatif ? Trois aspects importants du débat public seront abordés lors de notre prochaine conférence : les ségrégations socio-spatiales dans la réussite scolaire, la recherche d’un idéal méritocratique dans les politiques publiques éducatives, puis la question du déclassement scolaire à la sortie du système éducatif.

Le lieu de résidence des élèves, tout comme leur origine socioéconomique, demeure un des éléments déterminants des parcours scolaires. La première intervention portera ainsi sur les inégalités territoriales, en analysant les effets des ségrégations socio-spatiales sur la réussite scolaire. Pour un ensemble d’institutions et de champs de la recherche (la ville, le logement, le travail social notamment), les dynamiques territoriales font l’objet de travaux depuis plusieurs décennies. Cependant, dans le domaine de l’éducation, la place de ces dynamiques est longtemps restée plus modeste. Les difficultés sont nombreuses dès lors qu’il s’agit de mesurer et d’interpréter les différenciations territoriales constatées ; celles-ci peuvent en effet résulter d’une combinaison complexe de facteurs géographiques, historiques, économiques, démographiques et politiques. Au cours de cette conférence, nous nous demanderons de quelle manière la réussite scolaire varie selon le lieu de scolarisation, notamment à l'entrée et au sortir du collège. Comment peut-on comprendre les différences constatées ? Quels sont les principaux facteurs sous-jacents aux plus fortes variations ainsi repérées ?

Face au creusement des inégalités sociales à l’école, les politiques publiques proposées se réduisent le plus souvent à des expérimentations sur une infime partie des élèves s’appuyant sur un idéal méritocratique. Une seconde intervention s’intéressera donc à l'emprise renouvelée de l'idéologie méritocratique, malgré les acquis de la sociologie critique depuis les années 1960. En particulier, nous nous questionnerons sur les conséquences de cette emprise sur les nouvelles politiques publiques d'éducation, menées en référence à l'idéal de fluidité sociale. Prenant le contre-pied de cette tendance, cette communication cherchera à montrer qu'une politique éducative progressiste suppose de combattre, non en premier lieu l'immobilité sociale, mais la reproduction des structures sociales.

L’analyse de notre système éducatif ne peut s’extraire du contexte actuel de croissance du chômage qui conduit certains jeunes à accepter des emplois faiblement qualifiés et rémunérés. Une troisième intervention questionnera ainsi la notion de déclassement. Le déclassement peut recouvrir des formes diverses. Cette communication s’intéressera en particulier au décalage défavorable entre le niveau de diplôme et la qualification de l'emploi occupé. En effet, alors que le nombre de jeunes diplômés entrant sur le marché de l'emploi n'a jamais été aussi important qu'au cours des trente dernières années, la demande en emploi qualifié n'a pas été aussi importante. Trois ans après la sortie des études, le déclassement touche environ un jeune sur quatre. Pour certains, le déclassement massif sacrifierait des générations et précipiterait la dévalorisation des diplômes. Pour d’autres, la dévalorisation est très relative, car compensée par des bénéfices de l’expansion scolaire (néanmoins à améliorer). Le point commun entre les deux analyses est une responsabilité du système éducatif. Est-elle bien réelle ? C'est en apportant des éléments de réponse à ces questions que nous analyserons  la nature des déclassements et leur ampleur.
La prochaine conférence des Economistes atterrés aura ainsi pour objectif de comprendre la réalité de notre système éducatif à travers ces trois aspects.


Jeudi 16 octobre juin 2014 de 20h15 à 22h00
Amphi Bachelard

17 rue de la Sorbonne, Paris 5e
M° Luxembourg
(Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles)

Le débat aura lieu avec :
- Philippe Lemistre, économiste, ingénieur de recherche au CEREQ, « Le déclassement des jeunes : mythe ou réalité ? » 
- Danièle Trancart, chercheure au Centre d'études de l'emploi, maître de conférences à l'Université de Rouen, « Quel impact des ségrégations socio-spatiales sur la réussite scolaire ? »
- Ugo Palheta, sociologue, maître de conférences à l’Université de Lille 3, « Idéologie méritocratique et politique éducative »

Le débat, soutenu par Marianne.net, sera animé par Sabina Issehnane, membre du conseil d'administration des Économistes atterrés, maître de conférences à l'Université Rennes 2 et Léonard Moulin, membre du conseil d'administration des Économistes atterrés, docteur en économie.

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